Benjamin Clementine, un premier album dévorant

Lundi 12 janvier, la France l’ignore mais cette journée sera poétique. En ces jours maussades et tristes, un jeune Londonien viendra émerveiller ce début de semaine avec son premier album At Least For NowSon nom, vous le connaissez peut-être déjà, sa voix se murmure au son de Condolence ou Nemesis. Après ses derniers extended play Glorious You et CornerstoneBenjamin Clementine nous livre, avec la maison de disques Barclay, une œuvre sans pareil.

at least for nowTout commence par une note de piano, puis par une voix et un violon. Winston Churchill’s Boy est un sortilège qu’on ne jette qu’une fois. Il est précieux, permet à notre oreille de comprendre que rien de grave n’est à craindre. Des notes sombres sont pourtant là. Arrive Then I Heard A Bachelor’s Cryle jeune britannique devient silencieux tout en chantant, c’est étrange à concevoir. Il crie, pleure en silence.

Il est temps de se reposer un peu dans la capitale de sa jeunesse qu’il a quittée pour la ville des Lumières. London est plus pop sans rompre avec cette atmosphère douce comme du velours. Sa voix est si particulière, semblable à Seal mais se démarque par une magie secrète.

Bien qu’il ait pu paraître calme, la suite se corse.  Il se montre virulent avec Adios et Nemesis. Ces deux titres possèdent le même rythme et la même partition mais la première se distingue par une interprétation singulière. Cet adieu espagnol est plus coriace, une entracte survient, on l’entend parler puis imiter un baryton. Sommes-nous en plein milieu d’un opéra ou emprisonner dans le cœur d’un instrument de musique ? Benjamin Clementine donne corps à un drôle de ballet.  Avec St-Clementine-on-Tea-And-Croissants, on ne peut s’empêcher de sourire, il nous fait battre la chamade avec plaisir.

Le sentiment revient à la charge, The People And I est plus attendrissant, le jeune prodige se charge de créer plus d’intimités et en cela d’être attendrissant. C’est toujours le cas avec CondolenceCependant, on est face à un cri de l’âme, un chant grave et égoïste qui pousse à la beauté. Quiver A Little donne néanmoins une autre dimension qu’on n’avait pas encore perçue.  Le piano accentue les larmes du chanteur, rythme les averses. Une ambiance jazz n’est jamais à médire dans ces cas-là, puis une certaine liberté de l’interprète revient pour créer plus de puissance et d’admiration envers un tel album. Cette délivrance est distinguable qu’avec la patience. Il semble vivre ses chansons, ne les déchire que pour les rendre plus belles. A travers elles, il donne l’image de ne jamais vivre les mêmes souffrances. Il est en ça un vrai interprète.

A travers l’album, il n’a fait qu’absorber nos émotions sans qu’on n’y prête attention. En cela, il est un monstre gentil à la voix dévorante et si apaisante. At Least For Now est sans contexte une œuvre formidable et espérons que la nomination de Benjamin Clementine aux Victoires de la Musique dans la catégorie « révélation scène » le fera découvrir au public français. Réponse le 13 février…

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