Entrevue avec Benjamin Fincher, l’art électro à la sauce française

Passé plusieurs fois à Cannes ces dernières semaines, on a profité de la présence de Benjamin Fincher pour discuter avec lui. « Nope, connais pas » vous allez me dire. C’est le moment, non ?

koukou
Benjamin FIncher en concert en novembre à la MJC PIcaud / Archives Efflorescence Culturelle.
Benjamin Fincher ça s’écoute plutôt le matin ou le soir ?

« Plutôt le matin au réveil, ça doit bien fonctionner parce que c’est assez doux » nous répond spontanément Benjamin. Mais pour danser ça convient aussi: « A Storm, le dernier morceau de mon dernier album fait plus dancefloor que les autres. »

Après un album et deux EPs sortis depuis 2007, Fincher refoule la scène avec sa nouvelle réalisation Kamishibai. Multi-instrumentiste composant et écrivant seul chez lui, Benjamin Fincher, plutôt ouvertement inspiré de James Blake qu’il a découvert avec son album Overgrown, étonne et avouait dans une interview pour Toute la culture que le processus de création avait été long. Sueur, malaises et café ont donc fait partie du quotidien de l’artiste pendant la gestation de quatre années.

Mais seulement voilà. Nous on veut savoir comment ça rend en live avant de se plonger complètement dans l’écoute du chavirant, il faut le dire, Kamishibai. On empaquette donc le matos et on part avec notre sac à dos voir concrètement ce que vaut l’artiste à présent surnommé Benjamin Blake.

Difficile de définir le style aussi brumeux que donne à écouter Fincher. « Tu sais c’est difficile pour moi-même de te dire ce que je fais. Du coup, je laisse la presse le faire » nous dit-il. « Les gens aussi avec leur culture musicale peuvent mettre des noms sur mon son. Et il n’y aura pas de vérité générale sur ça parce que chacun a une culture différente ». Tellement différente que parfois, Maurice pousse le bouchon un peu trop loin. « On m’a déjà dit que ma voix ressemblait à celle de Thom Yorke de Radiohead. Là du coup ça ne me dérange pas, c’est le genre de groupe qui m’a donné envie de faire de la musique ». Mais il arrive que la presse perde son chemin de temps en temps: « par contre quand un jour des journalistes m’ont dit que ma voix ressemblait à celle de Simon et Garfunkel… ben ça me parle pas du tout. »

Fincher à la MJC Picaud. Archives/Efflorescence Culturelle
Fincher à la MJC Picaud, Cannes. Archives/Efflorescence Culturelle
Plutôt pâtes bolo ou carbo ?

C’est précisément lors d’un concert de Benjamin à la salle Cannoise Picaud que nous avons entamé la discussion. Timide ou peu bavard, il nous fait part de sa formation, ses aspirations et inspirations. « Comme je te l’ai dit, j’ai du mal à définir ma musique. J’ai plein d’influences différentes même si on me dit que je suis pop, lo-fi, indie rock, folk et électro à la fois, musicalement je ne me sens pas proche d’un genre ou d’un groupe en particulier », Benjamin Fincher se dépêche de répliquer: « en ce moment par exemple,  j’écoute beaucoup de James Blake et la musique de mon album tend vers ça ». Par ça, faut-il voir le subtil mélange entre sa voix colorée faisant écho à l’électro aseptisé produit par ses machines ?

Car c’est bien sur ce point que Benjamin fait toute la différence avec ses confrères. Le son de Fincher est aussi imprévisible que la météo et on n’a de cesse de se demander où il va nous emmener. Le son de Fincher est une véritable séance de lobotomie, un lavage de cerveau qui nous questionne sur le voyage musical, nous transportant ici dans une dimension que beaucoup d’artistes souhaitent explorer mais que peu parviennent à rejoindre.

Benjamin Fincher vient de Nice. Là bas, une scène musicale underground qui émerge doucement mais sûrement, mise en lumière grâce au travail de blogueurs amateurs et de médias locaux. Parmi ceux qu’il côtoie, il compte « Hyphen Hyphen et Griefjoy mais il y a d’autres groupes comme Alpes et Clarcèn. »

Bon, plutôt Nice ou Tokyo alors ?

Avec un album porteur du nom Kamishibai [pratique de conte avec des images défilant dans un minithéâtre en bois, ndlr], il y avait de quoi se poser la question. Mais c’est un peu la l’interrogation finale qui va rester pendant de nombreux mois en suspens. En l’écoutant tranquillement chez soi, Benjamin Fincher joue dans tous les registres, mélangeant tous les genres à sa sauce, faisant de l’électro son art et sa voix le fredonnement qui sort de façon innée de sa bouche. Des sons qui nous font perdre le cours des événements puis qui nous ramènent sur la terre ferme en toute fin avec un morceau dansant – un album qui est nettement plus disco et énergique le précédant.

En concert, Benjamin Fincher rend quelque chose de plus complexe qu’en version studio. Il y explore différentes textures et sons, toujours en train de se chercher et de retravailler son set pour arriver à un résultat presque parfait. Car Fincher est exigent : il collabore avec des artistes comme Amélie Masciotta qui « travaille sur la diapo et l’animation des images afin de créer des atmosphères abstraites. »

Fincher était en novembre à la Médiathèque de Cannes, au milieu de livres et de projections psyché diffusées sur un pan de mur pour l’OEILroulette présenté là aussi par la salle musicale, la MJC Picaud.

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Nouvel album de Benjamin Fincher, Kamishibai. Sortie le 20 octobre. Produit par Modulor et Pacinist, collectif/label fondé par l’artiste et co-réalisé avec Benoît Bel au Mikrokosm studio à Lyon.

 

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