Le Quatre Heures : la pause goûter des pure players

Et si vous vous posiez, là, maintenant ? Et si vous renouiez avec votre traditionnelle pause du quatre heures que vous avez délaissée en étant tout le temps fourré à droite à gauche ? Et si vous repreniez confiance dans les médias, qui n’attendent plus qu’à vous prouver qu’ils en sont dignes ?
le quatre heures accueil
Chaque premier mercredi du mois à 16 heures, Le Quatre Heures propose un long récit à ses abonnés – Capture d’écran

Le Quatre Heures est ce qu’on appelle un « pure player », un site d’information né sur Internet. Il propose des formats interactifs avec ses lecteurs. Des formats multimédias, entre photo, texte et vidéo. Un format pour raccrocher aux désirs des lecteurs et pour coller aux attentes d’une société qui n’attend plus que le journaliste le suive pour évoluer dans les technologies. Plongez-vous dans une nouvelle manière de voir l’information. Comme nous, tombez-en amoureux.

Quatre questions à Estelle Faure, co-fondatrice du Quatre Heures.
Combien de temps ça met à penser et à concrétiser un pure player ?

Le nôtre était au tout départ un simple projet étudiant, réalisé en 2013 par la promo presse écrite et web du CFJ [Centre de formation des journalistes, ndlr]. Nous avons imaginé le format, le concept, réfléchi un peu au modèle économique mais sans nous projeter dans l’avenir, au-delà du projet. Le Quatre Heures version étudiant a duré environ quatre mois, le temps de créer le concept, partir en reportage, monter le site et diffuser les reportages. L’entreprise, elle, a pris six mois de notre temps : créer la structure, déposer les statuts, penser le modèle économique, rassembler des fonds, lancer la refonte de notre plateforme web, réaliser les reportages pour la nouvelle version du site et enfin, lancer le média. Le plus dur est de s’accorder sur les bases : le concept, le modèle économique, les directions à prendre. Ensuite, c’est du temps de réalisation : de la main-d’œuvre, beaucoup d’énergie et de patience.

Face à la crise des médias tout format, penses-tu qu’Internet est le moyen, le lieu, de sauvegarder le reportage d’investigation et long format ?

Je ne pense pas que tout cela soit simplement une question de support. Le journalisme peut se renouveler peu importe son support, on l’a vu avec le succès des mooks papiers, comme XXI ou la Revue Dessinée, qui ont repensé des modèles économiques et renoué avec les lecteurs alors qu’on disait la presse papier vouée à l’échec. Notre ADN et notre parti-pris, c’est de raconter des histoires multimédia, raconter un sujet avec ce que le web offre de mieux en terme d’expérience web, de belles photos, des vidéos de qualité, des animations travaillées… Que la forme, multimédia, serve le fond, le sujet, l’histoire, l’enjeu derrière. Pour nous, le web n’est pas uniquement synonyme de frénésie, de rafales d’infos et de tweets. Il y a la place sur le web pour développer des narrations originales, pour regarder des vidéos de reportage en haute qualité, pour lire de belles plumes. On pense vraiment que la qualité d’un article ne dépend pas de son support. Le web offre une autre dimension au reportage, lui donne du relief : du son, des images en mouvement, des dessins animés… Sur le web, le reportage se déploie d’une toute autre façon et offre une vraie expérience à l’utilisateur. Mais pour nous, la slow info, qu’on défend, n’est pas réservée au papier ni au web et le rythme journalistique ne doit pas être cantonné à une question de support. Donc oui, je pense qu’Internet, comme le papier, est un endroit pour tous ces types de journalisme, reportage, enquête, long-format. A condition de les renouveler et d’oser.

Le choix de créer un média sur Internet s’est-il imposé à vous parce qu’il est, de base, gratuit, ou parce que vous pouvez y développer votre polyvalence ?

On a choisi Internet pour toutes les raisons citées précédemment. Ensuite, on a choisi un modèle économique payant sur le web qui correspond à nos besoins de développement. Les choses se sont faites dans cet ordre-là plutôt. Internet nous offre aussi une liberté folle en termes de narration multimédia, qui se renouvelle sans cesse, avec tous les outils du web qui se développent, c’est aussi notre ambition, de continuer à explorer ce domaine-là.

Selon toi, Internet peut-il redonner le goût et la curiosité aux personnes mises en marge de la culture et de l’information à cause de son prix de plus en plus élevé ?

Internet est l’un des supports sur lequel les gens passent beaucoup de temps, donc oui, c’est un endroit idéal pour rattraper ceux qui auraient pu se détourner d’une forme de culture ou de certains formats journalistiques. Il est accessible facilement, depuis n’importe où, ordinateur, tablette ou téléphone, n’importe quand… Nous avons fait en sorte que notre abonnement reste abordable (19,80 euros par an pour 12 reportages long-format) car si nous sommes un média payant, nous ne voulions pas proposer des prix dissuasifs. Notre forme multimédia est accessible à tous, nous le voulons agréable à lire, nous voulons qu’il réconcilie les lecteurs avec le web et le reportage. Nous ne voulons pas faire du journalisme pour privilégiés. Mais derrière, notre idée est aussi de faire comprendre que ce type de format, même sur le web, a de la valeur (la réflexion des journalistes, leur reportage, le travail d’équipe pour faire tourner le média, etc.) et donc un coût, qu’il faut partager avec le lecteur.

○ A lire aussi : « Les pure players plebiscités par les jeunes journalistes » (20 minutes), par Samuel Chalom

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