BH#7 : Snowden, NSA, bien pire qu’un complot

Le projet de loi relatif au renseignement est étudié en procédure accélérée depuis le 19 mars par le Parlement français. Le 4 mars dernier, le documentaire Citizenfour, initié par Edward Snowden et plusieurs journalistes, a reçu l’oscar du meilleur documentaire. La surveillance des peuples, l’idée que les Etats puissent analyser, suivre, disséquer, tout savoir et sur tout le monde, est une actualité foncièrement contemporaine. Ne répète t-on pas à longueur de temps que le savoir, c’est l’essentiel?

Moi bien sur et comme tout le monde, je dois le dire, je m’en fous complètement. La NSA (National Security Agency)? Je m’en fous. Quelques changements dans la loi française? Ah, je m’en fous aussi, désolée. Comment est-ce-que je peux justifier tout ça? Je ne le fais pas, puisque je m’en fous, et, pire, je n’y ai même pas réfléchi. En fait, je suis victime de mon propre désintérêt pour ces questions, d’un désengagement latent, parce que j’ai la flemme d’y penser, parce que je ne sais comment y penser, et parce que, peut-être, je suis fatiguée de penser.

Mais rien n’est foutu, il suffit de savoir par où commencer et de se réconcilier avec les informations. Citizenfour, pour cela, est l’outil parfait, entre objet pédagogique nécessaire et noble création artistique. On a beaucoup parlé d’Edward Snowden, des lanceurs d’alertes réfugiés dans tel ou tel pays lointain et des discours controversés qu’ils tenaient. Discours, d’ailleurs, qui s’accompagnent dans ce cas précis d’un bon gros tas de documents confidentiels que Snowden a préféré filé à la presse internationale. C’est le synopsis : un ancien analyste de la NSA qui plaque tout pour révéler des secrets d’Etat. Nos sociétés, si enclines à plonger tête baissée et yeux fermés dans la première théorie du complot venue, ne sont pourtant pas vraiment attirés par l’affaire NSA. Au contraire, nous qui réfutons toujours et par principe les théories d’hallucinés qui nous promettent que tout le monde nous manipule, que tout n’est que mensonges et élaborations perfides, nous donc, nous n’y croyons pas non plus, à Snowden et à ses circonvolutions. Et voilà qu’aujourd’hui, en France, face à l’ampleur de certains évènements, le gouvernement tente de faire voter la Loi Renseignement. Mêmes dilemmes, mêmes questions, même résultat : on ne sait pas quoi penser.

Il n’y a pas de bonne attitude, de juste croyance, il n’y a pas non plus d’opinion parfaite. Un jour vous vous dîtes « mais moi je n’ai rien fait de mal, ils peuvent me surveiller ». Et le lendemain « et puis ce mec, Snowden, c’est un traitre, pourquoi est ce qu’on devrait tous le croire? ». Le problème, bien entendu, c’est qu’il ne s’agit pas de l’histoire d’un homme, ni même d’un gouvernement ou d’un Etat. Une fois encore, s’il était nécessaire de le rappeler, il s’agit d’idéologie. La masse d’informations collectée par la NSA, avec l’assistance de nombre d’autres Etats, est une arme économique, politique et sociétale. Voilà le message du documentaire Citizenfour, voilà le message que vous pouvez ignorer, mais qu’il faut entendre. Le savoir, c’est l’essentiel, rappelez-vous.

« Nous construisons la plus gigantesque arme d’oppression de l’histoire de l’humanité. Cela se résume à la puissance d’Etat utilisée contre l’aptitude des gens à s’opposer à ce pouvoir », Edward Snowden

Pour en savoir plus, le site The Intercept (en anglais)

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