Taiwan MC, entre miss chang et superman

Membre de la communauté Chinese Man Record, celui qui s’est fait connaître par ses collaborations avec  Deluxe et Miss Chang, nous livre cette année son premier vrai album, celui de l’émancipation : Diskodub.

Salut Taiwan, elle est cool ta casquette !

Merci ! Et regarde il y a une merde de pigeon incrustée derrière !

C’est terrible !

Je l’ai acheté hier, je la trouve très cool.

D’ailleurs en parlant de casquettes, tu en changes à chaque concert ?

Non ! Je ne pourrais pas parce qu’on fait beaucoup de concerts avec Chinese Man. Non mais j’essaye d’en acheter souvent mais de toute façon moi je transpire beaucoup lors des concerts et donc elles s’abîment beaucoup, je suis obligé d’en changer très régulièrement. Je suis pas un psychopathe qui change de casquette à chaque concert, mais si par contre j’ai trois, quatre concerts consécutifs j’essaie d’en mettre une différente pour chacun (rires) ! J’aime bien les casquettes et les baskets. Ce sont les deux trucs que je change beaucoup, le reste c’est un peu toujours la même chose ! C’est une spéciale fringues c’est ça ?

Ouais c’est ça ! Non non, c’est pas vrai.

Parce que je suis pas très calé en fringues!

Comment décrirais-tu ton univers musical ?

Beaucoup d’influences différentes parce que j’ai toujours écouté beaucoup de styles différents même si le reggae est une des musiques que j’ai écouté le plus tôt dans ma vie. J’ai un univers influencé aussi par la drum’&’bass par les Sound System [ndlr matériel de sonorisation] en général, par les sons qui viennent d’Angleterre qui eux même viennent de Jamaïque qui eux même sont influencés par la soul et par le blues et le jazz américain donc voila, ça c’est mon univers. Et en ce moment je tourne avec Chinese Man, c’est beaucoup de musiques à base de samples, beaucoup de trucs très éclectiques.

T’écoutais quoi quand t’étais petit ?

Bah quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup de jazz grâce à ma mère, de la musique classique, du reggae grâce à mes cousins, du rap et même de la danse qui passait à la radio, du rock métal, etc. Donc voilà, j’ai eu toutes ses influences, et c’est vrai que des fois on peut le retrouver un peu dans la musique que je fais maintenant.

Quel a été ton souvenir musical le plus marquant ?

Il y en a eu plusieurs… Une fois j’ai vu un Mc anglais qui s’appelle Demolition Man et qui tournait avec un DJ, No Legend Wisdom et dans ces soirées drum and bass il y avait toujours deux niveaux. C’était sur un bateau péniche et au premier étage il y avait la soirée principale, où il y avait de la grosse drum and bass vraiment énervée, c’était plutôt ambiance dark. Et à l’étage du dessus, dans une petite salle qui s’apparentait plus à un petit bar, il y avait de la musique un peu jungle Moi, à la base, j’y allais pour le truc qui était en bas et j’ai découvert Demolition Man, MC spécialiste du fast time, des phrasés super rapides, et j’ai halluciné, je suis resté scotché toute la soirée. Il y a lui et Stamina que j’ai vu jouer avec un dj qui s’appelle Kaliber, pareil, un MC qui arrive à chanter des trucs très mélodiques. Il reprenait des chansons de Michael Jackson, de la funk et tout, il faisait du rap, du reggae aussi. Il était capable de faire tout genre de styles et eux-deux m’ont beaucoup influencé quoi !

Quel a été le premier album que tu as acheté ?

Bah moi je me rappelle ! Après j’ai acheté beaucoup de disques plus tard, mais quand j’étais petit je récupérais les disques de mes cousins, des cassettes, des mixtapes… Mais que j’ai acheté… Je me souviens du 45 tours de MC Solaar, Bouge de là que j’ai acheté sur une brocante dans le sud de la France quand j’étais petit.

« Tu vois, il y a un mec qui joue de la flûte chinoise dans le métro et à chaque fois que je passe à côté je me dis que j’aimerais faire un morceau avec lui »

 

Bah dis donc, tu n’as pas trop de honte à avoir vis-à-vis de ce que tu écoutais quand tu étais petit !

Bah non, je te dis, même quand j’étais plus petit j’écoutais de la danse 90’s qui passait à la radio, et en même temps j’écoutais du reggae ou Nirvana. J’ai toujours écouté de tout et j’aime pas les gens très fermés sur les styles. Après, c’est vrai qu’il a des styles musicaux que je peux pas apprécier.

C’est pour ça que tu as l’air de te complaire plutôt dans des collaborations ?

Ouais ! Pendant longtemps je ne produisais pas ma musique, alors je collaborais toujours avec un producteur qui allait me faire un son, qui arrivait souvent avec un rappeur d’ores et déjà sur la piste ou une autre voix. J’ai toujours bien aimé les contrastes sur des morceaux ! Mais sur Diskodub c’est tout le contraire, je chante sur tout les morceaux et il n’y a aucun featuring. J’avais plus l’habitude d’être en featuring sur des morceaux alors que maintenant ce sont mes chansons et j’invite des gens.

Pourquoi avoir attendu  10 ans avant de te lancer en solo ?

