Feu! Chatterton : « Notre musique est très imagée »

C’était au Festival des IndisciplinéEs, Feu! Chatterton, le groupe phare de la soirée du vendredi donnait une conférence de presse. Et bien sûr, on y était.

Feu! Chatterton
De gauche à droite: Arthur (Chant), Clément (Guitare-claviers), Raphaël (Batterie), Antoine (Basse-synthé) et Sébastien (Guitare-clavier) ont répondu à nos questions / Photo: Efflorescence Culturelle

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Version courte

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Euh, je vais poser la question qui fâche peut être…

Feu ! : C’est important, il faut il faut !

J’ai besoin de savoir parce que je ne le sais pas donc je vais le découvrir ; ce nom là, Feu! Chatterton, ça vient de quoi ?

Arthur : Ça vient d’un tableau qui s’appelle La Mort de Chatterton, [poète anglais s’étant suicidé] du peintre Henry Wallis, qui a peint ça vers 1860, et en fait c’est un tableau qui représente un jeune homme étendu sur un lit, dans une chambre de bonne à Londres […] et en fait on se rend compte qu’il ne dort pas paisiblement, mais qu’il est mort. […] On trouvait le tableau très beau et de là vient notre nom : Feu! Chatterton. « Feu ! » comme l’expression ancienne, « feu » : mort. Mais comme on ne voulait pas trop s’apitoyer non plus, et qu’on a choisi ce nom non pas pour le suicide mais parce que la toile est belle, on a mis ce point d’exclamation pour le feu du top départ, jouer un peu avec cette idée de résurrection.

Feu! Chatterton
Le tableau en question.

Tout à l’heure vous disiez qu’en décembre 2013 lorsque vous avez fait les Bars en Trans vous n’étiez pas très connus, aujourd’hui nous sommes fin 2014 et on parle énormément de vous ; que s’est-il passé ?

Sébastien : C’est allé très vite, il y a eu des moments clé parce qu’on a eu la chance de participer au Printemps de Bourges en tant qu’inouïs, ça a été un moment important. Après on a fait le Chantier des Francos […] qui nous a permis de jouer aux Francofolies cet été. Et aussi les premières parties de Fauve en mai à Paris, […] tout ça nous a permis d’arriver à Rock en Seine, avec peut-être déjà un peu plus de public, et quand on a sorti l’EP… On a eu de la chance parce que les médias se sont intéressés à ce qu’on faisait et aujourd’hui on peut tourner et c’est déjà hyper bien pour nous de pouvoir faire autant de dates.

Arthur : Là il parle beaucoup de la scène, mais ça a été une longue première étape qui nous a fait connaître, et même qu’on est arrivé aux Bars en Trans parce qu’à Paris on faisait pas mal de scènes, mais pendant très longtemps on n’avait pas de disque ! Donc c’est beaucoup la scène, et ensuite il y a eu cet essor nouveau en septembre puisqu’on a sorti notre premier disque […] en même temps on avait un peu d’herbe sous le pied. On a gagné des prix qui nous ont permis de le faire en indépendant, donc ça s’est en fait très bien goupillé pour nous.

«Indépendant », tu viens de dire ce mot là, ça veut dire que les maisons de disques ne sont pas encore au taquet derrière vous pour essayer de…

Feu ! : Ah si ! Si ! (rires)

Raphaël : Les deux premiers disques qu’on a faits… Parce qu’en réalité on en a sorti un mais on en a enregistré un deuxième donc on en a produit deux, on les a vraiment fait tous seuls avec l’argent qu’on avait gagné aux tremplins, et avec notre entourage à nous.

Sébastien : On a eu de la chance aussi parce qu’on a notamment gagné le prix Chorus, et le Kiss Kiss Bang Bang.

Antoine: C’est un choix qu’on a fait naturellement parce qu’on avait l’argent pour produire les disques qu’on voulait, le deuxième EP est un EP un peu particulier parce que c’est une chanson de 15 minutes.

Raphaël : Ça nous a permis de faire ce qu’on voulait comme on le voulait parce que comme on était vraiment petits, on pouvait pas signer et imposer ce qu’on voulait et dire « Bon on veut faire un disque avec une chanson de 15 minutes. »

Pourquoi une chanson de 15 minutes ?

