Les Gazelles : les femmes mises à l’honneur, mais un film à la hauteur ?

On se demande souvent si ce genre de comédie, certes mignonne, mais un peu futile, en vaut vraiment la peine. Plate ou rebondissante ? Les Gazelles de Mona Achache entraîne une réflexion sur la vie de couple, la routine qui s’installe, mais aussi la décadence, le pétage de plomb, la solitude, la peur, la perte de l’emploi… On s’amuse en réfléchissant, en se disant que la comédie est souvent dénuée de réel intérêt, mais qu’elle peut être révélatrice.

Plantons le décor, ça n’est pas bien compliqué : Prenons un couple bateau, Marie et Éric. En couple depuis le lycée, et aujourd’hui trentenaires, voilà qu’ils achètent leur premier appart. Seulement quand le moment est venu de signer et d’entrer dans une routine sans rebondissement, Marie tourne de l’œil. La voilà prise d’un immense doute, qui devient très clair lorsqu’elle rencontre un grand brun au détour d’une rue. Elle décide alors de prendre son envol, et quittant Éric, Marie fait le grand saut. Seulement voilà, quand on n’y connaît rien à la vie de célibataire, ça n’est pas évident, et Marie va en faire l’expérience. Des hauts et des bas vont alors rythmer sa vie ; entre nouvelles amitiés, célibat compliqué, expériences d’un soir, peut être trouvera-t-elle le bonheur.

Bon le scénario n’est pas tout ce qu’il y a de plus original. Vu, re-vu, re-re-vu même. Un couple, une séparation, une vie débauchée, rien de bien pertinent… Et pourtant ! Malgré ses airs de comédie futile, à l’eau de rose, qui finira forcément bien, Mona Achache nous entraîne dans quelque chose d’autre, quelque chose de plus profond, qui dépasse la surface barbante du scénario. Drôle, intelligent, le film devient prenant, touchant, carrément bon par moment. Une réelle réflexion sur la vie s’engage, sur un ton presque dramatique, poussant le spectateur à développer un vrai attachement pour ces gazelles. Oui, des femmes qui s’assument seules et heureuses (ou bien qui le paraissent) ça fait toujours plaisir. Enfin, la gente féminine a le pouvoir, enfin les hommes sont laissés au second plan, parfois même moqués. La vie de couple est exploitée sur un ton burlesque. Le célibat comme une force.

Mais le film reste une comédie la plupart du temps légère. Des actions anticipées, pas vraiment de suspens, une histoire qui part dans tous les sens… Puis, un pessimisme grandissant qu’on avait pas vraiment vu venir. Le film s’accélère et semble complètement changer de registre, on passe du rire aux doutes, à la désillusion même. On ne sait plus vraiment où Mona Achache souhaite nous mener. Les personnages s’égarent beaucoup trop et semblent se perdre eux-mêmes. Puis, on comprend alors la morale du film. Oui, le célibat ça n’est vraiment pas ce qu’il y a de mieux en fin de compte. Quoi de plus beau que d’être aimé ? Voilà, « la chute » si je puis dire. Une prise de conscience. Les moments de rigolades, de débauche, de plaisirs éphémères, parce que la vie entre amies c’est ressourçant, mais au bout d’un moment c’est pesant. Le film va loin, tout en restant plaisant. Il est abordé avec légèreté, le but est de passer un bon moment, de sortir de la salle bien dans sa peau, pour faire simple.

Parlons casting, Camille Chamoux en novice célibataire et Audrey Fleurot en meneuse de groupe, forment un parfait duo, assumant avec joie, et parfois courage leur célibat. Le jeu d’acteur n’est pas exceptionnel, mais assez bien mené. Camille Chamoux exerce son rôle avec simplicité. Audrey Fleurot, elle, qu’on avait rencontré dans Intouchables en 2011, apporte la fraîcheur qu’il manquait, puis aussi de la beauté au film. L’étoile montante mène la danse au sein du groupe, mais derrière ses airs de femme forte, pleine d’entrain, qui n’a peur de rien, l’actrice apparaît plus sensible que jamais.

La réalisation prouve également, pour une fois, (enfin, merci!), que la comédie n’est pas forcément synonyme de fin heureuse. Oui, ça ne finit pas comme on le pense, et ça n’est pas plus mal ! Le happy ending à l’eau de rose est évité, ce qui apporte une fraîcheur au film, et le sauve même, pour ceux qui n’étaient pas vraiment convaincus. Marie semble toutefois en quête d’un bonheur certain ; la note finale est joviale et entraînante. Certes, dans deux mois, la comédie sera tombée dans l’oubli, mais on aura au moins, c’est sûr, passé un agréable moment.

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