Good Kill, inégale mais efficace

Depuis plusieurs années déjà, on a su déceler un certain penchant des américains pour les films de guerre. Parfois accusés d’être trop patriotiques, trop violents ou trop lisses, ils sont souvent reconnus pour leurs scènes de batailles impressionnantes, où le spectateur est au coeur des hostilités. Mais dans Good Kill, ce sont les passages derrière un ordinateur de commande qui sont les plus insoutenables.

Good kill

Tommy Egan est un pilote de chasse pour l’armée américaine. Habitué à être envoyé dans les airs pour faire son devoir, il doit aujourd’hui rejoindre son poste de commande de Las Vegas et abattre des talibans derrière son écran, grâce à un simple joystick qui dirige un drone.  Lorsque le tir atteint sa cible, la sentence tombe : good kill, ou « dans le mille ». Loin d’en être fier, Tommy est tiraillé entre son envie d’être au coeur de l’action et sa culpabilité face à ces actes de pur sang froid. Il doit en plus gérer une vie de famille chaotique.

Meurtre de sang-froid, héros au sang chaud

Lorsque Tommy entre dans son poste de commande, un écriteau indique  « vous quittez le territoire américain ». Avec son uniforme de l’armée de l’air, ses lunettes de chasses et son crâne rasé, on pourrait croire qu’il embarque pour effectivement quitter le continent. Mais il se contente de s’asseoir derrière un écran et de guider un drone invisible à l’oeil nu à des milliers de kilomètres des USA. La plupart du film se passe donc à travers ce point de vue, cette caméra froide et objective qui retransmet inlassablement l’exécution des cibles. Comme Tommy, on est à des lieux du conflit en lui-même, mais ça ne le rend pas moins violent. Notre héros, interprété par un Ethan Hawke méconnaissable et criant de vérité, est perdu.  Alcoolique, déprimé de ne plus faire son travail tout en ayant l’interdiction de se plaindre, il ne sait plus à qui se confier. Il se sent lâche, il se sent faible, il se sent cruel. Et sa famille fait les frais de sa frustration, de sa colère. Son « besoin » d’être sur le front pourrait rappeler par exemple la trame du récent et apprécié American Sniper. Mais cette nécessité est plus désespérée chez Tommy, et est donc plus touchante.

Guerre sous un crâne

Tout au long du film, on le voit se débattre avec lui-même, à essayer de trouver du bien dans son travail. C’est d’ailleurs ce qui fait la force du film. L’une des scènes d’ouverture est le discours du chef de mission qui explique aux nouvelles recrues que même si tout se passe à travers un écran, « ce n’est pas un jeu de playstation. La mort est bien là ». Mais lorsque ces paroles sont répétées à la fin du film, elles perdent tout leur sens. Les dialogues sont composés d’excuses toutes trouvées énoncées par les collègues de Tommy pour tenter de trouver une explication, une justification. La limite du bien et du mal, du devoir et de la morale sont au coeur de la réflexion. Elle se pose surtout lorsque les attaques contre les talibans viennent à être régulières et parfois presque arbitraires. Vera Suarez, interprétée par Zoë Kravitz, pose d’ailleurs la question qui hante toutes les pensées : n’est-ce pas agir comme les terroristes que de les tuer ainsi ? Le réalisateur Andrew Niccol énonce une prise de position. Il n’hésite pas à critiquer ouvertement les méthodes américaines. Tout comme Stanley Kubrick ou Francis Ford Coppola, il s’inscrit donc dans ce courant de cinéastes qui utilisent leur art pour décrier les actes militaires de leurs temps. Choisissant une réalisation plutôt centrée sur la psychologie que sur l’action, Good Kill est donc assez statique. Pas de grande bataille, beaucoup de gros plans et une absence notable de mouvement de caméra. Le peu de choix dans les décors pourrait presque évoquer le huis clos, oppressant. Mais cette réalisation figée est au service de l’intrigue.  L’ambiance n’en est que plus pesante.

Un casting inégal

Si Ethan Hawke crève l’écran et prouve sa capacité à évoquer tout un panel d’émotions en restant sobre, le reste du casting n’est pas toujours de ce niveau. Zoë Kravitz n’est pas très convaincante, elle qui interprète pourtant la seule soldat à se rebeller face à ce système qu’elle juge cruel. Bruce Greenwood incarne un lieutenant colonel aux facettes intéressantes, mais pas assez développé. January Jones, quant à elle, a du mal à nous toucher dans le rôle de la femme troublée par le changement de comportement de son mari Tommy. La relation du personnage principal avec sa famille est d’ailleurs l’une des lacunes du film. Evoqué de manière maladroite et parfois cliché, ce thème freine l’avancée de l’intrigue et détonne avec le reste.

Ce long-métrage n’est pas parfait, mais à l’avantage de ne pas laisser le spectateur indifférent. On pourrait presque y voir une mise en abîme. Tout comme Tommy, le spectateur observe ces faits derrière son écran, tout en sachant qu’ils sont bien réels. Et devant tant de violence et même à une telle distance : impossible de détourner les yeux.

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