Rencontre avec The Avener : « L’EDM a vraiment étouffé le marché de la house music »

À l’occasion de la sortie de son album, nous avons passé quelques minutes avec The Avener, le producteur de House music qui a bouleversé les charts cet été avec son rework de Fade Out Lines.

Pour te présenter, quelles sont tes influences ?

The Avener. Mes influences sont éclectiques. J’ai un background musical de musicien, j’ai commencé le piano dès l’âge de 5 ans. J’ai baigné très tôt dans la musique. Vers 15-16 ans j’ai eu envie de sortir du milieu académique car j’étais surtout dans le classique et j’ai découvert plein de styles de musiques à travers mon métier de DJ. J’ai été DJ résident pendant presque 10 ans dans la région niçoise. Aujourd’hui j’écoute des musiques de tous les styles. J’ai une passion pour la House music en général.

Comment es-tu passé de la musique classique à la musique électronique ? Du piano aux platines ?

J’ai voulu m’éloigner du milieu académique du conservatoire. C’est très carré, tu dois apprendre et il y a très peu de liberté créative. Au début j’ai voulu faire un groupe de rock, mais je n’avais pas de copain qui jouait bien de la guitare, ni de copine qui savait chanter, donc je me suis dit que j’allais faire ça tout seul ! (rires). J’ai découvert le métier de DJ grâce à une vidéo sur internet ; j’avais 15 ans et je voulais télécharger une vidéo de Jennifer Lopez et je suis tombé sur un truc qui n’avait complètement rien à voir, c’était une vidéo des DMC WORLD DJ CHAMPIONSHIPS, un truc de scratch sur vinyles. Du coup j’en suis tombé totalement amoureux, je me suis dit « Putain les mecs qu’est-ce qu’ils font avec des vinyles ! » J’avais des vinyles chez ma mère tu vois mais c’était des vieux truc avec une vieille platine ! J’ai découvert la musique électronique comme ça, en étudiant le métier de DJ et puis très rapidement j’ai commencé à m’acheter mon propre matériel pour faire de la production à la maison. Ça s’est passé très simplement. En parallèle j’ai commencé à faire des petites soirées pour mes amis, puis en club, ensuite je me suis retrouvé résident. Du coup la semaine il fallait bien que je m’occupe, je me suis trouvé une passion pour la MAO.

Du coup ton background classique te sert dans tes productions d’aujourd’hui ?

Absolument ! Disons que moi j’ai appris la musique sous toutes ses formes c’est-à-dire le langage, la compréhension, les harmonies, enfin tout ce qui tourne autour de la partie théorique et technique. Donc oui bien sûr cela me sert énormément dans la musique électronique. Je mets en application des règles que j’ai apprises quand j’étais jeune.

Comment tu expliques cet engouement pour la House depuis ces dernières années ?

C’est un mouvement qui a plus de 30 ans aujourd’hui. C’est un truc qui est parti des States dans les années 80. Aujourd’hui on retrouve également la Deep House, qui vient de Chicago et qui n’est pas tout neuf. Il y a eu un moment où tout ça s’est un peu perdu, je parle d’entre 2009 et 2013. Durant cette période il y a eu un mouvement très Electro, très froid, très synthétique, l’EDM qui a vraiment étouffé le marché de la house music, et je pense qu’on est arrivé dans un cul de sac avec cette musique. On cherchait à faire de la musique encore plus forte, encore plus aggressive et encore plus artificielle. Je pense que l’EDM s’essouffle, tout monde a voulu faire la même structure musicale, les mêmes harmonies et les mêmes genres de drops. Je me suis rendu compte en tant que DJ qu’à chaque fois que je jouais de l’EDM, les gens étaient chauds sur la montée et le drop, puis 5 secondes après et bien les gens tu les perds, ils s’endorment et ils se font chier ! Et là depuis 2-3 ans il y a eu un retour de la House en Europe, ça a commencé en Angleterre, les allemands ont suivis car ils ont toujours été un peu précurseurs dans ce genre de mouvements. Les gens ont envie d’une musique qui les font danser et groover, quelque chose de plus chaud, de plus organique. Ce qui est intéressant avec la House c’est qu’on peut vraiment mixer toutes sortes d’influences, et cela rassemble énormément de communautés musicales, par exemple des gens qui écoutent de la Funk vont pouvoir écouter de la Funky House, et des gens qui écoutent de la soul vont pouvoir écouter des reworks de FlicFlac ou de Synapson. Je trouve que c’est vraiment un outil intéressant pour pouvoir traverser les époques et les remettre au goût du jour.

Es-tu en contact avec d’autres artistes de House français comme le Marquis par exemple ?

