Thylacine : l’interview

THYLACINE : 1) Nom masculin désignant un mammifère marsupial carnassier de Tasmanie, couramment appelé loup marsupial, dont l’espèce est probablement éteinte ; 2) Nom propre désignant le musicien William Rezé, étoile montante de la scène électro française.

Thylacine_RVB_02La scène électro française ne se résume pas qu’à deux vieux roublards casqués, un jeune angevin comme tout droit sorti du collège et d’un quarantenaire au cheveux longs se produisant sur les plages d’Ibiza, loin de là. Après avoir fait la couverture du Tsugi du mois de mars avec ses potes Fakear et Superpoze, traversé l’Asie à bord du Transsibérien tout en explosant la scène des Vieilles Charrues à son retour, le jeune William Rezé a.k.a Thylacine est désormais sur toutes les lèvres et dans toutes les oreilles. Pour Efflorescence Culturelle, il est revenu sur sa petite carrière qui deviendra grande.

S’il fallait bien commencer quelque part, ce serait surement en primaire, nous raconte-t-il. Fils de parents mélomanes, ces derniers souhaitaient vivement que sa sœur et lui entament la pratique d’un instrument de musique. Il choisit donc d’apprendre le saxophone en parallèle de quelques cours de solfège, alors qu’il n’avait à peine qu’une petite dizaine d’années. Mais très vite, William se passionne pour ces artistes qui n’opèrent que tout seul, sans musiciens ou techniciens pour les accompagner : « Je me rappelle pas mal de Moby, on écoutait ça avec mon père. C’est un peu le premier mec que je me rappelle… J’ai pas envie de dire musique électronique mais qui fait sa musique tout seul, qui est compositeur, chanteur,… Qui fait tout son truc tout seul. »

a1267579844_10Et bien que n’avouant avoir aucune culture électro, le jeune Angevins n’a qu’une idée en tête : expérimenter, créer pour enfin produire ses propres morceaux. Il achète pour cela un petit sampleur avec lequel il développe des boucles de hip-hop qu’il combine à ses airs de saxo. Il ajoute par la suite un clavier qui tira ses réalisations vers de la musique électronique. William résume ses débuts aussi simplement. Voulant travailler seul, il pense alors que ce genre musical est le meilleur moyen de combiner ses élans artistiques à ses envies de liberté : «  L’électro c’est le meilleur moyen de faire de la musique seul. » Il se lance alors dans l’inconnu comme nous témoigne le titre explicite de son premier EP : Intuitive. L’étudiant aux Beaux Arts de Paris justifie le nom : « Tous les morceaux dessus, je les ai composés sans trop savoir ce que c’était, c’est complètement intuitif. Je ne savais pas du tout si c’était de la pop ou de l’électro ou de la techno. C’était un mélange un peu de tout ça, ce n’était pas du tout réfléchi. Ce n’était pas du tout comme si j’avais des références en me disant : « Ouais ça ressemble un peu à lui, j’aime bien ça mais c’est un peu ça ». »

Et lorsqu’on lui demande naïvement s’il se cherchait, il nous répond que oui avant de revenir sur ses propos. Il ajoute qu’il faisait naturellement ses morceaux sans trop se poser de questions, sans réflexions suivant l’acte de création.

Nous abordons ensuite le thème de la motivation et de ses méthodes de travail. Il nous répond : « J’aime bien composer un peu n’importe où et surtout sans me poser de question. La phase de composition, là d’où tu pars, moi je coupe du monde. Je commence à faire juste quelques petits arrangements, je pars sur pas mal d’idées, je rajoute plein de couches et en général, à la fin ça aboutit à vraiment autre chose que ce qu’il y avait au début. Le but dans la composition, c’est un peu de se perdre à un moment donné Thylacine-Exil-600x600: de plus avoir de repère, de complètement partir et de suivre des trucs qui t’entrainent. Mais je pense qu’il faut vraiment pas ce fixer d’objectifs parce que c’est pas comme ça que ça marche la musique. La musique ce n’est pas toi qui décides, tu te laisses emporter par le truc et tu vois ce qu’il se passe ensuite. »

Evidemment, nous n’avons pas pu nous empêcher d’évoquer sa complicité avec deux autres étoiles de la scène électro française : Gabriel/Superpoze et Théo/Fakear. Partageant bon nombre de points communs autant sur le plan personnel qu’artistique, ils ont même collaboré sur la création de quatre « démos », comme il le précise, lors d’un festival de cinéma il y a quelques mois. Mais il continue en ajoutant que ces morceaux bruts étaient similaires à des tests en vue de réels morceaux. C’est en tout cas son souhait.

Entre Fakear qui est devenu « énorme », Superpoze qui le « premier à avoir percé là dedans » et Thylacine qui le « nouveau, le plus jeune », le trio a su s’imposer et à toucher un public assez large. Ils ont d’ailleurs fait la couverture du Tsugi n°80, soit celui de mars dernier. Sobrement intitulé l’ « Anti-french touch », William nous précise : « On en a un peu marre tous les trois d’entendre des gens parler de la « french touch 2.0 » alors qu’on s’y reconnaît pas trop là dedans parce que c’est très différent de la french touch qu’on connaît tous. Ça a rien à voir en thermes de musique et de milieu. Nous on vient de province, pas de Versailles. On n’a pas non plus les mêmes objectifs et les mêmes façons de faire. Mais c’est vrai qu’on représente une nouvelle façon de faire de la musique électronique. C’est plus ou moins parti de là. »

Au fil de la discussion, William/Thylacine apparaît comme ces artistes spontanés, travaillant à la suite d’émotions diverses ou d’expériences fortes. Voyageant avec un matériel léger pour plus facilement combler ses élans créatifs, il nous apprend donner une importance considérable au lieu dans lequel il compose ses titres. « Le lieu a aussi une grosse importance sur la composition. Qu’on soit dans un centre-ville animé ou sur une plage, ça véhicule des émotions très différentes. Du coup, j’aime bien poussé un peu ça et voir ce que ça peut changer si je vais dans tel ou tel lieu. » Nous lui demandons alors s’il pourrait nous raconter l’histoire d’un ses morceaux et il enchaîne sur celle de Fifth Floor, morceau qui clôt son EP Exil : « Le lendemain où j’ai emménagé, j’ai eu un problème de clé où je suis retrouvé enfermé dehors vers une heure du mat’. J’ai du faire appel à des serruriers et je me suis complètement fait arnaquer et j’ai dû payé assez cher. J’étais complètement énervé et lorsqu’ils ont fini d’ouvrir la porte et de me faire payer toutes leurs factures, j’étais incapable de dormir. J’ai voulu transformer cette rage intérieure en quelque chose de bien. J’ai composé toute la nuit et j’ai fait ce morceau là. Les émotions que tu vis personnellement c’est toujours une super source d’inspiration. »

La scène électro française se porte bien et a de belles années devant elle surtout si Thylacine et son electronica continuent d’apaiser nos innocentes oreilles. 

Propos recueillis avec l’aide d’Adrien

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