Clint is Gone : « Tu ne vas pas vers la chanson, elle vient à toi »

Parmi les groupes français qu’on a envie de partager avec vous, il y a Clint is Gone. Ce quatuor folk nous offre une musique sincère et authentique comme on apprécie. Une semaine avant la diffusion de leur nouveau clip Revelations, on a rencontré leur chanteur.

Groupe Bar

Présente-nous Clint is Gone.

Clint is Gone est un groupe de folk à tendance pop composé de musiciens d’horizons divers mais qui partagent une esthétique du sincère et du ressenti.

Comment t’es venue l’envie de faire de la musique ?

La musique s’est imposée à moi à mes quinze ans. J’avais demandé à mon père de m’apprendre la guitare. Au lieu de ça, il m’a donné une compilation des Beatles et j’ai commencé à apprendre comme ça. Au bout d’un an, j’avais envie d’écrire des chansons. Au début en français mais très vite je me suis mis à l’anglais car cette langue me parlait plus. Les mélodies sonnent tout de suite différemment en anglais, la voix se pose plus.

A cette époque tu écoutais déjà beaucoup de musique ou c’est venu quand tu as commencé à composer ?

J’écoutais déjà beaucoup de musique. Mon père jouait des chansons de Brassens, des Beatles, j’ai toujours été entouré de disques chez mes parents. Quand j’avais sept ans, j’ai eu une grippe sévère et c’est un cd des Beatles que j’avais acheté en Angleterre lors d’un stage de rugby qui me maintenait éveillé. J’ai saigné ce disque à fond, il y avait Hey Jude, Lady Madonna. Des proches me disaient que je chantais plutôt juste. Du coup à quinze ans quand je me suis mis à la guitare, j’ai commencé par être chanteur dans un groupe de rock et dans mon coin j’apprenais la guitare.

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C’est le cas avec les artistes. On remarque souvent une coupure à l’adolescence, soit  on choisit la passion, soit la raison. Toi tu ne te serais pas vu faire autre chose comme métier ?

Non. J’ai toujours cherché ma place car je suis dans une fratrie de trois et l’enfant du « milieu ». C’était ma façon de trouver ma place et je m’identifiais beaucoup à des héros musicaux comme John Lennon, Bob Dylan. La musique est quelque chose d’assez naturel pour moi car j’ai grandi avec depuis que je suis petit.  Il y avait le jazz par ma mère et le rock par mon père. C’était un moyen d’expression. J’avais beaucoup de choses à dire, j’ai toujours eu beaucoup de mal à m’imposer et la musique c’était une voix et un langage qui me touchait.

Quelles sont tes inspirations quand tu écris une chanson ?

Quand j’écris, je suis très sensible aux choses que je ressens mais je ne me mets jamais à écrire une chanson consciemment. Je me suis rendu compte que plus tu te mets en dehors du chemin de la musique, plus la chanson et l’air viennent naturellement et après tu as juste à être rapide et bien noter tout ce qui te passe par la tête.

Au final, tu ne t’obliges jamais à écrire, tu laisses la chanson venir avant de la mettre sur le papier.

Tu ne vas pas vers la chanson, elle vient à toi. Ça ne sert à rien de se poser et de te dire « aujourd’hui je vais écrire une chanson ». Tu peux le faire mais ça touchera beaucoup moins qu’une autre chanson toute simple qui t’est venue naturellement. Une bonne chanson  c’est une extension de l’artiste.

Justement tu as écrit une chanson en portugais. C’est par rapport à tes origines brésiliennes ?

La chanson dont tu parles c’est Chico Buarque, je l’ai écrite après avoir joué au foot avec Chico Buarque qui est un artiste brésilien, extrêmement connu et apprécié là-bas. C’est quelqu’un qui met tout le monde d’accord comme un George Brassens ici. Il a une importance artistique, politique et humaine car il passe beaucoup de temps avec les opprimés. Pendant la dictature, il écrivait des chansons très revendicatrices mais c’est l’un des seuls artistes qui n’a jamais été censuré. Personne ne pouvait s’attaquer à Chico Buarque. J’ai joué au football avec lui à Vincennes et dans la chanson je raconte que j’avais tellement honte de lui prendre la balle que quand je lui ai piqué le ballon, je lui ai rendu directement et après il a été marquer un but. Quand je suis rentré chez moi, j’étais sur un petit nuage et inconsciemment je voulais parler à ma mère en écrivant en portugais. « Je viens de jouer au football avec Chico Buarque, je sais que tu ne vas pas me croire » c’est les premières paroles que j’ai dit à ma mère en rentrant et que j’ai écrit.

Combien de temps mets-tu pour écrire une chanson ?

Il y en a comme A Song to Singalong que j’ai écrit en cinq minutes. J’étais dehors devant chez mes parents et j’avais perdu mes clés. Et je l’ai écrite sur le palier. Il y en a d’autres comme Your Love qui m’ont pris plus de temps.  Les chansons me viennent très vite et instinctivement mais il faut être rapide pour la retranscrire et après il faut travailler le texte. C’est important d’être précis dans ce que tu exprimes. Tu proposes quelque chose aux auditeurs donc tu dois être le plus sincère et le plus honnête possible.

Vous avez mis trois ans entre  la sortie de votre premier et votre deuxième EP. C’était une volonté de prendre son temps ou c’était un concours de circonstance ?

C’était involontaire. On a vécu sur le premier EP une super expérience, on a été très pris, on a fait la première partie d’AaRON.  Le deuxième EP est venu après une période très riche avec des expériences très fortes. Pourquoi est-ce qu’on a mis autant de temps ? Je ne sais pas. On n’a pas vraiment décidé.

