Hotline Miami ou le plaisir sadique

Sorti en 2012, du petit studio suédois Dennaton Games, Hotline Miami avait fait forte impression auprès de nombreux joueurs. Retour sur un jeu « indé » qui a vu juste. 

Depuis quelques années, les jeux vidéo prennent une place de plus en plus importante dans l’industrie de la culture et du loisir. Au-delà des habituels détracteurs, coutumiers de cracher leur venin sur une forme d’art qui les dépasse, les joueurs commencent aussi à élargir leur horizon vidéoludique et s’attaquent aux « jeux indés » (comprenez par là, les jeux sortis d’un studio indépendant, en marge des gros développeurs et ayant souvent carte blanche pour leurs créations).

Nous sommes le 23 octobre 2012 et certains gamers assez curieux attendaient cette date de pied ferme. Seulement annoncé quelques mois auparavant, le premier titre du studio Dennaton Games (fondé par Dennis Wedin et Jonatan Södeström) sort enfin sur la plateforme d’achat Steam. Je parle évidemment du très rétro, de l’ultra-violent, et du surtout très addictif Hotline Miami.

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Rendez-vous avec la mort

Chaque œuvre artistique prend place dans un contexte et un univers qui lui est propre. Ici, l’histoire se déroule sur la côte ouest américaine, et plus particulièrement en Floride. Bienvenue dans le Miami des années 80. Comme dans Drive, vous incarnez un anonyme prit d’excès de violence. Mais dans le jeu de Dennaton Games, le protagoniste reçoit des coups de fil d’étranges individus, lui ordonnant de se rendre à des endroits précis pour diverses raisons. Cependant, ces appels ne sont ni plus ni moins que des prétextes pour perpétrer des massacres en règles. Au-delà d’une ligne narrative assez simpliste, le scénario se veut mystérieux et dissémine des indices et des éléments (notamment sur un étrange groupe) à chaque détour de couloirs, agrémentant le scénario principal d’un deuxième niveau de lecture.

La prise en main se fait facilement et le tout est assez intuitif, on contrôle le personnage avec quelques touches du clavier et les deux cliques de la souris. Mais ne vous fiez pas aux apparences, car vous allez en baver. Le moindre faux pas ou l’insignifiante petite maladresse de votre part vous conduira à recommencer votre partie car l’IA (Intelligence Artificielle) se veut implacable. Vous allez donc jouer puis mourir pour recommencer dans la foulée. Puis jouer. Puis mourir. Puis recommencer. Et ainsi de suite jusqu’à avoir complètement nettoyé les salles de la vingtaine de niveaux disponibles (notez l’ironie puisqu’il s’agit en réalité de repeindre les murs du sang des ennemis). A vous donc d’user à bon escient du fusil de chasse, de la hache d’incendie, ou d’une paire de ciseaux pour enchaîner les ennemis et les combos, dans le but de réaliser un score plus ou moins parfait. Mais la folie du jeu ne s’arrête pas là. Comme pour aller plus loin dans la psychologie ravagée du personnage et ses troubles dissociatifs de l’identité, vous avez la possibilité de porter un des 25 masques d’animaux qui influera directement sur le jeu. Un peu comme dans la série d’HBO, United States of Tara. Quoique en beaucoup (beaucoup) plus violent.

Welcome to Miami

De prime abord, le jeu semble impossible, trop psychédélique, trop difficile, et dans son ensemble trop hors d’atteinte. Mais c’est également ce qui fait le charme du titre. Comme après un mauvais trip aux acides, aux champignons ou à l’ecstasy, les duo suédois Dennis Wedin et Jonatan Södeström s’en sont donnés à cœur joie. Arborant fièrement une esthétique old-school et pixélisée, Hotline Miami se veut un peu comme un successeur des premiers GTA, sortis à la fin des années 90, avec cette vue top down (vue du dessus, à la verticale) et cette son univers mafieux. L’ambiance volontairement rétro nous plonge dans une époque que Tony Montana aurait pu connaître. En plus des couleurs très flashy, le titre se dote d’une bande-son d’une qualité incroyable pour un projet aussi modeste. Entre M.O.O.N., Jasper Byrne ou encore El Huervo, la musique apporte une dimension supplémentaire au titre, plongeant le joueur dans un état quasi-second dès lors que la boucherie débute. Les notes electro semblent très marquées « années 80 » et sont tout autant violentes que les images en elles-mêmes : elles s’inscrivent parfaitement dans la continuité artistique du titre.

Mais attention ! Hotline Miami n’est clairement pas à mettre entre toutes mains. Outre sa difficulté omniprésente et son aspect die-and-retry plutôt exacerbé, le titre de Dennis Wedin et de Jonatan Södeström est un jeu d’une extrême violence. Bien que son aspect graphique en pixel art permette d’atténuer légèrement les images choquantes, la brutalité dont fait preuve le personnage n’en reste pas moins sérieuse. De plus, les morceaux techno semblent coordonnés à nos actions et nous plongent littéralement dans la fureur de l’antihéros anonyme. Mais une fois la tuerie accomplie, le calme se réinstalle. Les notes électroniques font place à une musique lancinante. Les salles sont désormais jonchées de cadavres comme dans certains films de Tarantino. Le joueur se retrouve devant la réalité de ses actions. L’expérience se veut désormais pesante pour lui lorsqu’il doit marcher sur les corps des mafieux russes afin de regagner sa voiture pour terminer le niveau.

 

De la suite dans les idées

Mais si je vous parle aujourd’hui d’Hotline Miami, c’est que dès le 10 mars prochain, vous pourrez voir débarquer sur des plateformes de téléchargement comme le Playstation Network ou encore Steam, la suite du premier opus. Intitulé cette fois Hotline Miami 2 : Wrong Number, le titre reprend les mêmes bases que son aîné : un scénario aussi tordu, un gameplay tout autant exigeant, et une direction artistique également hallucinante (au premier comme au second degré). Toujours plus kitsch, toujours plus brutale, cette suite prend place quelques années après les événements du premier opus, et propose une toute nouvelle histoire. Cette fois-ci, ce sont des « fans » des actions du personnage du titre original et un détective enquêtant sur ses massacres qui sont mis en avant. Encore une fois, ce ne sont que des prétextes pour de multiples abominations.

Le travail du duo de Dennaton Games se révèle très intéressant tant au point de vu de l’expérience de jeu, que de l’ambiance générale du titre dans laquelle le joueur est plongé. Désormais incontournables du  indé, Hotline Miami et sa suite prennent peu à peu place dans le panthéon des jeux vidéos, malgré leur ultra-violence et leur univers peu abordable.

Mais au final, faire du mal : ça fait du bien.

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