Il y a des gens qui commencent par le studio, par se faire reconnaître en faisant des morceaux et se mettent à tourner ensuite. Moi c’est un peu le contraire, j’ai commencé par faire du live. Et après seulement j’ai commencé à aller en studio car c’est pas exactement le même travail. Au début j’avais un peu peur de me lancer car je voyais le travail en studio comme quelque chose de très compliqué. Il y avait aussi d’autres obstacles tels que les moyens, avoir le bon matériel, etc. Maintenant je bosse sérieusement avec un pote dans son studio « audiolingus », en journée. D’ailleurs c’est marrant mais pour tout ceux qui croient que c’est mieux de faire de la musique la nuit dans des états seconds, c’est pas plus mal aussi d’aller à 9h du matin dans un studio et bosser sur des horaires de bureau. Ça donne une autre vision du truc et ça peut être plus sérieux pour aboutir à un projet. Big up tous ceux qui se lèvent le matin pour aller en studio ! Spéciale dédicace aux travailleurs de l’aube !

Si tu ne faisais pas de la musique tu ferais quoi?

Haha! Bah en fait moi j’ai pas toujours été très sérieux et j’ai toujours été sûr que j’allais m’en sortir en faisant de la musique. Mais en tout cas, si j’avais pas réussi à gagner ma vie avec ma musique j’aurais fais quelque chose dans un domaine artistique. J’aimerais bien travailler la photo, la vidéo, le graphisme, le design. Il y a aussi tout les boulots que j’ai pu voir autour de moi, genre organiser des tournées, monter un label, régisseur, manager, conseiller des artistes qui débutent, etc.  Mais bon je compte tout de même rester dans la musique et je pense que si je ne faisais pas ça j’aurais pas d’avenir !

Dans un monde idéal, avec qui aimerais-tu faire un morceau ?

Il y pas mal de gens… c’est trop compliqué ! Non moi je crois plus aux rencontres en fait. Voir quelqu’un sur scène et me dire « ah ouais j’aimerais bien faire un truc avec lui ! » ça m’arrive tout le temps, donc je ne pourrais pas dire avec qui en particulier. Tu vois, il y a un mec qui joue de la flûte chinoise dans le métro et à chaque fois que je passe à côté, je me dis que j’aimerais faire un morceau avec lui ! Je peux tout de même te dire une que je voulais faire il y a longtemps. C’est quand M.I.A n’était pas du tout connue. Elle était avec Diplo et ils avaient fait leur premier EP ensemble. C’était du reggae un peu genre Major Lazer mais sans tous les artifices un peu bizarres, c’était une sorte de dance hall électronique quoi ! Il s’appelait sun flowers et c’était vraiment un putain d’album ! Sans même voir sa photo, j’étais tombé sous le charme (rires) ! Mais bon maintenant qu’elle a fait beaucoup de choses différentes, c’est plus du tout ce que je kiffe.

« Est-ce que le progrès dans la musique a vraiment amené quelque chose, ou est-ce que ça rend les gens plus idiots ? »

Quel est ton processus créatif ?

Alors je marche dans la rue et j’enregistre les idées qui me viennent comme ça sur mon téléphone. Pour moi c’est la meilleure façon de trouver des mélodies. Ensuite je vais en studio enregistrer le reste.

A quel moment décides-tu qu’un morceaux est fini ?

J’ai du mal à finir mes morceaux mais souvent c’est mon producteur qui m’arrête. J’ai tendance à faire et refaire à l’infini, c’est pour ça que c’est pas plus mal d’être entouré par des producteurs, des ingés son.

 T’es plus Superman ou Miss Chang ?

Ça dépend des jours ! Là maintenant c’est Superman ! Les jours de promo je suis un Superman ! En plus il y a Deluxe dans le building…

Si tu avais les moyens de faire tout ce que tu veux sur un album, tu ferais quoi ?

J’essaierai de faire un album comme on faisait dans le temps. Tout enregistrer en direct, ensemble, dans la même pièce. Maintenant on a tellement de facilités avec les ordinateurs et les logiciels qu’on se permet de faire et refaire des prises. Avant ils répétaient un morceau jusqu’à la perfection afin de l’enregistrer en live ensuite. Il y avait une dynamique de travail dictée par le manque de bandes et de matériels. J’aimerais bien faire un disque comme ça, avec de vrais musiciens, des vieux amplis, des vieilles machines.

C’est un peu le rêve de tous les artistes non ?

Je ne sais pas ! En même temps quand tu vois les mecs qui faisaient de la musique à cette époque, ils sont bien contents aujourd’hui d’avoir des protools et des logiciels.

Mais regarde Daft Punk, emblème de la musique électronique, ils sont quand même retournés à ce mode d’enregistrement.

Oui je pense que c’est un peu un fantasme de musicien ou de producteur. On a tellement écouté d’albums faits comme ça ! Mais en même temps, tu demandes à des musiciens des années 70 et ils te disent qu’ils préfèrent avoir les consoles numériques et pouvoir aller encore plus loin dans l’expérimentation. Alors est-ce que le progrès dans la musique a vraiment amené quelque chose, ou est ce que ça rend les gens plus idiots ? C’est un débat permanent.

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