Fakear : « Si j’étais une maladie, je serais le syndrome d’asperger ou un truc un peu autiste »

   Est-il encore nécessaire de présenter Fakear ? Après nous avoir offert une mise en bouche des plus appréciables avec « Asakusa », son dernier EP, le jeune caennais était, samedi 1 er août, le premier artiste électro jamais programmé au festival du Bout du Monde. Nous l’avons rencontré, en plein burn out annuel, épuisé mais impatient de partager sa musique avec le public breton. L’occasion pour nous de confronter Théo aka Fakear à un portrait chinois remasterisé.
Fakear, le tsunami sans nom de la presqu'île de Crozon. Photo : Nicolas Le Gruiec
Fakear, le tsunami sans nom de la presqu’île de Crozon. Photo : Nicolas Le Gruiec
Tu t’es fait connaître du grand public avec le tremplin du Cargo en 2013. A l’automne tu seras à l’Olympia et ton premier album arrivera début 2016. C’est quoi le chemin parcouru, t’en dis quoi ? Tu pensais que tu allais arriver jusque là ?

J’ai jamais pensé à aller jusque là puisque je n’ai jamais vraiment mentalisé ce que ça serait la suite de Fakear. Je me suis toujours mis à jour par rapport à ce que je vivais et comment je le prenais en fonction de ce qui arrivait. En fait j’en reviens pas. Il s’est passé tellement de trucs… Je fais au minimum un concert par semaine depuis décembre 2013 et j’ai besoin de vacances. Finalement j’arrive pas vraiment à prendre du recul sur tout ce qui s’est passé. C’est un peu fou… Le chemin parcouru est gros.

L’année dernière, à la fin de l’été tu es parti au Japon. Tu as dit dans plusieurs interwiews que ça t’avait fait énormément de bien parce que tu t’étais un peu perdu avec toutes ces dates. Et au final cet été tu te retrouves dans la même situation. Quelle est la différence ?

Nan nan, je suis en plein burn out traditionnel de l’été là (rires). Je pensais que je m’en tirerai bien et en fait je m’en tire vraiment pas bien du tout.

Ça veut dire quoi ? C’est plus au niveau physique ? Créatif ? Tu prends quand même toujours autant de plaisir à aller sur scène ?

J’avoue que j’aimerais bien faire une petite pause pour mieux profiter des moments où je suis sur scène. Mais en fait je perds patience plus vite, je suis super fatigué. Là, par exemple, si j’ai une heure je vais faire une sieste. C’est pas chiant mais c’est crevant. Quand je rentre chez moi, j’aurais plus tendance à dormir pendant une semaine et rien branler alors que j’aimerais bien faire d’autres trucs. Ca te met à l’épreuve tout le temps. T’es tout le temps sollicité, à longueur de journée, t’es tout le temps dans la peau d’un personnage. En plus, je ne suis pas un groupe.

Tu mets bien la distance entre Fakear et Théo ?

Mais pas tant que ça ! Parce que c’est vraiment très lié, c’est comme si on me demandait de parler de moi tout le temps. Dans ces périodes là, je vais avoir tendance à mettre Fakear à distance pour pouvoir parler de lui à la troisième personne mais en fait je parle de moi. Fakear et Théo c’est complètement lié, c’est la même chose. Je fais parler Fakear avec Théo, c’est une marionnette. C’est toujours bizarre parce que c’est inhumain, les gens viennent te voir en disant « et ben parle nous de toi » et c’est parti quoi. Et même hors interview, hors promo. « Parle nous de toi quand tu vas boire une bière, parle nous de toi quand t’es en concert »… parce que jouer tes musiques c’est parler de toi. Tu fais plus que ça et ta vie tourne autour de ça. Quand tu retournes voir tes potes ben tu parles de toi… et t’es niqué dans tes relations et dans tes trucs… C’est hyper chaud de se retrouver à un moment où -c’est super triste d’en arriver là- t’es obligé de te faire du forcing pour prendre conscience de ça et t’intéresser aux autres, écouter les gens.

Tes relations ont changé depuis que tu es Fakear ?

Oui, quand les nouvelles relations ne connaissent pas le projet, c’est cool parce qu’elles arrivent sans jugement. Mais même spontanément quand je rencontre quelqu’un, je vais avoir tendance à être dans cette position de dominant/dominé… parce que je suis Fakear et que je ne sais pas pour quelle raison chelou et pourquoi ça compte dans ma vie mais j’ai 75 000 likes FB et 7 000 followers twitter. Et que comme ça compte socialement parlant, c’est hyper inconscient mais ça vient influer. Du coup ce que je fais en ce moment et que j’ai fait un peu l’été dernier mais que j’ai pas vraiment réussi à faire, c’est dire ok, à partir du moment où je quitte la scène, j’arrête de parler de ma gueule.

La douche de FakearIl y a environ un mois tu as demandé sur les réseaux sociaux « Fakear c’est quoi ? ». Quelles sont les réponses qui t’ont plu dans ce que tu as pu voir ? T’aimerais que ce soit quoi Fakear pour les gens ?

