The Geek X Vrv : « Travailler avec les rappeurs ça ne nous gêne pas mais… il faut dire qu’il y en a qui sont chiants »

Nous avons rencontré le duo de producteurs français, The Geek x Vrv à l’occasion de leur dernier passage au Yoyo à Paris. Le groupe aux influences electro/hip-hop/future funk s’est fait notamment connaître grâce à leurs remixes de Flume, Odesza (gagnant du remix contest) et 20syl. Distribuant de la musique gratuitement, le duo a sorti son dernier EP Electric City sur All Good Records le label de GRIZ et leur titre It’s Because a été joué plus de 2,6 millions de fois sur The Sound You Need.

Quelle a été votre première expérience électro ?

Axel (The Geek). Alors moi je devais avoir 18 ans et j’étais allé au Metropolis à Paris. Et en fait j’ai vu un DJ et son style, la prestance qu’il avait sur scène m’a marqué. J’ai tout suite su que c’est ce que je voulais faire dans la vie : jouer pour les gens, leur donner du plaisir.

Vincent (Vrv). Moi je devais avoir 14 ans quand un ami m’a fait découvrir la hard techno et à l’époque j’avais trouvé ça formidable (rires) dans une quête d’identité je pense. Du coup j’ai accroché à la musique électronique grâce à ça. Puis plus tard j’ai trouvé mes marques et mes repères pour atterrir dans tout ce qui est musique de hip hop et musique électronique actuelle.

Concernant ce mélange de hip hop et de musique électronique, ne pensez vous pas que les américains sont plus réceptifs à celle-ci ?

A. La musique qu’on fait est déjà installée là-bas, donc forcément pour eux c’est plus facile. Il ne faut pas non plus oublier qu’il y a une population beaucoup plus importante qu’en France et ça joue aussi. Après si on prend l’exemple de Gramatik : il est slovène, mais dès qu’il a commencé à jouer aux Etats-Unis, il a eu énormément de succès et maintenant il y habite. Bonobo, on en parle pas souvent mais il fait la même musique que nous, lui aussi a explosé aux Etats-Unis avant de rencontrer du succès en Europe. La musique qu’on fait actuellement est en train d’être découverte en France alors qu’elle existe depuis bien 5-6 ans aux Etats-Unis. La France est plus en avance sur des trucs comme la techno.

Avec cette abondance de musique sur internet, n’avez vous pas peur d’être un effet de mode ?

A. Alors ça, c’est tout le problème de la musique youtube, les gens qui écoutent cette musique sont super jeunes genre 18-19 ans et dans un an ils seront passés à autre chose. Après c’est aussi grâce à ce genre de plateforme qu’on trouve notre public. Sur 100 personnes, il y en a bien 5 qui vont suivre ce que tu fais pendant des années.

V. Après c’est pas un but en soit d’être suivi, nous on fait notre musique, les gens apprécient ou pas.

Vivez vous de votre musique ?

A. Je ne réponds pas ! (rires)

V. Moi je suis toujours étudiant dans le son et l’audiovisuel.

A. En fait vu qu’on fait de la musique gratuite, on ne vit pas de la musique qu’on fait, on vit des concerts. Parfois c’est hard mais franchement je préfère galérer pendant 2 ans pour après vivre de ce que j’aime, plutôt que faire un taff que j’aime pas. Faire ce que tu aimes c’est un but dans la vie et on n’a qu’une vie. Fais ce que tu aimes et fais en sorte que ça marche.

Vous travaillez en duo. Qui fait quoi ? Est-ce que vous avez des taches attitrées ?

A. Non, on fait vraiment les choses ensemble. On se réunit, on pose les idées, ça peut partir d’un beat, d’un sample, de n’importe quoi. En gros on concentre nos idées.

Mais si vous n’étiez pas un duo ? Imaginons que vous ayez chacun un projet solo, est-ce qu’on retrouverai le même style de musique que celui que vous composez actuellement ?

A. Moi à la base j’étais plus dans un délire dubstep quand j’ai commencé, puis je me suis orienté vers le future funk parce qu’en fait j’adore la soul et la funk depuis que je suis tout petit. Mon père laissait traîner des CDs de James Brown, Daft Punk et même Darude (rires) Après Vincent.. vas-y dis le parce que c’est trop drôle ! Sinon je le dis !

