Vendredi : « Le DJ est un architecte d’intérieur quand le producteur est un architecte »

Le groupe électro Parisien du label FØRMAT revient avec un nouvel EP sous le nom de SOLA NOCTE. Nous l’avons rencontré peu avant la sortie de leur nouveau bébé pour une petite mise au point entre deux, trois voire quatre bières.

veneris diesAprès Veneris Dies, le souffle mythologique garde de sa vigueur et caresse leur nouvel EP dont les sons surprenants donnent vie à des morceaux brillants et habités, entre deep house, chill et musique du monde. Laissez-vous tenter par Sola Nocte, preuve incontestable que Vendredi mérite sa place dans le paysage électronique international.
Comment vous êtes vous rencontrés ?

Charles : On avait un pote en commun qui organisait un pique-nique au bois de Boulogne. Je me baladais un peu dans le bois pour les rejoindre quand j’ai entendu le bruit des ois et j’ai trouvé ça super cool. Ça a pas l’air comme ça, mais en fait les ois produisent un son assez mortel ! Je savais par le biais d’un de mes potes que P-E était ingénieur du son donc je lui ai demandé s’il voulais faire une prod techno avec moi avec le son des ois et il m’a dit « grave je suis trop chaud ! » et voilà, c’est comme ça que le projet a commencé il y a 3 ans à peu près.

Donc c’est allé assez vite, vous avez sorti votre premier EP en 2013, non ?

Pierre-Elie : Oui c’est ça, un an après !

Comment créez-vous à deux ?

P-E : Souvent ça part d’une pulsion en fait. On est assez pudique dans notre musique, on est facilement peureux lorsqu’on montre quelque chose de foireux à l’autre alors on crée chez nous chacun de notre coté puis quand ça prend un peu de la gueule, on montre à l’autre puis on voit si on continu à deux ou pas !

Flying Lotus

Quelles sont vos influences ? Votre musique ressemble beaucoup à celle de Flying Lotus, est ce une de vos sources d’inspiration ?

Charles : Carrément, c’est une énorme influence ! Quand on s’est connu on n’écoutait pas forcément les mêmes trucs mais on avait des choses en commun dont Flying Lotus, Tibs, toute cette mouvance un peu abstract hip hop ou l’harmonie est pas mal mise en valeur, on kiffait bien aussi la musique classique puis après on a chacun nos trucs personnels qui se ressentent aussi dans notre musique qu’on arrive à  mixer à deux quoi !

Comment avez vous été signé sur NØ FØRMAT ? Vous êtes un peu à part par apport à leur ligne artistique.

P-E : Ouais complètement !

Charles : On se demande parfois ce que l’on fait chez eux !

P-E : En fait on a signé un peu par hasard sur  NØ FØRMAT ! On a eu la naïveté au début de ne pas sortir notre musique sur internet pour aller démarcher les labels, alors qu’en fait c’est complétement l’inverse qu’il faut faire ! Les labels aiment bien qu’un groupe commence déjà a marcher pour le signer. Du coup on a démarché pleins de labels et on n’a pas eu de réponse ! On n’a pas démarché  NØ FØRMAT parce qu’on pensait pas qu’ils seraient intéressés.

Vous avez démarché qui alors ?

Charles : On a démarché Infiné, Ekleroshock

P-E : Carrément Because ! Kitsuné … !

Charles : Mais en fait Kitsuné, on n’avait pas vraiment d’adresse physique, alors ce qu’on a fait c’est qu’on est allé a la boutique de fringues rue Richelieu et genre on est allé voir les vendeur en leur disant « Hé on fait du son, voilà une maquette, est ce que vous pourriez la faire transmettre ? »

J’imagine que vous n’avez pas été pris au sérieux là !

Charles : Je crois pas non plus !

P-E : Non ça marche pas du tout comme ça ! Mais c’est ça qui est marrant car on apprend un peu comment fonctionne le monde de la musique sur le tas ! Donc quand on a vu que ça ne fonctionnait pas, on a mis notre musique sur Bandcamp. Elle a un peu tourné sur Radio Campus, sur quelques radios aux États-Unis.

Charles : Sur des blogs Japonais ! Mais écrit en Japonnais, genre on comprenait rien.

P-E : Les gens sont tombés dessus complétement par hasard !  NØ FØRMAT est tombé dessus, ils nous ont écris un mail et on a signé chez eux une semaines après.

Ça a l’air assez facile de signer sur un label finalement !

P-E : Tel qu’on l’a fait oui, après je ne connais pas les expériences des autres. Mais « label » ça veut tout et rien dire tu sais, ce qui est cool ce sont les gens qui t’accompagnent, l’attaché de presse, le tourneur etc… et surtout le regard que le label porte sur toi. C’est pour ça qu’on est super content d’être sur NØ FØRMAT même si c’est pas un label d’électro, c’est un label qui a un beau patrimoine, on est super content d’intégrer cette ligne éditoriale.

Vous êtes un peu inspiré par la musique du monde non ?

