Festival de Cannes : « Sleeping Giant », un « Sa majesté des mouches » avec brio

Premier long-métrage du Canadien Andrew Cividino, « Sleeping Giant » était présenté en avant-première mondiale ce jeudi à Cannes. Critique.
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« Sleeping Giant », s’échapper du temps passant. Photo : Film Forge Productions.

 L’adolescence : les conneries, les illusions, les désillusions, les poussées d’adrénaline, le refus, la convoitise. Les aspects d’un âge d’or, celui d’une transition corporelle et mentale. Celui du terme de la jeunesse et du passage obligé à l’âge adulte. Autant de facettes qui ont intéressé une poignée de réalisateurs dans son traitement cinématographique. « Sleeping Giant » est l’un d’entre eux, présenté et favori de la 54e Semaine de la Critique en off de la compétition officielle du Festival de Cannes.

  « Sleeping Giant » est ce qu’on appelle dans le jargon cinématographique britannique, une « coming-of-age story », il met littéralement en scène le parcours initiatique de trois jeunes garçons de 14 à 15 ans, Adam, Nate et Riley.

   Des images à couper le souffle. Tourné sur les rives de l’Ontario au Canada, au Lac Supérieur, le film mériterait de remporter une palme pour sa photographie. La caméra, la moitié du temps sur l’épaule, rend compte de la course des enfants, embarquée, elle ne rend pas souvent des trajectoires impeccables mais elle rend compte dans ses mouvements approximatifs, de l’état d’ébullition des trois jeunes adolescents.

Une jeunesse encombrante

   Se défaire de son âge pour paraitre plus grand. C’est le sentiment qu’on a, adolescents, de vouloir aller au delà du possible pour se diriger vers l’interdit. Ici, c’est bien l’errance qui domine. Les trois garçons vont se lier d’amitié, Adam avec les deux cousins Nate et Riley, décomplexés qui vont l’adapter à leur rythme de vie : les filles, la drogue, les clopes et l’adrénaline en sautant des falaises. Les parents possèdent une place minime, relégués au rang de personnages secondaires. Si « Sleeping Giant » est centré sur l’histoire de ces trois protagonistes, c’est bien par qu’ils sont maitres de l’intrigue et maitres de leur famille. Il faut dire que le film fait penser sans conteste au roman de William Golding, « Sa majesté des mouches » et le film « Stand By Me » qui laisse place à une jeunesse désabusée.

    Au final, « Sleeping Giant » est un joli film lyrique sur la jeunesse. On pourra saluer l’intérêt qu’Andrew Cividino y consacre, en choisissant de ne pas la dramatiser et en soulignant avec justesse ses excès. On pourrait discuter de la beauté de ce film, du message véhiculé par la jeunesse – qui est la seule à détenir – celui du carpe diem. Au final, ce n’est pas la beauté que tend à souligner « Sleeping Giant ». Avec des acteurs qui tiennent la route au début de carrière, le film trouve une dynamique qui est la sienne, celle d’un long-métrage qui ne s’embarrasse pas de questions philosophiques et psychologiques mais qui les provoque.

« Sleeping Giant », d’Andrew Cividino avec Jackson Martin, Reece Moffett, Nick Serino. Durée : 1h29.

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