D’ailleurs la formation a changé entre le deuxième et le troisième EP. Qu’est ce que ça a changé dans la façon de concevoir les compositions  ?

Avant je composais en guitare-voix et je rajoutais ensuite les autres instruments, les effets. Après qu’on se soit séparé avec la formation initiale, j’ai remis en cause toute ma manière de voir les choses. J’avais envie de concevoir ce projet en tant que groupe, penser d’abord aux rythmiques, à l’intention.

Vous composez tous ensemble ou tu composes tout seul et tu vois ensuite avec les autres ?

Je compose tout seul. J’essaie d’arranger le plus possible et on voit après tous ensemble. Mais chacun apporte sa partie. Par exemple pour Revelations, j’avais l’idée de la batterie et c’est après que la mélodie m’est venue. Cette chanson a vraiment été une scission entre ma manière de composer avant et ma manière de composer après. C’est là que j’ai compris que c’était beaucoup plus intéressant comme ça et que c’était mieux de composer sans être auto-centré sur la guitare. Je vois les choses avec plus de recul.

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Tu vois le groupe comme une véritable entité avec chaque personne ayant sa place et son importance.

Je me suis rendu compte que j’avais besoin de m’entourer de personnes ayant un jeu à eux. C’était déjà le cas avant mais je voulais renouer avec ça. J’avais toujours eu en tête de travailler avec Gab qui est un bon batteur et un super ami. Je suis rentré à nouveau en contact avec Anne-So qui a un super jeu de violon.  Un truc très fort. Le dernier larron c’est Edouard Polycarpe. On s’est rencontré sur la musique d’un film et on a accroché. On devait faire la musique d’un court-métrage de l’un de nos amis qui s’appelle Guillaume Corde. Quelque part c’était des personnes que je connaissais de loin et c’était important pour moi de renouer avec des personnes via la musique et de rebâtir une structure hyper sincère. Quand ils viennent aux répétitions, on sait pourquoi on est là. Je suis le leader du projet mais ils donnent tout pour le groupe, ils sont à 100% et hyper investis. Ils sont moteurs de quelque chose d’hyper positif.  Je pense que la formation actuelle est la meilleure que je pouvais avoir.

Justement Edouard Polycarpe est aussi sur la tournée de Yodelice. De ce côté, il apporte un plus au niveau de son expérience ?

Oui que ce soit Edouard ou Anne-Sophie ou Gabriel, on gagne tous de l’expérience, de l’assurance et du son. Après sa tournée avec Yodelice, j’étais abasourdi par le niveau qu’il avait pris en un an. Il avait déjà un son à lui mais après cette tournée il a pris une maturité énorme. C’est un grand plus.

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©SarahDesti

C’était une volonté d’avoir un son plus classique avec le violon d’Anne-Sophie ? Tu cherchais à donner une sonorité plus particulière à vos compositions ?

C’est une bonne question, j’ai toujours été un grand amateur de musique classique. J’avais envie de faire une formation qui soit très traditionnelle avec cette touche de sensibilité et de féminité. Ce qui m’intéressait c’était d’emmener cette formation très classique dans un autre univers, de l’emmener ailleurs pour lui faire faire autre chose. On écoute des styles différents et on avait tous envie de sortir de nos instruments. Comme j’étais dans cette démarche, d’être autre chose que ce que j’avais été jusque-là, je voulais arrêter d’être auto-centré sur mon instrument. Je suis sorti de ma zone de confort. Je crois que c’est ce qui fait  maintenant notre charme.

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Vous avez tourné un clip récemment, il sera disponible quand ?

Il a été diffusé le 16 janvier au Pop-Up Du Label pour la soirée Mirador, il y a pas mal d’invités et il sera disponible à ce moment-là sur internet. Tourner ce clip a été une super aventure parce que tout le monde a été bénévole, on a tous mis la main à la pâte. C’était une équipe d’une vingtaine de techniciens, sur des lieux différents, ça a été un marathon de fou mais ça a été une entreprise formidable. Pour le peu de temps qu’on avait, on a un super résultat je trouve.

Ce n’est pas compliqué quand on est un petit groupe de tourner un clip avec peu de moyens ? Il faut faire preuve d’ingéniosité non ?

Exactement. Les meilleures idées ne sont pas coûteuses, ça ne coûte pas cher d’avoir une idée. Tu peux avoir le plus gros budget du monde si tu n’as pas d’idée ça ne sert à rien.

Vous aviez déjà l’idée en tête avant de le tourner ?

On a réfléchi à plusieurs options et c’est venu entre Jérémy et Simon – le réalisateur –, on a commencé à balancer nos idées et on s’est rendu compte qu’elles pouvaient toutes se réunir. C’est une idée honnête, claire, on a emmené le spectateur dans une histoire et dans un truc qui est sincère.

Vous avez des projets d’album ?

Oui on a pour projet de se remettre au travail après le concert du 16 au Pop-Up du Label et du 27 aux Trois Baudets.  On veut refaire des démos car on a plein de chansons qu’on fait en live qu’on n’a pas encore enregistrées. On va se remettre à faire des démos en février et peut-être un album. On ne sait pas encore. Un album et un EP ça s’impose à soi, ça vient au moment où ça doit venir.

©SarahDesti
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Pour terminer, tu écoutes quoi dans ton iPod en ce moment ?

Warpaint. J’aime beaucoup Alt-J aussi, des gens comme Jonathan Wilson. Je pense qu’il y a des choses très intéressantes qui se passent en ce moment.

 

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En concert aux Trois Baudets le 27/01: 10€

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