Charles : Oui, bien sur ! Ça fait parti des références en commun qu’on a. On aimait aussi beaucoup le Jazz quand on s’est rencontré et l’afrobeat, Ebo Taylor, Fela kuty, on était très sensible a leur groove sur des morceaux qui durent 15 – 20 minutes mais tu t’en lasses pas quoi !

fel ebo_taylor_1977

P-E : Puis ce qui est cool dans la musique africaine, c’est qu’ils arrivent à  faire de la transe avec des sons acoustiques. Puis il y a pas le coté cabalistique ou obscur de la Techno souvent. Dans la musique africaine il y a le même effet d’inertie, de transe, de répétition, de rythmique effrénée mais en plus joyeux !

Vous utilisez plutôt des samples ou de vrais instruments ?

Charles : Un peu des deux ! On utilise pas mal de samples d’autres morceaux, mais aussi beaucoup de vrais instruments que l’on enregistre nous-même : beaucoup de guitare, de piano et non pas des synthétiseurs, des vraies trompettes, vrais bassistes, vrais guitaristes.

P-E : On a un petit studio où on fait venir des musiciens, on leur montre un peu ce qu’on aimerait faire sans trop les guider non plus pour les laisser s’inspirer du morceau.

Vous n’avez jamais eu envie de faire un morceaux avec un chanteur ou une chanteuse ?

Charles : Ouais mais en multipliant les expériences et non pas en ayant une seule et même personne attitrée.

P-E : On vient de la musique expérimentale, et la musique avec une voix est une nouvelle phase à aborder mais l’erreur serait de greffer une voix à  l’instru.

Charles : Le mieux serait une véritable collaboration artistique avec un partenaire qui prendrait part à la création du début jusqu’à la fin.

"On a samplé la voix de Michael Lonsdale"
Qui aimeriez-vous comme collaborateur-trice?

P-E : On aime bien la voix de Mao Mondino qui vient  de sortir un nouvel EP là, et on n’exclu pas de travailler avec elle un jour si on en a l’opportunité.

Charles : Alani qui vient de signer sur  NØ FØRMAT a une voix sublime aussi ! Après il y a des rappeurs comme Bishop Neru, il a un flow de ouf que j’adore ! Joey Badass, Asap Rocky, john Wayne… Après, des voix un peu à la Lana Del Rey qui a un timbre de fille fragile, ça pourrait être cool aussi !

P-E : Sinon on a samplé la voix de Michael Lonsdale qui raconte la genèse dans un morceaux, et moi j’aimerais bien faire une sorte de slam, de textes lus par des comédiens qui interprètent sur une musique un peu deep.

Charles : Des voix qui nous touchent vraiment comme Jean Rochefort ou si Noiret était encore ne vie !

Si vous bénéficiez de moyens financiers très importants pour réaliser votre premier album que feriez vous ?

P-E et Charles : L’orchestre !

P-E : Rien ne restitue autant d’émotions qu’un orchestre !

Charles : Puis faire des clips d’animations et de sortir un bouquin d’illustration avec qui retracerait l’histoire de notre album que ça ne devienne pas juste un album ! On appellerait Myasaki qu’il nous fasse une truc dingue quoi !

Vous considérez-vous plus comme des DJs ou des producteurs ?

Charles et P-E : Comme des producteurs !

C’est quoi la différence exactement ?

Charles : Bah aujourd’hui c’est pas si facile à différencier.

P-E : Un DJ, il fait la transition propre entre deux discs, sont but est  de raconter une Histoire, créer une ambiance à travers sa sélection, mais il ne passe pas sa propre musique. Nous on fait des lives et quasiment jamais de dj sets parce qu’on aime vraiment jouer la musique comme un groupe de rock par exemple. On veut que ça reste du live.

Charles : Un DJ c’est un architecte d’intérieur quand le producteur est un architecte. Il compose des morceaux.

P-E : Mais c’est vrai que le terme peut être discuté parce que certains compositeurs/producteurs rejoue leur morceaux puis se contentent de faire des transitions entre. C’est très difficile avec la musique électronique, surtout pour jouer la notre il faudrait 10 mains tellement il y a des automations dans tout les sens. On a quand même besoin d’ordinateur mais on se tue à composer au maximum en direct et à éviter de lancer des boucles comme certains font.

 Par qui aimeriez-vous être remixé ?

Charles : Flying Lotus.

P-E : James Blake.

Charles et P-E : Djrum.

P-E : En fait par n’importe qui, c’est toujours cool de voir son morceaux revisité par quelqu’un. Dernièrement, « Chiara » a été remixé par Tenkha, il est vraiment cool !

Qui fait vos clips ?

Charles : Bah ça dépend en fait. Pour « Chiara », c’est une boîte de production qui nous a proposé de nous faire un clip avec un budget assez important. On a accepté mais c’est vrai qu’on n’est pas trop intervenu dans la création. Par contre pour le Rework EP c’était pendant notre résidence au workshop infiné. Les 3 clips ont étés tournés et montés en 3 jours par Jérome Witz, le graphiste de NØ FØRMAT et Emmanuel Lorain, de façon artisanale pendant que nous on composait les morceaux. C’était un peu une sorte d’émulsion créative. Mais pour « Adonis », notre dernier titre qui se trouve sur Sola Nocte, on avait envie de faire les choses nous même. On avait mis un scénario sur pied, on devait tourné  mais au final on a attendu des mois que ça se fasse et ça ne s’est jamais fait. Alors on a bricolé un autre clip avec des images trouvées sur internet. Ça nous a ajouté des mois de retard pour un clip qui est finalement très loin de ce qu’on avait en tête à la base.

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