Imitation Game ou le jeu des Oscars

Enième film de commande, Imitation Game est sorti le 28 janvier dernier. Les producteurs de The Weinstein Company ont choisi le Norvégien Morten Tyldum pour réaliser le biopic du mathématicien Alan Turing. Mais le résultat est-il là ?

TheImitationGame-BCNombreux sont les films narrant les événements de la Seconde Guerre mondiale : des assauts américains aux sabotages des résistants français, en passant par le front de l’Est ou les batailles du Pacifique. Mais connaissez-vous l’histoire d’Alan Turing ? Probablement pas. Pourtant, son travail fut capital à la victoire des Alliés, mais aussi à l’invention des premiers ordinateurs.

Réalisé par le Norvégien Morten TyldumImitation Game retrace donc un court moment de la vie de ce mathématicien de génie, recruté par les services secrets de Sa Majesté afin de décrypter Enigma, machine servant à coder les messages allemands.

Pour la première fois dans la peau d’un personnage principal, Benedict Cumberbatch campe à merveille un homme rongé par son génie, introverti jusqu’à sa mort et en parfait décalage vis-à-vis de la société dans laquelle il vit. On comprend vite pourquoi Cumberbatch figure dans la liste des nominés à l’Oscar du meilleur acteur, avec ce rôle à la croisée du John Forbes Nash joué par Russel Crowe dans A Beautiful Mind (de Ron Howard) et du Raymond Babbitt incarné par Dustin Hoffman dans Rain Man (de Barry Levinson). Mais le casting de ce biopic ne s’arrête pas là : Keira Knightley est assez convaincante, quoique parfois trop naïve. La part belle revient aux seconds rôles, parmi lesquels Charles Dance, réitérant la froideur de Lord Tywin, ainsi que Mark Strong, toujours aussi classe. Malheureusement, le film a trop tendance à se reposer sur le jeu de ses acteurs, seule vraie force de l’œuvre.

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Le film est loin d’être décevant : bien assis dans son fauteuil, le spectateur se laisse prendre au jeu grâce au rythme entraînant des images et de la musique. Le tout apparaît classique, traditionnel, taillé pour les Oscars. Mais tellement conventionnel que le film en devient impersonnel, sans réelle touche d’originalité venant accaparer l’attention du spectateur et marquer son esprit avec une note de singularité.

Bien qu’éléments essentiels dans un biopic, la narration et le récit sont pourtant loin d’être remarquable. Les multiples voyages entre les trois temporalités du récit sont maladroits et trop souvent inadaptés à la situation dans lesquelles ils interviennent. Qui plus est, ils sont censés explorer et creuser la psychologie du protagoniste mais parviennent qu’à l’effleurer. Concernant le récit en lui-même, on aurait aimé en savoir davantage sur le travail visant à décrypter la machine Enigma, plutôt que de s’attarder sur une pseudo-romance.

Imitation Game de Morten Tyldum est, dans son ensemble, un bon film : intéressant dans son propos (on découvre une facette oubliée de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale), mais qui manque de profondeur et de personnalité.

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