EX_MACHINA : Intervention divine

Alex Garland réussit avec brio son passage derrière la caméra après avoir écrit quelques scénarios de science-fiction. Dans EX_MACHINA, il met en scène un excellent triangle dramatique en huis-clos, porté par une direction artistique aussi sobre qu’efficace et des acteurs tout en retenue.

Lors de l’édition 2015 de la grande messe pop qu’est le SOUTH BY SOUTWEST, les festivaliers désireux de rencontrer l’âme sœur se rendirent donc sur Tinder. « Swipant » à gauche comme à droite, quelques hommes finirent par « matcher » avec une jolie Ava. Finalement, après quelques questions intimes et des réponses très personnelles, la jeune femme se dévoila véritablement via son compte Instagram : @meetava. Mais en réalité, Ava n’est qu’un de ces « bot » qui, sous les traits de l’actrice Alicia Vikander, orchestre de manière subtile la promotion d’EX_MACHINA. Le résultat n’est donc, certes, pas surprenant puisque les quelques questions s’enchainent de manière totalement mécanique mais il a au moins le mérite d’être efficace et intelligemment construit.

ex machinaPassant des tables d’écriture à derrière la caméra, le britannique Alex Garland signe ici son premier long-métrage. S’attaquant à un sujet bien que maintes fois abordé, l’auteur du roman La Plage ou des scénarios de 28 Jours plus tard et Sunshine réussit son baptême du feu haut la main avec cet intriguant thriller biopunk (branche de la science-fiction, contraction de biotechnologie et cyberpunk) aussi intelligent qu’accessible. Vainqueur d’un concours interne dans la plus puissante des entreprises d’informatique du monde, Caleb (Domhnall Gleeson, tout en retenu), compétent programmeur, gagne l’opportunité de rendre visite à son mystérieux employeur dans sa vaste demeure reculée au fin fond de l’Alaska. Dès lors, dans ce vaste bunker perdu dans la nature, le jeune informaticien s’enfonce, à chaque fois un peu plus, dans les tréfonds de sa conscience d’être humain au fur et à mesure des sept jours de dialogue avec l’intelligence artificielle Ava (Alicia Vikander, fantomatique). Ainsi, Caleb passe rapidement du statut d’invité à celui de prisonnier et de victime dans cette tour d’ivoire aux airs de cage dorée, habitée par son patron Nathan (Oscar Isaac, froid et impénétrable). Orgueilleux sous une apparence d’homme modèle, ce Docteur Frankenstein moderne manipule le couple jusqu’à l’implosion dans des scènes épurées au visuel minimaliste et aux sonorités tant planantes que glaçantes, à la fois légères et graves.

ExMachina

Partant du concept, de prime abord simple, du test de Turing (où le but est de tester la crédibilité d’une intelligence artificielle), EX_MACHINA se développe petit à petit et s’étoffe tout autant que le personnage d’Alicia Vikander, qui, au fil de la discussion avec Caleb, gagne en humanité. Peu à peu, le robot délaisse ses airs mécaniques pour se doter d’une apparence organique. La mutation est évidente puisqu’elle n’est qu’un amas de connectiques aux premières minutes du film mais se vêt pour enfin devenir une « vraie » femme lors de la scène finale. Le long-métrage touche également du doigt la théorie de la « vallée dérangeante » où le but est de mettre en exergue l’inhumanité d’un androïde par sa perfection. Ainsi, plus ses traits nous semblent familiers, plus ses défauts nous paraissent monstrueux : physiquement parfaite, Ava est cependant manipulatrice et cruelle lors des derniers instants du film.

Pouvant être perçu comme le père spirituel de Blade Runner en ce qui concerne la question des robots et leur intelligence, le film pose ses bases dès l’introduction. Évoluant dans un monde ultra-connecté où le vivant n’a sa place que dans les régions reculées du monde, l’Homme joue à Dieu en recréant des ersatz de vie semblable à ceux de la création humaine. Mais comme tout bon film de SF, la loi de Murphy entre en jeu et le projet tourne mal. L’élève dépasse le maître, le Golem terrasse son créateur. La peur de l’étranger apparaît donc comme un aspect central du film autant que la déshumanisation qui semble être le futur de l’Homme. Intrigué, fasciné puis épris tout autant qu’effrayé par cet être si parfait qu’est Ava, Caleb doute et s’interroge rapidement sur son essence et sa nature d’être vivant.

Ce premier long-métrage du britannique Alex Garland n’a, certes, aucun atout commercial mais se révèle être un excellent film de science-fiction aux élans d’anticipation. Porté par d’excellents acteurs et une direction artistique sans excès, EX_MACHINA ne révolutionnera pas le genre malgré un résultat final de haute facture.

De Alex Garland. Avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac. Royaume-Uni. 108 minutes. Sortie le 3 juin 2015.

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