L’Interview qui tue ! (ou pas)

En l’espace de quelques jours seulement, la dernière production d’Evan Goldberg est passée du statut de la comédie potache à une déclaration de guerre pour les dirigeants nord-coréens. Mais tout ceci n’est-il pas légèrement exagéré ?

"From the western capitalist pigs who brought you Neighbors and This is the end !"
Sur la bannière : « From the western capitalist pigs who brought you NEIGHBORS and THIS IS THE END ! »

Difficile de passer à côté du dernier film du duo Evan Goldberg / Seth Rogen étant donné son tapage médiatique. Il faut dire qu’il a connu moultes péripéties dont une plainte déposée auprès de l’ONU par la Corée du Nord, des menaces terroristes et une annulation de dernière minute. Mais les cloches ont sonné, The Interview est enfin sorti !

Les nombreuses indignations sur les réseaux sociaux ont eu raison de la décision de Sony. Même Barack Obama a ajouté son petit grain de sel en qualifiant les menaces de « cyber-vandalisme ». Finalement, le distributeur a décidé de diffuser le film mais dans un nombre restreint de salles américaines ainsi qu’en VOD. Mais le résultat est-il à la hauteur du buzz?

Après avoir tourné en dérision quelques vedettes du clan Appatow dans un huis clos à la sauce apocalyptique, les deux compères canadiens se tournent désormais vers le politiquement incorrect. Ils s’attaquent (littéralement) au dictateur Kim Jung-un. Ainsi, David Skylark (James Franco) et Aaron Rappaport (Seth Rogen), respectivement présentateur et producteur d’un talk show à succès, obtiennent miraculeusement l’interview du leader nord-coréen. Ils sont ensuite missionnés par la CIA afin de l’assassiner.

Souvent comparé au Dictateur de Chaplin, le film The Interview (ou L’Interview qui tue ! en français) n’en reste pas moins une comédie d’Evan Goldberg avant tout, plutôt qu’une virulente satire politique. Les blagues potaches, lourdingues et scatophiles remplacent le burlesque de Charlot. Ne vous attendez pas non plus à l’humour noir et grinçant de Team America, police du monde, réalisé par les créateurs de South Park. Le film porte davantage sur le comique grotesque du duo Franco/Rogen et leur bromance que sur la critique ouverte de l’une des dernières dictatures au monde. Et c’est ici que réside l’essentiel du problème. Le film n’a rien d’autre à apporter que l’humour d’adolescent de Goldberg.

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Il n’en reste pas moins drôle et amusant pour les fans de cet humour (dont moi). Certes, certaines scènes sont plus que limites mais d’autres sont très plaisantes. Je fais notamment allusion à l’interview d’Eminem faisant son coming-out ou bien l’excellente promenade en char d’assaut. Mais entre un Seth Rogen ordinaire et un James Franco énervant, le seul à tirer son épingle du jeu reste Randall Park qui incarne le dictateur. Le comédien réussit à rendre son personnage attachant en le transformant en un joueur de basket, fan de Katy Perry et victime d’un complexe d’infériorité.

Bien que le film ne se montre pas complètement à la hauteur de ses attentes, il aura bénéficier d’un énorme et involontaire coup de pouce au point d’en devenir un véritable buzz médiatique. Ce gigantesque engouement lui a aussi permis d’engranger près d’un million de dollars rien que pour le premier jour de son exploitation. Et 15 millions en quatre jours, comme le rapporte le journal Les Échos.

Mais au final, le résultat se rapproche plus d’un hypothétique Délire Express 2 que de la satire politique tant attendue. Dommage.

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