Un voyage. Du coup j’aimerais bien qu’ils l’écoutent en voyage. Après j’ai trouvé ça super flatteur quand ils me disaient qu’ils l’écoutaient en faisant l’amour et super cool aussi qu’ils m’écoutent dans le bain. Des trucs comme ça, enfin des moments intimes où tu te retrouves toi-même. Ca j’ai trouvé ça trop cool. Mais spontanément Fakear je vais plutôt écouter ça dans les transports. Parce que je passe ma vie dans les transports donc j’écoute de la musique dans les transports. Fakear c’est vachement le RER D direction Malesherbes.

Tu t’écoutes ?

Ouais je m’écoute pas mal. Mais de moins en moins.

Dans Ouest-France, on a lu que tes parents étaient profs de musique et que tu avais fait de la flûte à bec. La flûte à bec et toi c’est quoi ?

C’est le début. A 6 ans j’ai commencé à faire du solfège avec mon père, il m’a appris les bases de flûte à bec comme ça je pouvais mettre un peu en pratique ce que j’apprenais, j’en ai fait 2 ans. Du coup au collège ça ne me posait pas de problème parce que je savais en jouer.

Tu maîtrises « Titanic » à la flûte à bec ?

Euh « Come As You Are » de Nirvana !

Alors à quand du coup un petit solo de flûte à bec dans l’un de tes morceaux ?

Ça serait bien. En plus sans déconner ça pourrait être super cool. Mais par contre je ne sais pas en jouer assez bien pour en faire dedans. C’est comme du saxo (il en a fait pendant 5ans ndlr), je ne vais pas en mettre dans mes chansons parce que je ne sais pas en jouer assez bien. A la limite le seul instrument que je me permets de mettre dans mon projet, c’est de la guitare parce que j’en joue un peu mieux que les autres instruments.

Ton son du moment c’est quoi ?

J’en ai deux. J’arriverais pas vraiment à départager. Enfin si ! C’est Helplessness Blues des Blit Foxes. C’est de la folk.

Si t’étais une saison, tu serais laquelle ?

A priori l’été. Parce que spontanément j’ai plus tendance à être un espèce de gros gamin joyeux et que l’été ça bouge dans tous les sens, y a pas de pause. Peut-être que j’étais une autre saison avant et avec tout ça, avec tout ce qui est arrivé je serais l’été ouais.

Un meuble ?

Ça peut être un tapis ?

Oui carrément, tout ce qui meuble une maison, tout ce qui l’habille..

Ah ouais ben un tapis alors. Parce que c’est cool un tapis. Un tapis un peu moelleux quoi. Le tapis qui fait plaisir, le tapis de sortie de la douche ou le tapis que tu mets dans ta chambre, un tapis qui est doux. Un truc où tu peux t’assoir en tailleur dessus et puis t’es là « ah mais c’est bien ce tapis ! ». Ou un pouf. Un vieux pouf tout mou mais en même temps où t’es bien, même ton chat il vient dormir dedans. Ce genre de meuble. C’est un peu spontané comme ça, je sais pas si ça me correspond vraiment. Mais en tout cas là on est le 1er août et Fakear c’est un tapis.

Si t’étais une maladie ?

Si j’étais une maladie je serais le syndrome d’asperger ou un truc un peu autiste. Parce que… je sais pas. Parce que je vis dans un pays imaginaire.

Captain-America

Un personnage de BD ?

Je serais Captain America ! C’est plus en rapport avec son personnage cinématographique. Il est kitsch, il a ce truc de bienveillance patriotique débile mais en même temps il est super fort parce qu’il est super généreux. Et pas parce qu’il est super technologique ou que c’est un demi dieu. Si je le compare aux autres Marvel, la force du mec, c’est sa générosité. Quand Hulk part en couilles, que Iron Man pense qu’à sa gueule, Captain America il est là genre « ok les gars mais là il y a des mecs qui se font brûler, faut aller les sauver ».

Tu parles souvent de Bonobo que tu aimes beaucoup, tu as aussi déjà évoqué Ibrahim Maalouf. Il y a des collaborations de prévues pour l’album ? Même avec Thylacine ou Superpoze ?

Il y a des collabs mais aucune de française.

Tu laisses le mystère planer.. On peut quand même avoir un indice ?

Montreux. Jazz.

Tu avais parlé de pads wifi, tu en es où là ? Est-ce que tu as investi dans la recherche ?

Nan mais j’aimerais bien, j’aimerais bien créer ça. Je pense que c’est tout con, ça doit pas être si compliqué puisque ça existe déjà genre un truc USB qui se branche à un récepteur ou un émetteur d’informations. En fait, l’ordi aurait juste une clef USB qui dépasse. Mais ça existe en fait. Il faudrait juste que j’aie du temps…

Propos recueillis par Adèle Urvoy et Anaïs Seznec

Laisser un commentaire