Chromeo – White Woman : le funk façon 2014

 

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Les canadiens de Chromeo sortaient lundi dernier leur quatrième album, White Woman, et le duo est toujours aussi funky.

Vous habitez Paris. Vous entendez parler de la prochaine party. La prochaine party a lieu dans un entrepôt isolé quelque part ou il n’y a ni lumière, ni couleurs. Vous pensez à des carcasses de voitures, à des RER rongés, à un de ces endroits où on adoube les basses glaciales et l’angoisse nerveuse d’une electronic dance music sombre et sans espoir. La prochaine party sera intense, droguée, vous danserez seul avec tous les autres, le sixième verre de vodka vous murmura qu’il n’y a plus qu’un seul son à entendre, celui des beats écrasés, écrasants, celui d’un noir obscur qui n’en finit jamais. J’adore la prochaine party. Seulement parfois, il est bon de savoir que sourire à la prochaine fête ne vous en fera pas virer. Et c’est là le rôle de Chromeo.

J’apprends donc qu’il y a de la joie dans l’EDM, un petit shooter de fun que je ne saisis pas bien, moi qui ne suis pas habituée, mais qui semble briller très fort là bas au loin. Chromeo, composé de deux provocateurs cinglés qui ont décidé de faire de leur délire electro-funk une réalité, vous souhaite la bienvenue dans l’espace  « feel good »  de la dance music.

On commence ce nouvel album par un tube, Jealous (I Ain’t With It), un de ces morceaux qui s’installe dans le cerveau et qui veut plus sortir, une jolie petite torture funky. Moi qui ai l’habitude de me réveiller sur des airs déprimants je sais plus ou me mettre, parce que j’ai l’impression que Chromeo ne nous laisse pas le choix, tu dois danser, tu dois te marrer, et ton premier degré tu l’oublies. White Woman se construit ainsi sur des basses extatiques, des cordes disco tellement catchy qu’on se croirait revenu dans les années 80, quand on avait le droit de porter une banane bicolore en s’agitant sous une boule disco dans le sous-sol d’une boite de nuit. Chromeo ressuscite le disco, « boogie wooderland«  et tout le bordel et c’est bon, on a le droit d’écouter du disco funk parce que ça fait vraiment du bien. L’aigu Play The Fool me rappelle les bons vieux bridge piano-batterie de la vieille époque, comme si ABBA s’était réincarné en crooners sexy, et on est plus obligé de se mentir, c’est vachement bien de danser sur ABBA. Suivant cette même idée, tous les morceaux de White Woman sont des masses funky envoyés comme un arc en ciel réveiller les corps, l’électro est maitrisé, moderne et extrêmement bien produit. Chromeo sait se servir d’aujourd’hui, et si certains morceaux comme Somethingood sont bien sûr formatés, peut être aussi commerciaux, ça nous donne quand même envie de danser en se brossant les dents au petit matin, et tant pis si on se fout du dentifrice partout en chantant « it’s hard to say nooooo ». C’est ironique, sexy et jeune, c’est « feel good », ça se passe dans un club inconnu un peu kitsch en Floride et ça donne envie de danser sur des crocodiles.

Le duo nous offre aussi une collaboration avec Solange, un peu plus sérieuse, très planante, mêlant la voix tantôt aiguë de David Macklovitch et la sensualité R’n’B de la chanteuse. Lost On The Way Home est ainsi spontané, entrainant et légèrement plus calme que les autres morceaux, faisant figure de nouvel hommage aux femmes, à cette White Woman au centre de la cover de l’album.
Ce qui est prodigieux chez Chromeo c’est cette folle capacité à monter dans les aigus, à créer une ambiance romantico-sensuel avec trois/quatre accords de funk old school. Old 45’s est une pure romance collégienne, on a même le droit à un solo à la Scorpion dangereux mais efficace, et si on sait plus ou on est, reste à admettre que c’est férocement chouette. Ces deux mecs en smoking classieux peuvent tantôt déchirer l’air sur un aigu à la Diana Ross (Frequent Flyer) tantôt bouillir de testostérone en contournant les genres, en charmant les genres ; c’est une tornade électro folle ou tout le monde s’embrasse et ne regrettera rien.

J’espère donc que la prochaine fête sera cette putain de soirée feel good, que les filles et les gars danseront comme on dansait sur Prince et Jackson, que tout le monde sera joyeux parce qu’il n’y a rien de sérieux, parce que White Woman n’est pas l’album de la maturité, parce qu’on a le droit d’oublier la maturité. Chromeo plane juste là, à la parfaite limite entre le kitsch eighties et la classe spatiale de 2014, dans une transe sexy-chic possédante et jouissive.

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