Festival Premiers Plans : révisez vos classiques

Ce week-end se déroulait la 27e édition du festival Premiers Plans à Angers, dédié aux premiers films européens. Cette année, les réalisateurs Bertrand Blier, Jiří Barta, Dino Risi, Alice Rohrwacher et Ruben Östlund étaient à l’honneur, le festival nous proposant ainsi de belles rétrospectives autour du thème du secret.

Affiche du festival Premiers Plans 2015


Samedi 17 janvier

  Dans la grande salle du Centre des Congrès, c’est Préparez Vos Mouchoirs, un film réalisé par Bertrand Blier en 1978, qui ouvre le bal. Invité à présenter son film, Blier raconte quelques anecdotes de tournage, et, toujours très pince-sans-rire, ironise sur le physique de Gérard Depardieu (qu’il retrouvera sur la scène pour parler entre autres des Valseuses plus de 40 ans plus tard lors du festival) et abrège : « Bon allez, qu’on leur montre le film ils verront bien par eux-mêmes… »

Préparez Vos Mouchoirs, c’est globalement l’histoire d’un type paumé (Gérard Depardieu) qui n’arrive pas à rendre sa femme heureuse et qui désespère de ne pas la comprendre. En désespoir de cause, il demande à un inconnu (Patrick Dewaere) de le remplacer de temps en temps auprès de sa femme, ce qui va donner lieu à des situations plutôt cocasses et souvent subversives, avec des dialogues toujours cultes. Bref, du pur Blier.

(On notera l’excellent choix de La Malinche de Feu! Chatterton en musique de fond, à propos)

  Pour continuer la journée, on hésite entre Buffet Froid (1979) et Chicken Run (2000), et c’est finalement ce dernier qui l’emporte. Entre le film qu’on regardait enfant, sur une VHS un peu rayée, et ce nouveau visionnage dans une grande salle de multiplex une douzaine d’années plus tard, c’est toujours le même ravissement. Mais cette fois, la subtilité du film prend tout son sens, et il prouve une nouvelle fois que les films d’animations ont souvent deux niveaux de lecture, et que cela vaut le coup de les revoir une fois adulte.

chicken run
Chicken Run, qui envoie toujours autant de poulet 15 ans plus tard…

On enchaîne ! L’ombre d’un Doute (1943) d’Alfred Hitchcock commence. Sous le poids d’un coup de barre généralisé, une bonne partie de la salle (dont moi-même, je l’avoue) s’endort durant quelques minutes. La suite du film n’en demeure pas moins compréhensible, et celui-ci s’avère être un très bon représentant du travail hitchcockien, avec une mise en scène parfaitement angoissante.

On clôture la journée comme elle a commencé : avec un Blier. Cette fois, les archi-connues et incontournables Valseuses (1974). Toujours très provocateur, le film balade Depardieu, Dewaere et Miou-Miou à travers des frasques grivoises et souvent très représentatives des années 1970. Du coup, on comprend mieux pourquoi nos parents nous interdisaient de le voir, plus jeunes.


Dimanche 18 janvier

  Au cinéma des 400 Coups, c’est Krysař, du tchèque Jiří Barta, qui commence. Un film d’animation de 58 minutes réalisé en image par image, reprenant la légende du joueur de flûte avec des personnages taillés dans le bois, des rats empaillés et des décors totalement expressionnistes (perspectives déformées, lignes brisées, paysages extrêmement contrastés…). Le résultat est très angoissant, en particulier à cause de la musique grinçante et discordante, mais finalement véritablement magnifique. Pour compléter nos quelques connaissances de l’univers de Barta, nous allons à l’exposition qui lui est consacrée au Quai, centre culturel d’Angers. Là sont présentés de nombreux personnages, objets et dessins préparatoires utilisés pour les oeuvres du réalisateur tchèque, notamment dans Drôle de Grenier (2009). On peut rapidement y constater la maîtrise artistique et la créativité de Barta, notamment à travers l’originalité des pièces, souvent réalisées à partir d’objets communs ou de récupération. Bien que trop courte, l’exposition donne un bon aperçu du travail et du talent de Jiří Barta.

L'un des personnages fait main de Drôle de Grenier (2009)
L’un des personnages fait main de Drôle de Grenier (2009)

Malheureusement, un bon nombre d’avant-premières se déroulant le lundi et le mardi suivant, nous avons été dans l’impossibilité de les voir, ce qui laisse un goût de trop peu…

Cependant, de ces deux jours passés aux Premiers Plans, nous gardons un souvenir globalement excellent, et l’on peut d’ailleurs noter, outre la bonne ambiance générale, l’organisation bien menée du festival et la possibilité de voyager gratuitement en tram entre les différentes salles grâce au pass, ce qui n’est pas négligeable. Bref, il s’agit là d’un festival qui ne faillit pas à son excellente réputation.

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