Night Call : la nuit, tout est permis

Après avoir écrit quelques scénarios notamment celui du dernier Jason Bourne, Dan Gilroy occupe désormais le poste de réalisateur afin de mettre en scène un thriller haletant, magnifié par un Jake Gyllenhaal hors-norme.

« Filme tout! »

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Synopsis : Petit escroc sans envergure, Lou Bloom assiste un soir à un accident non des moins violents. Il voit alors surgir deux reporters venant filmer le drame. Ces deniers vont l’inspirer et il décide de se lancer dans cette voie.

Malsain. S’il ne fallait retenir qu’un seul mot du premier film de Dan Gilroy, ce serait bien celui là. Effectivement, tout du long des 117 minutes du film, nous assistons à une débauche de voyeurisme morbide tout en suivant l’ascension professionnelle de Lou, personnage ambiguë aux faux airs de Patrick Bateman.

L’âme du film repose, bien évidemment, sur les épaules d’un Jake Gyllenhaal éblouissant de froideur mais aussi drastiquement amaigri. Souhaitant gravir les échelons sociaux au sein du milieu journalistique et d’accomplir son propre rêve américain, le personnage de Lou Bloom possède toutes les caractéristiques du sociopathe. Il prend ainsi un malin plaisir à filmer la détresse, la blessure et enfin la mort dans une « dernière » vidéo proche de l’insoutenable.

Et c’est cette caméra qui nous permet d’appréhender le monde de Bloom : chaque image violente ne nous est présentée qu’avec un écran, chaque corps n’est visible qu’à travers la vision de son caméscope. Cela permet d’atténuer certaines images trashs mais aussi de mieux rentrer à l’intérieur du personnage, de voir par ses yeux et d’obtenir ainsi son propre point de vue. Night Call est donc un film à la « première personne », des images jusqu’à la bande son. Aux premiers abords, la musique peut vite sembler surfaite et parfois inadaptée à la situation, mais en la liant au personnage principal, elle prend alors tout son sens. Les airs légers et décalés de quelques scènes correspondent finalement parfaitement à l’état d’esprit dans lequel est plongé Lou ainsi qu’à sa psychologie.

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Tout comme l’avait fait Gone Girl il y a quelques semaines, Night Call fait lui aussi émerger une critique des médias (américains en l’occurrence) par le prisme de la satire et du cynisme. La véracité de certaines chaînes d’infos locales est ici personnifiée grâce au personnage de Rene Russo, assoiffée d’images, et prête à payer cher pour en obtenir. Une scène du film nous montre que l’authenticité des clichés peut être facilement manipulée et la crédibilité des chasseurs d’images se voit donc totalement remettre en question.

Night Call n’est pas un mauvais film, au contraire, mais il nous plonge dans une ambiance si dérangeante, malsaine et provocante, que le spectateur peut ne pas répondre à l’appel de l’œuvre et rester de marbre face à cet anti-héros qu’interprète Jake Gyllenhaal.

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