V. De quoi ?

A. Que tu faisais de la vieille techno dégueulasse ! (rires)

V. Ah ça ! Bah oui j’ai fait de la vieille techno dégueulasse ! Mais moi ça fait longtemps que je fais de la musique. Ça doit faire maintenant 10 ans, mais c’est surtout pour moi, dans ma chambre. Je n’ai jamais prévu d’aller sur scène. Donc voila, je faisais des trucs pas très beaux, pas très jolis, qui doivent encore traîner sur internet si on cherche bien.

A. VRV MASSIVE ! Allez écouter !

Attention ça sera dans l’article !

A. Franchement allez écouter, ça en vaut le détour. (rires)

V. C’était il y a longtemps, les gens me pardonneront. Non mais pour revenir à votre question, je pense que je ferais de la musique quand même mais je pense que ça ne serait pas la même. Je ne sais pas ce que ça serait, mais ça serait différent

Vous préférez faire des remixes ou des titres originaux ? C’est un travail différent.

A. Carrément !

V. Oui c’est un travail différent, les deux sont bien en fait. Ça dépend aussi des musiques à remixer !

A. Oui c’est ça, en fait l’artiste qu’on a le plus souvent remixé c’est Odesza je crois et à chaque fois c’est un kiff total de les remixer. Après on a fait des remixes qu’on n’a jamais sortis genre M83, Jimmy Hendrix. On les joue parfois sur scène.

Mais qu’est-ce qui selon vous fait qu’un artiste est plus agréable à remixer qu’un autre ? On a l’impression que vous accorder une grande importance à un travail des voix lors d’un remix.

A. Oui tout à fait, en fait ce sont les cuts des voix. Pour Jimmy Hendrix c’est de la guitare.

C’est lequel de Jimmy ?

V. Voodoo Child

A. Et du coup on l’a joué une ou deux fois et c’est vraiment dur en live. On estime que ça ne vaut pas le coup de le sortir. On préfère le garder pour nous et le jouer lorsque les gens sont super chaud !

V. Il y a aussi des morceaux qui ne méritent pas d’être remixés selon moi !

A. Il y des producteurs qui remixent des morceaux juste pour dire un truc genre « J’ai remixé le dernier album de Drake » et c’est dommage car parfois ils font ce travail sans même avoir écouté l’album ou le morceau en entier. Nous si on remixe un titre, c’est avant tout parce qu’on l’aime. C’est pour dévoiler la vision qu’on a du morceau. Au final ce qu’on préfère entre les remixes et les originaux c’est 50/50 car lorsqu’on sample, on remixe aussi en même temps et on donne une nouvelle nature à la musique qu’on a samplé !

V. La composition c’est un peu plus chiant quand même, ça demande plus de travail.

A. Ouais quand t’es pas musicien c’est difficile. Tu as les idées dans ta tête, franchement dans ta tête t’es chaud, tu as déjà un morceau de ouf. Et puis t’arrives et tu fais deux accords tous pourris … « Bon, ça va être dur… » (rires)

V. C’est comme quand tu veux dessiner un paysage et qu’au final tu fais juste un trait avec un coucher de soleil.

A. Bah c’est ça.. En gros tu veux faire un bête de dessin mais tu sais pas dessiner.

Concernant vos samples, vous les trouvez où ?

V. Sur internet.

A. En diggant sur internet. Ça se passe surtout de la manière suivante : tu vas écouter un son de soul que tu kiffes et là tu vois à côté en suggestion un autre son pas connu de genre 1000 vues. Ok. T’écoutes et là tu fais « Ok mec c’est ça que je veux pour mon prochain son » et hop ! Tu le prends, tu le samples et en 2-3 heures t’as un début de morceau.

Et le sampling sur vinyle vous avez testé ?

V. Non pas vraiment, déjà on n’a pas le matériel pour, et puis il y a des passionnés qui le font sur internet donc autant prendre un travail de qualité plutôt que d’essayer de le faire soi-même salement.

