Velvet Stairs : « Sans la viralité d’Internet, mon travail n’aurait jamais vu le jour »

Velvet Stairs c’est un groupe d’électro-rock parisien qui tire ses influences de M83, John Carpenter et Boards of Canada. La formation revient avec un nouvel opus coloré enregistré en appartement : « Last Anthem ». Rencontre avec son auteur.

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J.C Villain est musicien et réalisateur des clips de Velvet Stairs

Supposons que vous êtes un groupe que personne ne connaît. Que diriez-vous pour vous présenter tel que vous êtes pour donner envie de vous écouter ?

Je suis un batteur de «rock énervé» qui s’est converti à la musique de film sans film. Je cherche à créer une musique, qui, une fois sur les oreilles, chorégraphie ce que l’on voit comme une caméra le ferait. Le vrai choc musical qui m’a donné envie d’aller vers la musique c’est Boards of Canada. J’ai réalisé que la musique pouvait faire voyager et j’ai eu envie de quitter les tambours pour raconter autre chose.

Est-il difficile de nos jours de faire de l’électro rock avec la concurrence de la scène émergente locale, notamment à Paris ?

C’est sûr que dans le créneau « musique 80’s » passée au shaker 2015, je suis loin d’être seul. Mais ce n’est pas ça qui rend la musique dure à faire. La concurrence nuit surtout à la visibilité et à l’accès au public. Spotify, Deezer ou Youtube sont des vecteurs extraordinaires de diffusion et de reconnaissance. Mon travail n’aurait peut-être jamais vu le jour il y a 20 ans et grâce à ces outils, je peux trouver un public. Tu es vite émoustillé quand tu vois les résultats de tes écoutes… même si tu es à deux années-lumière de Rihanna. Mais cet accès crée une concurrence ardue entre les artistes. Quand on voit qu’être playlisté sur Spotify, ou en radio peut faire basculer une carrière, j’essaie de rester sincère dans mes choix sans trop me préoccuper de ce qui émerge… Déjà que je travaille seul, si je commençais à trop y penser, je deviendrais fou.

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Votre tout premier album s’appelait « Star Dawn » puis « Last Anthem » est sorti. Qu’est-ce qui a changé entre temps ?

J’ai conçu Star Dawn comme la bande son d’un film où l’auditeur traverserait plusieurs états. La volonté de faire une musique « visuelle » ne m’a pas quitté mais sur Last Anthem, j’ai voulu ramener du rythme et de l’énergie. Je voulais créer une musique hypnotique que tu écoutes dans le train en regardant par la fenêtre en te disant « bon dieu, ce que c’est bon d’être mélancolique ». Dans Star Dawn, je voulais que chaque morceau ait une identité propre. D’ailleurs si tu mets Silk pour un rencard amoureux, la fille se barre et ton papier peint se décolle… Je conseillerais plutôt Shelter.

Vous êtes un cocktail alcoolisé ou non, quel mélange ou quelle boisson unique seriez-vous et votre musique ?

Par goût je suis un inconditionnel du Black Russian (vodka et kahua), pour la musique j’imagine assez bien un long island ice tea avec tout son décorum de parasol en papier et de bordure de verre recouverte de sucre au sirop…

Votre musique et clip « Crown » fait largement entrevoir vos connaissances cinématographiques.

Je suis réalisateur et graphiste donc ça m’a aidé pour Velvet Stairs. Pour moi, l’image et le son sont intimement liés et je commence presque toujours mes albums par la pochette, un peu comme l’affiche ou le titre d’un film. En ce qui concerne la musique, ce n’est pas tant la musique de film qui m’inspire que les films eux-mêmes. J’ai des obsessions pathologiques pour des films comme Top Gun, Christine, Donnie Darko ou des séries comme Miami Vice ou Twin Peaks qui ressemblent à des clips d’1 h 30. Si tu regardes la scène du match de volley dans Top Gun qui est une sorte de Gay Pride sur le tarmac de l’armée de l’air, tu te rends comptes qu’aujourd’hui ce serait dur de sortir un pavé pareil, c’est d’un lourd… Mais c’est tellement jouissif. Et tous ces films des années 80 ont ça en commun. On y trouve souvent aussi une part de mélancolie qui m’inspire beaucoup. J’imagine toujours mes morceaux comme une illustration d’une scène de film.

On remarque d’ailleurs une ressemblance notable avec le clip de Flume, c’est une influence ?

Flume, je ne connaissais pas jusqu’à ce que vous me posiez la question, je suis obligé d’aller voir!

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Il est à la hauteur de vos attentes ?

J’avais aussi réalisé celui du single Superclusters de l’album précédent, et comme pour celui-ci, j’ai été contraint par l’aspect financier de la réalisation. N’ayant pas de label, je produis ma musique et mes images avec mes moyens. Je suis donc en dessous de ce que je réaliserais dans l’idéal avec une vraie boîte de prod. Pour Crown,  j’ai puisé mes images dans des sites d’image banque. En l’état, ce type d’image n’a rien de poétique et renvoie toujours une image très stéréotypée (on les trouve en tapant des mots clé). Le défi pour moi était de leur donner vie et de donner au spectateur une lecture très personnelle de cette fusion amoureuse qui unit le couple. Ce qui est un contre-emploi total, quand on connait l’usage qui est généralement fait de ce type de vidéo dans des pubs contre l’acné ou des yaourt au bifidus.

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