Sébastien : On aime beaucoup les Pink Floyd et leur musique progressive. Ces chansons en plusieurs parties… et donc on s’est pas interdit de faire de même. Peut être qu’on en refera, la durée est pas importante.

Feu! Chatterton

Dans le programme vous présentant, on parle de jeunes hommes modernes, aux ambitions affirmées, ayant absorbé aussi bien l’electro et le spoken word, on voit le lien avec Fauve, est-ce que vous vous réclamez de cet état d’esprit ?

Clément : Non, Fauve on aime bien mais on peut pas dire qu’on se réclame d’eux parce qu’on a fait de la musique avant eux et qu’on a commencé à faire du spoken word bien avant qu’ils explosent. On est conscient qu’ils ont ouvert une voie vers ce type de chansons, et donc ça rejaillit sur notre exposition médiatique.

On a parlé des influences potentielles, vous pouvez nous dire quels albums vous avez aimé en 2014 ?

Feu ! : Mac DeMarco, Arcade Fire, Timber Timber, King Krule, Grand Blanc, Moodoïd, Blind Digital Citizen, Salut C’est Cool, Sexy Sushi.

Arthur : En fait c’est plus la chanson française électronique qu’on aime bien.

Sébastien : Niveau chanson ou rock français, il n’y a pas trop de sons qu’on aime bien. Superets à la limite.

Arthur : C’est cool Superets mais c’est pas notre truc. Ah si ! Bertrand Belin j’aime beaucoup ! Ses deux derniers albums surtout. Y’a de belles chansons, je vous invite à écouter Bertrand Belin ! Aussi Bashung, Gainsbourg, Noir Désir pour les plus vieux Léo Ferré.

Et pour l’écriture donc ? Qui s’y colle ?

Arthur : C’est moi ! (rires)

Sébastien : Après y’a le hip-hop aussi dont on n’a pas parlé ; Lunatic, Oxmo Puccino, Booba

Arthur : Ouais, les premiers albums de Booba je les trouve hyper bien dans le sens cinématographique de la chose. Par exemple … « J’aspire le temps les yeux plissés […] » et il fume un gros joint… C’est con, mais l’image est bien faite. Je me place pas du tout du point de vue de la morale quand j’écoute Booba mais dans la narration c’est souvent très fort. Les auteurs de romans, les poètes classiques.

On sent effectivement la poésie dans tes textes.

Arthur : Oui parce qu’il y a cet amour du lyrisme, du classicisme dans l’écriture, une syntaxe un peu complexe, le plaisir de chercher des mots anciens. J’ai pas lu tant de poésie que ça parce que je trouve ça souvent un peu austère. Mais les grands, Baudelaire, Rimbaud, Aragon pour les plus récents.

Feu! Chatterton
Feu! Chatterton a la spécificité d’explorer en live toutes les textures et émotions.

Dans vos textes, vous avez l’air d’avoir une certaine fascination pour les paysages lointains, les destinations exotiques ou même les voyages en mer ; vous avez eu l’occasion de faire un tour dans ces endroits que vous chantez, les côtes de la Malinche par exemple ?

Arthur : Oui un peu. J’ai envie de dire « Non c’est faux », j’ai pas du tout cette fascination pour les longs voyages, parce qu’il y a souvent un désenchantement derrière. Il y a eu ce romantisme de notre génération qui a fait qu’on a tous eu envie de voyager, et je l’ai fait vers 19 ans, à travers l’Europe en voiture avec l’ami dont je parle dans À l’aube. Je suis revenu de ce long voyage avec un certain attrait pour eux. Mais l’exotisme oui ! C’est chouette parce qu’avec notre petite vision ethnocentrée, on peut se permettre d’inventer plein de choses sur des contrées qui existent mais qu’en fait on invente complètement, c’est des prétextes à inventer des histoires et mettre en scène des personnages. J’ai vécu quelques mois au Mexique, mais l’histoire est arrivée avant ça, La Malinche c’est arrivé avant le voyage au Mexique, c’est ça qui est drôle ! On pourrait mentir et parler d’un long voyage au Mexique pour s’imprégner de la culture, ce qui est complètement faux, et c’est ce qui est drôle c’est que La Malinche existait avant le voyage.

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Se délecter de l’interview en version complète

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On remercie les cinq compères de Feu! Chatterton pour nous avoir accordé du temps et l’organisation des IndisciplinéEs pour m’avoir permis de les rencontrer.

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