Vous rendez disponible la majorité de vos musique gratuitement. Selon vous c’est absurde de vendre sa musique à notre époque avec Soundcloud, Youtube et les différentes plateformes gratuites ?

A. Je ne pense pas. En fait le problème c’est surtout quand tu samples. Je trouve que vendre un sample c’est vraiment un truc d’escroc. Le mec il s’est fait chier à louer un studio dans les années 60-70, il y a eu un taff de ouf, il a du payer des musiciens et tout. On se sent alors obligés de partager gratuitement nos morceaux contenant ces samples là. Après oui, quand on fera des full compositions, on voudra les vendre tellement on aura bossé dessus. Mais c’est sûr qu’on continuera à distribuer du contenu gratuitement.

Et vendre votre musique sur support, c’est envisageable ?

A. Sur support ça serait carrément fou en fait ! T’as ton CD et tout ! Mais bon, là on ne pourrait pas le donner gratuit.

Est-ce qu’un projet live comme EXMAG pourrait vous intéresser ?

A. On est actuellement en train de bosser dessus. On a Basile qui est notre saxophoniste, il joue également du clavier. Le projet live se monte petit à petit parce qu’on n’a pas forcément le temps ni les moyens de payer des musiciens. Du coup par rapport à notre notoriété, plus le cachet augmente, plus tu peux te permettre des choses en live. Si on avait le cachet de Madeon ou David Guetta, je peux te dire que le show.. Ça serait autre chose ! Ça serait vraiment fou.

Et collaborer avec des rappeurs ça vous intéresserait ?

A. On nous l’a souvent demandé. On a déjà collaboré avec Gavlyn, une rappeuse de San Francisco, c’était vraiment une bonne expérience, en plus elle est super cool. On en a fait une autre qu’on n’a jamais sortie et personne n’est au courant ! C’était avec Probcause, un rappeur américain. Le morceau s’appelle Good Morning, on ne l’a jamais joué encore. Je pense qu’il va sortir sur son album. Après travailler avec les rappeurs ça ne nous gêne pas mais.. il faut dire qu’il y en a qui sont chiants quoi !

C’est parce qu’ils ont leurs petits caprices ?

A. C’est pas parce qu’ils ont leurs petits caprices, c’est que par exemple, tu fais une track, tu lui donnes un nom, et eux ils veulent le changer, « tu peux me rajouter 8 temps de plus s’te plaît, j’aimerais bien faire un troisième couplet ». Bah non la chanson elle est comme ça, tu ne la touches pas, c’est tout. Tu vois, niquer toute l’émotion de la chanson en rajoutant les vocalises et les gimmicks du rappeur c’est dommage.

Pour vous l’émotion dans la musique c’est vraiment primordial je crois.

V. Euh ouais..

A. Toi tu kiffes pas l’émotion ?! Menteur !

V. Si moi j’aime bien l’émotion mais bon

Avec votre track nostalgia par exemple !

A. Ah ! Ça c’est lui qui a trouvé le nom ! Oui l’émotion c’est vraiment important pour nous car la musique sans âme ce n’est pas de la musique.

Bah de nos jours on en trouve pourtant beaucoup !

A. Si tu veux que je te fasse des prods comme Kaaris, je peux t’en faire 15 par jour. La musique qui n’a pas d’âme pour moi c’est de la merde. C’est le plus souvent de la musique commerciale destinée juste à faire de l’oseille quoi.

Vous pensez qu’il y a des styles de musique qui n’ont pas d’âme ?

A. Oh bah si un roux se met à faire de la musique ! (rires)

V. Non plus sérieusement je pense que chaque style possède ses artistes talentueux qui arrivent à donner à leur musique cette dimension.

A. Euh… dans le Riddim…

V. (rires)

A. En gros il y a une nouvelle wave dans le dubstep qui s’appelle le Riddim, et c’est vraiment pire que le techno les gars, n’écoutez jamais cette musique ! Enfin si, tu peux écouter si tu kiffes, si tu en écoute 5 d’affilé, ça te suffit pour la journée. Je vais vous en faire écouter après vous allez voir.

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