« La culture est de moins en moins soutenue »

2015 est l’année du calvaire pour de nombreuses structures culturelles. Résultat : baisse des subventions de l’état, grève des intermittents et une centaine d’événements supprimés en France. Efflorescence Culturelle vous explique le pourquoi du comment.

Souvenez-vous. Été 2014. Vous étiez parmi ces milliers de festivaliers à vous rendre aux Vieilles Charrues, Art Rock, Eurockéennes, Nuits Sonores, Marsatac, Terres du Son et bien d’autres structures à plus ou moins grande échelle. Vous les avez entendu retentir, ces messages d’intermittents du spectacle qui voulaient un « régime social plus juste », car « sans intermittent, pas de spectacle ».

Mais vous vous demandez toujours ce qu’est un intermittent du spectacle. On vous éclaire : travailleur de l’ombre, l’intermittent du spectacle est soit un artiste (groupe, musicien, acteurs, comédiens), soit un technicien (cadreurs, graphistes, ingénieur son et lumière, déménageur des accessoires et décors sur scène). Il travaille par intermittence (alternance de périodes d’emploi et de chômage).

C’est un statut unique que la France possède grâce à « l’exception culturelle française » ; c’est-à-dire que pour favoriser une « diversité culturelle » française, le pays a imposé des quotas français concernant la musique, le cinéma, la télévision, etc. pour contrer une « industrie culturelle américanisée ». L’intermittent du spectacle n’est reconnu par son statut qu’en France, ce qui explique un nombre exponentiel d’associations culturelles comparé aux pays voisins. Il faut dire que le pays est envié de ce côté là.

Les raisons de la manifestation

Deux dates à retenir.

2003. Quatre festivals d’été sont annulés : le Festival d’Avignon, Les Francofolies de La Rochelle, le Festival International d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence et Les Tombées de la Nuit à Rennes. Le patronat (CFDT et Medef) souhaite supprimer le statut des intermittents parce qu’il estime qu’il crée un gouffre dans la caisse de la sécurité sociale et de l’assurance-chômage (Unedic). L’état précarise le statut en imposant un nombre d’heures d’ouvrage pour les intermittents : 507 heures de travail sont à effectuer sur 10 mois pour toucher les allocations-chômage.

2014. Un nouvel accord sur l’assurance-chômage, établi le 22 mars, entre les partenaires sociaux (CFDT, FO et CGT) que le patronat voulait supprimer, est sauvegardé mais durci. Ainsi, les intermittents voient leurs allocations repoussées avec un nouveau différé d’indemnisation et un plafond de perception. Ils sont plus de 110 000 concernés par la mesure, un chiffre qui reste stable alors que le nombre d’intermittents ne cesse d’augmenter : plus de 50% en vingt ans. En France, on compte plus de 250 000 intermittents.

Aux Nuits Sonores, on s’engage
Vincent Carry est aussi programmateur dans la salle de la Gaité Lyrique à Paris. DR

Vincent Carry est le directeur du festival Lyonnais les « Nuits Sonores » et de l’association culturelle d’événementiel culturel « Arty Farty ». Juin 2014. L’association Deconcert! (fédération internationale de festivals auxquels sont rattachés la plupart des festivals illustres), montrait son soutien aux intermittents.  Il tire la sonnette d’alarme sur la situation générale de la culture en France.

Olivier Py a annoncé en mars que l’édition 2015 du Festival d’Avignon serait écourtée pour faute de moyens. L’Etat a encore réduit ses subventions. Une nouvelle menace supplémentaire sur les manifestations culturelles françaises ?

L’Etat a réduit ses dotations aux collectivités locales. Les collectivités locales répercutent une partie de leur effort budgétaire sur les projets culturels. En résultat, des centaines de festivals en France sont impactés. Une carte crise a été diffusée sur tous les médias, qui répertorient cette centaine de manifestations culturelles qui ont disparu en France. Il y a donc une pression budgétaire sur la culture qui est réelle.

Et à l’échelle des « Nuits Sonores », quelles en sont les conséquences ?

Nous n’avons pas de subvention de l’Etat ou quasiment pas parce qu’en l’occurrence, elle représente 0,3% de notre activité donc ce n’est pas notre principale source de revenu. Mais globalement on sent que 2015 est une année sur laquelle il y a une pression budgétaire de la part du financement public (Etat et collectivité locale), cette pression impacte aussi le financement privé (mécénat et sponsoring).

Concernant les intermittents du spectacle dont leur statut est remis en cause par le Medef, vous avez décidé de vous allier à l’invitation de l’association de « Deconcert ! » avec vingt autres festivals pour exprimer votre soutien.

 On a un dialogue qui est extrêmement fluide puisque l’avantage du réseau « Deconcert ! » c’est des festivals qui se parlent beaucoup. Donc typiquement, sur ce genre de question, il y a beaucoup de réactivité. De notre côté, on se retrouve dans les indications mentionnées sur le communiqué. Le système culturel français dans le spectacle vivant et dans les festivals qui sont sous pression économique, ne pourraient pas exister aujourd’hui sans les intermittents. Il est clair que le régime d’intermittent aujourd’hui permet une vie culturelle riche telle qu’elle existe en France, et avec beaucoup plus de festivals chez nous que dans les pays voisins.

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Le 22 avril, un projet de loi sur le dialogue entre l’État et les intermittents sera réexaminé devant le conseil des ministres.

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