François Floret, directeur de la Route du Rock : « Il y a aussi les imprévus du dernier moment »

Né en 1991, le festival malouin traverse les années sans se travestir. Et ce, sans gagner une ride. Sa recette ? François Floret, fondateur et programmateur de la Route du Rock tente de la définir.

françois floretQuel est l’esprit de La Route du Rock ?

François Floret : C’est le truc le plus  compliqué qu’on me demande à chaque fois, c’est de définir l’ADN du festival. J’ai été bercé dans les années 80-90 par ce mouvement new wave et cold wave. Et puis plus globalement, le mouvement des musiques indépendantes qui balayent tous les styles musicaux, du punk, de la pop, du rock pur et dur, de la folk et après de l’électronique. C’est un genre musical à la base puis c’est un état d’esprit qui se retrouve dans une espèce de punkitude. Il y a 25 ans, on était un des premiers festivals à défendre les artistes indé, qui étaient nés du courant post-punk et qui inventaient une musique qu’on ne connaissait pas encore, qui était soit très violente ou très sombre. C’est ça,  les musiques indépendantes.

Surtout du rock indé, à en lire le nom de la manifestation.

François Floret : A la base, le nom du festival c’était une grosse blague, un jeu de mots avec la course de voiliers de la Route du Rhum. Personnellement, je ne l’aime pas du tout. Si on avait pu changer de nom, ç’aurait été quelque chose qui sonne « indie way of life ». C’est un slogan qu’on a déjà affiché sur des tee-shirts au stand merchandising du festival. Il y a bouquin, justement, qui va sortir à la rentrée pour les 25 ans du festival et qui s’appellera « indie way ». Ça sera un beau cadeau de Noël.

Vous êtes deux à la programmation. Comment les tâches sont-elles réparties ?

François Floret : On travaille ensemble mais on a deux tâches distinctes. Il y a d’abord un énorme travail d’écoute, de recherche d’artistes qui est fait par Alban Coutoux. Faute de budget et de temps, on voyage pas des masses. Maintenant tout est accessible sur le net donc on s’embête pas à aller vérifier un concert, puisque tout est filmé et critiqué par des blogs et critiques musicaux. Alban et moi, on programme essentiellement au feeling : ça nous touche ou ça nous touche pas. Pour en revenir à l’esprit de la Route du Rock, on sait ce qui a sa place ou pas, c’est presque instinctif. Au final, on a trouvé la bonne clé, on est 95% du temps d’accord sur les choix à prendre.

Selon vous, quels sont les immanquables de cette 25e édition ?

François Floret : J’aime bien les sonorités un peu dures, comme Wand  et Girl Band, le vendredi, Spectres, le samedi. Les choses un peu plus pop, le dimanche, avec les Districts, j’y crois beaucoup. On les a découverts par hasard. Les programmations laissent souvent place à l’imprévu au dernier moment. Savages, aussi, le même jour, ça risque d’être un beau show parce que ce sont des filles qui envoient avec du vrai rock’n’roll les dents serrées. Et puis Father John Misty, c’est le côté très pop, beau, féerique que j’aime aussi. Après je ne suis pas un bon danseur mais je pense qu’avec Daniel Avery, ça va être une boîte de nuit géante !

Donc vous êtes toute l’année au travail ! Si vous n’êtes pas en train d’écouter un groupe, vous vous occupez de la signature d’un autre. Si vous n’arpentez pas les festivals, vous préparez l’édition suivante. Finalement, quand est-ce que ça prend des vacances, un programmateur ?

François Floret (rires) : On essaie de faire un peu comme tout le monde. Quand le show est finit. Il y a forcément encore beaucoup de choses, notamment en terme de gestion, de comptabilité… Je suis directeur général avant d’être programmateur donc parallèlement j’ai d’autres domaines qui viennent se greffer à mon travail. Déjà pour m’assurer qu’on va pas dans le mur, pour le prévisionnel, et puis je travaille avec les fournisseurs donc c’est du gros boulot du début à la fin. Chaque année, je pars avec ma famille une petite semaine en vacances après le festival dans ma maison dans le Finistère. C’est le calme après la tempête. Je ne suis pas très exotique dans ma façon de prendre mes vacances mais je suis très fier de ma région donc je vais souvent dans le Finistère sud.

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Chk Chk Chk à la RDR en 2013. Crédit: Nicolas Joubard.
La Route du Rock n’est pas le festival français qui a les plus gros moyens. Face à la baisse des subventions pratiquées depuis le début de l’année par les collectivités locales ou régionales, l’événement malouin pourrait-il être en danger ?

François Floret : Oui et non. Hélas, on a toujours été assez peu subventionnés, on est à 75% d’autofinancement. Mais on a toujours eu, depuis le début, le minimum vital pour travailler. Malheureusement, ces aides publiques n’ont jamais été suffisantes pour franchir des paliers, et ce n’est pas aujourd’hui que ça pourrait arriver. Si on veut évoluer, c’est un peu de la démerde, et ça on le pratique depuis longtemps. Donc sur ce plan là, on est peut-être moins menacés. Cette année, c’est nouveau, on fonctionne avec le  mécénat, donc c’est un modèle économique à revoir.

> A lire : « Efflorescence Culturelle : La Route du Rock. Pluie, éclaircie, boue, foin et Caribou »

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