Billet d’humeur #3 : Memento : la musique est une fête

Le monde moderne est une bénédiction. L’esprit contemporain, blasphème absolu, permet tout. Il n’est plus question de seigneurs et d’écus d’or, mais d’une célébration perpétuelle ; le monde est une fête. Faut-il encore savoir en profiter, faut-il encore s’en souvenir. Et parmi les memento, la musique.

Ou plutôt, la musique, les pintes et les camarades. La musique se théorise, elle s’analyse en dissertations sans fin, elle se juge sur des critères précis et se dissèque. La culture, en l’occurrence, est un domaine de recherche, un terrain de jeu pour tous les critiques. Seulement parfois, il faut s’abandonner à ne plus chercher à comprendre, rompre avec l’intelligence et convoquer l’esprit.

Pour rencontrer l’esprit, il faut s’aventurer dans les salles minimalistes et houblonnées, là où les groupes sont faits d’à peu près et de bordel substantiel. La musique doit rester un esprit adolescent, une méchante volonté de jouer, un idéal romantique, évidemment. Hier, en assistant à la répétition d’un groupe inconnu et qui n’en a d’ailleurs même pas l’ambition, je me suis souvenue de l’importance de tout ça. Ces mecs-là, tous plus en retard les uns que les autres, ces musiciens maladroits chargés de câbles, d’amplis et de carnets gribouillés, c’est ça le foutu esprit rock. Quel laideur, le mot « rock » ; et justement. C’est pas beau, ça sent pas bon la production immaculée et le vocoder. Et j’étais là, au milieu de tout ça avec ma bière cheap dans les mains, à les regarder jouer ensemble, lancer des morceaux au hasard et voir comment ça va tourner. Chacun tente son truc, et on aide le copain qui a perdu le riff, et on chope la bière sur l’ampli entre deux lyrics.

– « Je me sens naze »
– « On fait une pause clope si tu veux »
– « C’est que je réfléchis trop à ce que je joue »

Parfois c’est laborieux, c’est une chose entendue, mais qu’est-ce que c’est important. N’allez pas croire que c’est de la paresse, parce que bien sûr il faut savoir jouer, bien sûr il faut répéter, travailler, essayer encore et encore. Il n’y a simplement pas grand chose à comprendre, il s’agit simplement de savoir attraper à la volée les moments de grâce imbitables qui font de la musique une bénédiction bien plus grande que le monde. Les petites salles, les amateurs, les aventuriers de tous les jours, ceux qui transpirent et crient, ceux qui oublient les couplets et saturent leurs solos ; ceux-là finalement qui rêvent encore de jouer devant dix personnes comme si ça valait un Bataclan. Ce groupe de reprises n’est pas plus important que les autres évidemment, il fait simplement partie de cet ensemble, de ces trucs là qui sortent de nulle part et donnent malgré eux un peu de sens au grand tout.

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Alors oui, bien sûr, ce ne sont que de la musique et des vibrations, quatre mecs qui sautent en transe en reprenant Song 2 de Blur ne vont pas changer le monde, mais la fête commence par là. En grandissant, on veut plus, on cherche autre chose un peu partout, seulement il y a ce quelque chose qu’on avait effleuré en achetant nos tout premiers albums trop chers et trop écoutés ; c’est un sentiment furtif qui pour une raison inexplicable est aussi important que tout le reste. La musique, les pintes, les camarades, l’Esprit.

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