The Giver

The Giver, une adaptation aseptisée

« Ce ne sont pas les émotions qui sont dangereuses, mais ce que nous en faisons ». Depuis mercredi au cinéma, The Giver, un film anti-utopia retient l’attention.

Synopsis : Dans le futur, les émotions ont été supprimées grâce à l’effacement de toute trace d’histoire. Tous les individus sont formatés pour se comporter de façon préétablie. Le Passeur est la seule personne qui peut se souvenir du passé, en cas de nécessité. Le jeune Jonas, 16 ans, est choisi pour être le nouveau Passeur.

Véritable film d’anticipation et de science-fiction, The Giver est un film américain réalisé par l’Australien Philip Noyce (Calme blanc, Jeux de guerre). Il est tiré du best-seller au titre éponyme écrit par Lois Lowry paru en 1993. Diffusé pour la première fois en août aux États-Unis, il a rapporté 44,7 millions de dollars.

C’est l’histoire d’une société oligarchique et sans histoire. Bâtie sur les ruines et les erreurs du passé, elle est établie sur des règles qui maintiennent désormais ordre et équité (couvre-feu, mensonges punis, injections quotidiennes de médicaments aseptisés, tenue vestimentaire réglementée…). Ainsi, tout le monde se situe sur le même pied d’égalité. C’est le modèle d’un monde qui ne permet pas la différence et l’affirmation de soi. Un monde de doutes. Un monde en noir et blanc.

Un casting petit et surprenant

« Qui dit petit casting d’acteurs, dit film à petit budget ». Préjugé. Pour le coup, la production a prévu un gros budget, 25 000 000 de dollars s’il vous plait ! Au sein du casting, on retrouve des vieux de la veille: Meryl Streep en tant qu’Alpha de la communauté, Taylor Swift la chanteuse country qu’on n’aurait pas soupçonné dans un film de science-fiction ni ailleurs, Katie Holmes qui fait son retour cette année après une pause de trois ans dans le cinéma en jouant bien le jeu (c’est qu’elle nous aurait presque manqué !). Voilà ce qu’il en est pour les noms les plus populaires du cast. Mais certains noms reviennent et notamment celui de Jeff Bridges, celui qui est à l’initiative de l’adaptation du bouquin et tête pensante de l’équipe de réalisation. Il jouera d’ailleurs le rôle du « passeur » dans le film et on y retiendra mieux sa performance que dans les Iron Man.

The Giver

Le problème avec les films d’anticipation, c’est que si le scénario n’est pas soigné, on peut vite s’en lasser. Nombreux ont été les essais et romans dystopiques sur un monde futur imaginé totalitaire et despotique. Ici Philip Noyce reprend ces références littéraires en essayant tant bien que mal d’élargir son adaptation du best-seller à tout public. A l’image de 1984 (George Orwell) et du Meilleur des Mondes (Aldous Huxley), les frontières sont dessinées et les lois improvisées, l’Histoire est occultée peu à peu des derniers esprits lucides de la société. Comme dans Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, les livres sont interdits. Semblable à la saga romanesque – également bientôt adaptée – Delirium (Lauren Oliver), la société futuriste de The Giver est construite autour de l’injection d’une seringue, symbolique et annihilatrice de tout sentiment arrivé au début de l’âge adulte.

Étant une grande consommatrice de science-fiction et qui plus est d’anticipation, je me disais qu’il serait difficile pour l’équipe de production de placer une projection au dessus de la barre que George Lucas, Cronenberg, Haskin ou encore Spielberg avaient placée et mis de temps pour se faire connaitre dans la catégorie.

Le film possède des qualités, notamment sur les images, passant sans aucun mal du noir et blanc aux couleurs en suivant les sentiments et l’évolution du personnage de Jonas. Cependant, si la production évoque un sujet qui pourrait parler à chacun de nous et en particulier aux adolescents et jeunes adultes, le scénario n’est pas révolutionnaire parce que vu et revu dans la littérature. Le message délivré par le film est vite compris et on n’en ressort pas en ayant appris quelque chose de nouveau – ce qui a été frustrant pour ma part. Ce ne sera pas le film de l’année. Mais sans doute un des films, à l’image d’autres sortis cette année (Gone Girl, Mommy, Lucy pour ne citer qu’eux) qui aura pu nous interroger sur notre société actuelle et non pas ce qu’elle pourrait être. The Giver c’est juste le film dystopique en plus qu’il ne fallait pas amener sur la table cette année, après la mode Hunger Games, Divergente, Le Labyrinthe (dernier film à l’affiche) et The Giver devaient eux aussi tomber dans le piège…

Mention spéciale pour la bande son du film à laquelle on porte toujours une grande attention sur Efflorescence Culturelle. Réalisée par un orchestre, il occulte chacune des émotions que les aseptisés ne peuvent ressentir.

The Giver (Le Passeur), de Philip Noyce. 1h37. En salles depuis le 29 octobre.

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