Le Marquis ! J’ai eu l’occasion de le rencontrer lors d’une soirée au Showcase et j’adore ce qu’il fait, j’ai écouté son rework d’Indeep, je suis fan de ce morceau, je ne sais pas combien de fois je l’ai joué !

et The Magician ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion de le rencontrer. C’est vrai que c’est un peu une big star maintenant, je crois que je ne suis pas encore à son niveau ! (rires) C’est un petit peu lui qui a lancé la mode du rework avec les Magic Tapes, son rework de Lykke Li. Moi j’ai beaucoup aimé cette époque là, très girly, très sexuelle et feminine. Ces derniers temps je suis très en contact avec les Synapson, on est vraiment sur la même longueur d’onde, on s’entend super bien ! Et avec Joris Delacroix aussi on échange régulièrement.

Toi tu as beaucoup mixé à Paris et à Nice. Est-ce que tu remarques des différences au niveau de ces deux publics ? Sont-ils autant réceptifs aux styles comme la House ?

Je pense que chaque région a sa patte, on ne peut pas le nier, il y a des endroits qui sont plus Techno, d’autres qui sont plus progressif. Dans ma région niçoise, de Nice à Saint-Tropez, on aime beaucoup la Funky House car c’est très summer. On est dans un esprit de fête du sud, du coup on est très axés sur ce style de musique. Pas totalement bien sûr ! Mais il y a bien une tendance pour cette musique là.

Est-ce que c’est évident de ressortir une musique après un tel succès comme Fade Out Lines ? Est-ce que tu ressens l’angoisse de ne pas réussir à refaire quelque chose à la hauteur ?

Bien sûr ! Déjà Fade Out Lines c’est un rework que j’ai fait à partir d’un morceau original de Phoebe Killdeer qui me plaisait déjà beaucoup à la base. Et puis bon, il s’est passé ce qu’il s’est passé : ça a buzzé de ouf et je ne m’attendais pas à ça, je voulais juste faire bouger du genou les clients des bars ou des afterworks dans lesquels je jouais. J’avais aussi envie d’une musicalité plus adulte à travers la Deep House. Mais du coup oui, c’est très dur de penser à la suite. En fait, ce qui s’est passé c’est que je ne me suis pas rendu compte du buzz car Fade Out Lines je l’ai travaillé durant l’été 2013, je l’ai jouée, je l’ai envoyé à des potes DJ qui ont fait de même, j’en avait de supers retours. 96 musique le label parisien me l’a sortie. C’est un petit label qui était tout neuf à l’époque donc il n’y avait pas beaucoup de budget ni de promo mais ça a quand même buzzé au fil des mois et moi pendant ce temps la je continuais à faire de la musique chez moi. Lorsqu’on m’a proposé de faire un album j’avais peut-être une trentaine de morceaux que j’avais fait sans me préoccuper de l’avenir ni du succès. Donc oui ça m’a stressé le dernier mois car j’étais dans la finalisation de mon album mais sinon avant cela non, je n’ai jamais été vraiment stressé. Pour l’instant j’ai juste hâte que l’album sorte et j’espère qu’il vous plaira. 

Ça fait quoi d’être en tête d’affiche d’un club tel que le showcase ?

Moi qui ai 10 ans de DJaying dernière moi, qui as toujours rêvé de partager ma touch avec les gens, ça fait chaud au cœur. C’est agréable de pouvoir venir jouer durant les horaires du pic time et d’arriver en tête d’affiche, c’est un plaisir, un bonheur. Les gens viennent t’écouter en tant qu’artiste alors que quand tu es DJ ils viennent plutôt pour danser.  

Dans ton album il y aura beaucoup plus de reworks que de titres orignaux. Tu préfères faire quoi entre ces deux approches de la musique ?

Lorsque que j’ai tourné la page de l’électro, j’avais envie de travailler sur de la musique acoustique mais je n’avais pas forcément le budget de faire venir des musiciens en studio. Du coup je me suis redirigé vers le sampling. C’est vraiment quelque chose qui me plaît, quand il y a un morceau que j’aime, j’ai parfois envie de le retravailler. Le sampling était pour moi le seul moyen de me rapprocher de la musique acoustique. J’ai commencé à travailler dans ce sens là et très rapidement au fil des mois je me suis trouvé une passion pour ça. Concernant mon album, effectivement il est composé à 80 % de reworks, mon but était de dépoussiérer certains morceaux du passé. Des morceaux qui m’ont marqués personnellement, que j’aimais bien mais que je ne pouvais pas jouer en tant que DJ, à chaque fois que je les jouais je faisais un bide sur la piste. C’était vraiment frustrant parce que ces morceaux étaient supers mais ils ne marchaient pas sur le dancefloor car ils manquaient d’énergie, de modernité. En tant que producteur, ma démarche était principalement de jouer ce que j’aime, c’est pourquoi j’ai retravaillé ces musiques qui me tenaient tant à coeur. C’était un travail très intéressant, un peu comme celui d’un archéologue qui creuse pour retrouver des fossiles anciens, je cherchais le sample parfait dans des vieux morceaux.

