25 ans de la chute du mur berlinois : immersion au T.O.T.E.M de Nancy

1989, Berlin est en liesse, le mur qui séparait les zones Est et Ouest est abattu. Cet amas de pierres, l’un des plus gros symboles de la guerre froide qui a sévi tout au long de la deuxième moitié du XXème cède sous le poids de l’humanité.

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© Fabien Darley

Vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans déjà, c’est plus vieux que moi et onze de plus que les Spice Girls. Ainsi, c’est pour cette occasion qui n’en est pas des moindres que le Full Real Art Project a organisé ce samedi 8 novembre une soirée spectaculaire au T.O.T.E.M pour célébrer la destruction du mur berlinois un quart de siècle plus tôt.

L’association, plus communément appelée FRAP dans sa ville d’origine qu’est Nancy, est créée en avril 2014 et compte aujourd’hui environ quarante adhérents et une vingtaine de membres actifs, proposant depuis presque un an de nombreuses soirées et expositions, du théâtre, de la danse, etc. Mais cette fois-ci, la barre est très, très haut placée.

21h10 : les portes s’ouvrent, les premiers participants se présentent et on nous distribue une carte chacun sur laquelle sont tracées 10 cases (?????). J’entre donc dans le Totem et accède à la première salle. Premier détail frappant : des barreaux de prison sont installés du sol au plafond à l’avant de la scène. Je continue donc ma visite et franchit la porte pour me rendre à l’extérieur, dans la cour qui donne sur le garage qui sert ici de deuxième salle. Mais je ne vois pas de garage, je ne vois qu’un MUR.

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© Fabien Darley

Un mur de deux mètres de haut, entièrement graffé à la bombe, et dans lequel on aperçoit une toute petite brèche d’un mètre cinquante de large et deux soldats qui gardent cet unique moyen de passage. Je tente donc de me rendre de l’autre côté de ce mur, mais on me demande alors de faire poinçonner ma carte : les passages entre les deux côtés du mur sont donc restreints à dix par personnes. De l’autre côté, rien ne se passe. Le calme plat, comme en RDA. Le groupe Moyan commence à jouer.

21h45 : on me tapote l’épaule, un type en trench et chapeau noir me propose une carte supplémentaire. J’accepte et en prend quatre (on sait jamais). Je n’étais pas présente en RFA, mais Inner Wolves a ensuite pris le relais.

23h00 : un homme tente de sauter par dessus le mur pour changer de côté, le soldat met un temps à lui tirer dessus mais au moins ça a eu le mérite d’être drôle ! En RDA, j’assiste au concert de Platypus Dei : un franc succès.

00h00 : je suis dans la salle RDA. A l’extérieur, un autre homme tente de sauter par dessus le mur une nouvelle fois, mais se fait rattraper à la cheville par un homme du KGB qui l’entraîne dans une cage située dans la salle où je me trouvais. Il danse le moonwalk avant de mourir sous les coups de feu.

00h30 : une femme joue du violon au pied du mur, en rappel à Mstislav Rostropovitch. Il est ensuite brisé par tous les participants, dans un genre de grosse orgie de violence et d’allégresse. Un homme déguisé en bonhomme de feu vert vient me voir et se présente avant de s’enfuir de profil comme une divinité égyptienne. A l’extérieur, des jongleurs et des cracheurs de feu font leur apparition et achèvent en beauté la destruction de ce mur de la honte.

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© Fabien Darley

De 00h30 à 3h30 : j’observe les DJs Luc’4, Aleiz et Grumoh qui s’enchaînent dans le pavillon noir (ex-RFA) et nous font attendre patiemment l’arrivée de Tess Wassila.

3h30 : Tess Wassila. Elle a déjà fait ses preuves, je n’ai rien à ajouter, mais c’est toujours un plaisir d’assister à ses prestations, riches et uniques, complètement fidèles à l’esprit sombre du T.O.T.E.M. Elle nous offre ce soir-là une heure de pur bonheur, où les corps s’entrechoquent au rythme des basses et de ce son qui lui est si particulier. Au beau milieu du set, un ange noir entre en scène, ondule de gauche à droite en brassant l’air à 40 bpm.

De 4h30 à 6h00 : Ptit Jo et Polo maintiennent la salle à la température qu’avait fait monter Tess Wassila au Pavillon Noir (environ 850°C à l’ombre), tandis qu’une ambiance beaucoup plus rock s’en suit au garage (ex-RDA) avec Pilou, Owel, Louise Atkinson, Epic Schmetterling (ça veut dire « papillon »), DrumFire 500, Narcis, Tousek et Cushion.

La volonté qu’a eu FRAP d’intégrer de la musique que l’on pouvait trouver à l’époque de la chute du Berliner Mauer a été complètement respectée. Dans un décor fabuleux, occupé par des artistes et des bénévoles qui l’ont été tout autant, cette soirée-hommage a rendu une fière révérence à cet événement qui a marqué l’histoire de l’Europe, et même du monde entier. Une belle réussite pour la vie culturelle nancéienne, et on croise les doigts pour qu’il en soit ainsi encore longtemps !