BH #4 : Françoise Hardy, ou le meurtre de la pensée

Des élections, quand on est chargé des billets d’humeur, c’est un cadeau. Que de beaux sujets à notre disposition : « La communication politique de Manuel Valls au soir des élections ». « L’abstention, le premier parti de France ». Et, par ailleurs, c’est une nouvelle occasion pour disserter sur la société moderne, ses hommes pressés et ses idoles. Alors, aujourd’hui les jeunes, on va parler idéologie, idées, illuminations. Et de Françoise Hardy, aussi. 

Nous nous sommes déjà entendus, je ne dirai rien de la communication politique, rien de l’abstention, rien du Front National, et pourtant, pourtant, tout est lié. Je ne sais pas comment on s’est perdu, comment on est parvenu à flancher autant ; je ne comprends pas comment on a pu éteindre toutes les lumières aussi brutalement.

Il y a dans tous les poèmes de si élégantes métaphores de phares et de soleils, il y a tant d’aubes qui se lèvent et d’espoirs qui résistent, et ça ne tient à chaque fois qu’à la lumière. Savaient-ils déjà, les poètes, qu’il n’y a rien de plus important que d’être éclairé? Le monde des idées est éclairé, et ceux qui y vivent s’appellent les « idéologues ». Ah! cette peuplade, à vouloir toujours penser comme ça en idées, en concepts et en représentations du monde, eux qui ne sont jamais capables du moindre pragmatisme. Comment croyez-vous que l’on s’en sort dans la vie, avec des idées peut-être?

Bien sûr que oui. Moi, mes poètes et mes phares, nous pensons encore que rien ne se fait sans idées, que rien n’est beau sans lumière et que, pour toujours, il nous faudra résister encore encore pour les idéologies. Pourquoi est-on de gauche? Parce que nous possédons des valeurs humanistes et sociales, parce que nous nous efforçons de ne pas être individualistes, parce que nous sommes progressistes, parce que la société passe pour nous avant l’individu, avant le capital. C’est ça, une idéologie. Et dans la bouche de Françoise Hardy, invitée de l’émission On n’est Pas Couché il y a deux semaines, tout ça, c’est un gros mot. Pour Françoise Hardy :

« les gens de gauche sont idéologues, enfermés dans leur dogmatisme humaniste .

«On ne fait pas passer les idées avant les réalités. Le problème, c’est que l’idéologie occulte tout le reste ».

Oui, oui, elle a vieilli, et puis quoi, elle a bien le droit de dire ce qu’elle pense, elle qui se refuse à faire des discours « convenus ». Le problème, c’est que contrairement à ce qu’elle croit, Mme Hardy n’est pas la seule à en vouloir aux idées. Braves gens, nous voilà plongés dans un demi-noir obscur, enfermés dans une pièce dans laquelle il faut sauter à pieds joints pour entrevoir un bout de ciel.

 

 

 

Moi, humaniste par idéologie, je lutte chaque jour pour le rester, pour continuer à regarder l’horizon. Bien sûr, évidemment, ça fait du bien de s’en foutre de temps à autre, ça fait du bien de détourner le regard pour pas filer sa place à la vieille qui vient de renter dans le métro, ça fait du bien donc, mais ça abaisse encore un peu plus la luminosité. Parce qu’on ne fait pas passer les idées avant les réalités. Jamais. Les réalités ne nous ont jamais emmenés plus loin qu’au lendemain, mais les idées, les idées c’est le futur, c’est tous les lendemains cumulés. Evidemment. Je n’ai même pas envie de l’expliquer, je n’ai pas envie de donner de preuves. Les preuves, il y en a tous les jours, dans chaque journal, dans chaque édition spéciale. 

Comment ne pas voir que ce sont les idées, les espoirs, la raison et la culture de nos convictions idéologiques qui feront de nous des grands? Comme si en appeler aux idées, convoquer les émotions pour ressusciter nos philosophies, était vain, ou pire, renforcerait les idéologies adverses. Il est et sera toujours bon d’exhorter les cerveaux et les savoirs, et de surtout ne jamais les sacrifier sur l’autel des réalités. C’est comme ça qu’on rallume la lumière, c’est comme ça finalement qu’on sort de la caverne.

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