Alors justement le sampling c’est un procédé très présent dans le hip-hop. Quelle est ton rapport avec ce genre musical ? Est-ce qu’on pourrait comparer ta démarche de rework avec le sampling du hip-hop ?

J’ai vachement été axé hip-hop dans ma jeunesse, par moment j’ai écouté du hip-hop français, américain. J’ai des références très 90 en fait. C’est vrai que cette musique est aussi une manière de jouer avec des références musicales bien que dans le hip hop ça soit du sampling très court, de 3-4 secondes, d’une demi-mesure ou deux, souvent en loop.

Tu te verrais travailler dans ce style comme Para One qui sort souvent des mixtapes de rap bien qu’il soit très axé techno ?

Là dans un premier temps, je me suis découvert une passion pour le reworking, je pense avoir une certaine acuité pour faire ça. Mais dans les années à venir j’aimerais pouvoir faire des morceaux plus originaux. Mon succès actuel et mon album m’ouvrent beaucoup de portes aujourd’hui, les collaborations à venir sont nombreuses. Pour les années à venir j’ai des idées de collaborations, peut être avec des producteurs de musiques de film notamment.

Tu penses quoi du retour du Disco dans la House. Avec les reworks des anciens tubes de cette époque ?

Ah moi j’adore ! Je suis un fan inconditionnel de la disco, pas de YMCA mais des trucs comme Giorgio Moroder et Cerrone. Les années 74 à 81 c’est vraiment ma période fétiche. C’est une musique heureuse, où tout le monde est de bonne vibe tu vois ? Et quand tu mets de la Disco dans ton set de House ou de Deep House, que ce soit des originaux ou des reworks, tu fais instantanément repartir le bonheur sur la piste, et ça c’est un truc que j’adore. Il y a quelque chose qui se passe quand tu mets de la Disco, c’est très majeur dans les harmonies et il a souvent des gimmicks qui réveillent ta joie, c’est exceptionnel !

Tu as été ghost producer. Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

Alors beaucoup de choses ! C’est une question très intéressante parce qu’en fait je suis monté vivre à Paris en 2010 pendant 2 ans, et je voulais m’implanter en tant que DJ résident quelque part ou alors naviguer entre les différents clubs mais le marché était très compliqué. Il y avait déjà beaucoup de monde sur Paris et je me suis retrouvé un petit peu nez à nez avec quelques échecs que j’ai subi quand je suis venu m’installer, beaucoup de gens m’ont dit « Allez, viens à Paris, on va te donner du boulot ! » mais moi j’en ai jamais vu la couleur, quand j’étais là personne ne m’a répondu au téléphone alors que moi j’ai toujours aidé les parisiens et les gens de la région lorsqu’ils venaient sur Nice. Je n’ai pas eu ce retour que j’attendais, quand je suis venu à Paris, j’avais quand même mon matos de DJ avec moi, mon petit home-studio et je me suis donc retrouvé plus facilement à travailler avec des producteurs, des DJ, j’ai vécu des expériences très fortes et très enrichissantes de par cette activité car cela m’a permis de partager des choses avec des gens qui venaient d’univers musicaux complément différents. Le partage, quand tu produis quelque chose pour quelqu’un, se fait de manière obligatoire, c’est à dire qu’on est obligé d’écouter les maquettes des gens. D’un côté parfois c’est un peu frustrant car il y a des trucs que tu ne verrais pas toi personnellement, et puis il y a des gens qui t’amènent des idées avec lesquelles tu n’es pas forcément d’accord mais qui au final fonctionnent. Donc il faut prendre cette expérience comme une leçon, un enrichissement pour ma carrière de producteur.

T’as des conseils pour ceux qui veulent se lancer dans la House ?

Oui bien sûr ! Ce sont des conseils très simples ; il faut être passionné, vivre ça comme un divertissement principal parce que c’est quelque chose qui se vit au jour le jour, qui se vit tous les jours. Le principal c’est d’aimer ça ! Après il faut savoir être patient, être courageux et travailleur.

Des projets pour l’avenir ?

En fait là avec mon équipe je suis en train de travailler sur un live, j’ai eu beaucoup de demandes mais la meilleure façon de me représenter c’était de faire du DJaying. J’aimerai un live show très scénographique avec de la vidéo, des intervenants, des instrumentistes et certainement des amis DJ qui viendront partager la scène avec moi. Ce sera prêt pour l’été j’espère. 

The Avener est au Showcase ce soir avec Chopstick & Johnjon !

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