Ghost Stories : un exutoire émotionnel ?

Sorti ce lundi 19 mai, le sixième album de Coldplay, Ghost Stories est disponible depuis plusieurs jours en écoute gratuite sur Internet. Cet album mélancolique nous entraîne dans une histoire hantée d’émotions.

Coldplay est un groupe de pop rock britannique formé en 1998 et composé de Chris Martin (chanteur, guitare, piano), Jonny Buckland (guitare), Guy Berryman (basse) et Will Champion (batterie). Acclamé à ses débuts grâce à un premier album Parachutes (2000) aux sonorités nostalgiques, la consécration arrivera avec la sortie de A Rush of Blood to the Head (2002) et la présence dans cet opus de nombreux succès, notamment The Scientist qui apparaît comme le classique incontournable du groupe. Coldplay viendra confirmer son talent en 2005 avec un troisième album X&Y, le succès est au rendez-vous, la critique sera quant à elle plus réservée. Cet aspect mitigé des critiques s’amplifiera avec Viva la Vida or Death and All His Friends en 2008 dans lequel le groupe utilisera des sonorités plus variées et plus joyeuses. Depuis leur début, le succès n’a fait que s’accroître pour ce quatuor anglais et a atteint son apogée en 2011 avec leur cinquième album Mylo Xyloto qui marque un tournant décisif dans le style musical du groupe par ses arrangements électro-pop. Il est aujourd’hui l’un des plus grands groupes du nouveau millénaire avec pas moins de 60 millions d’albums vendus dans le monde. Après une tournée mondiale et une pause de quelques mois, Coldplay est de retour avec un sixième album: Ghost Stories, dont la sortie a été annoncée très tardivement par les britanniques.

A la première écoute, Ghost Stories est un album qui laisse perplexe, qui peut même déboussoler l’auditeur par ses sonorités très différentes de celles utilisées habituellement par le groupe.

Les britanniques ont toujours su innover dans leurs compositions, ils l’ont prouvé notamment avec Mylo Xyloto et ses intonations très pop-electro. Ghost Stories vient confirmer cette envie de démarcation. Après le succès mondial du précédent album, Coldplay prend un contre-pied, une prise de risque intéressante et nous transporte dans une introspection des tourments de la vie amoureuse. Les premiers amateurs du groupe retrouveront un aspect très nostalgique qui pourra faire écho aux anciens albums. Néanmoins, le côté électro de certaines mélodies pourra en étonner plus d’un. Cette joie ressentie dans Mylo Xyloto n’existe plus dans Ghost Stories. Les mélodies sont dramatiques, nous entraînant dans un océan mouvementé rempli de doutes et guidé par une sensibilité à fleur de peau.  Les textes écrits avec sincérité viennent rappeler certains événements de la vie privée de Chris Martin qui décrit lui-même Ghost Stories comme « 42 minutes on an emotional treadmil, although it starts off seeming like a heartbreak record ». Le ressenti après écoute est en accord avec le message que le groupe a voulu donner, la rupture sentimentale est au cœur des morceaux, on s’invite dans l’intimité et dans une réalité douloureuse.

L’album s’ouvre sur Always in my head, qui vient nous rappeler les longues nuits d’insomnie et cet état de semi-conscience où l’esprit est occupé par les pensées d’un être cher perdu à qui on ressent le besoin de déclarer nos émotions.

La voix de Chris Martin et la mélodie flottante nous berce dans un état de sérénité mélancolique. Dès les premières secondes, elle annonce cette ambiance  de voyage intérieur pour l’album, on s’invite dans l’esprit d’une personne venant se livrer sur sa perte sentimentale. Magic vient arrêter brutalement l’introspection venant seulement de démarrer. Le côté simpliste laisse un goût d’inachevé. La poésie habituelle du groupe vient à manquer dans les paroles qui semblent écrites trop rapidement. On notera simplement la basse et la batterie qui viennent ajouter un côté électro et rendre la composition plus appréciable à l’oreille.

Pas de grandes éloges pour Magic qui malgré son titre manque clairement de magie et passe inaperçue. L’interlude provoqué par Magic ne dure pas et s’interrompt rapidement. Les sonorités de Ink, à la fois joyeuses et pop, se démarquent du reste de l’album mais aussi de tout ce que le groupe a auparavant exploité en matière de son. Le thème de ce morceau joue sur la métaphore d’un amour qui marque, qui s’encre dans la peau, douloureux comme un tatouage. En contraste avec cette mélodie enjouée, Ink apparaît comme un sourire forcé que l’on affiche aux yeux du monde pour cacher une douleur qui s’imprègne à l’intérieur de notre esprit. On retrouve cette orientation pop également dans True Love, qui se distingue par ses arrangements et ses choix d’instruments appuyés. Un désespoir profond se fait ressentir dans l’écriture du morceau, qui s’inscrit comme un appel du cœur, comme une supplique à la personne tant aimée. L’instrumentale ne vient qu’amplifier cette souffrance, le solo de basse apparaissant comme le dernier appel à l’aide avant de se laisser couler. Tout résonne ici comme une plainte, appuyant un amour réel perdu.

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Une atmosphère sombre et très fantomatique se dégage de Midnight. Le voile électronique sur la voix de Chris Martin vient intensifier cette sensation, mais nous laisse malheureusement en retrait du message dévoilé par les paroles. L’arrangement vient dénaturer l’identité du groupe et rend le tout assez angoissant. Elle reste malgré tout dans la continuité du message délivré par Ghost Stories. Another’s Arms nous plonge dans les profondeurs obscures à la fois par ses paroles et la simplicité des arrangements, les chœurs du morceau annonçant la seule dose de luminosité de la chanson. Le changement de ton de la voix de Chris Martin nous fait rentrer dans un moment de confusion inqualifiable.  La fragilité perçue dans Oceans nous rappellera avec plaisir l’ère de Parachutes (notamment la chanson Spies), l’âge d’or du groupe pour de nombreux fans. La sonorité acoustique de l’instrumentale permet de se concentrer plus longuement sur les paroles. Le titre choisi apparaît en harmonie avec cette ambiance marine et reposante, le petit son électro s’accordant à un bruit de sonar. L’océan semblant presque apaisé des vagues le menaçant.

Dans chaque album, il y a un hit, un morceau nettement plus commercial et pas forcément plus intéressant musicalement parlant, dans Ghost Stories le prix revient à A Sky Full of Stars, produit par Avicii.

Le titre est dans la continuité directe de l’univers mis en place dans Mylo Xyloto, c’est une note de gaieté qui tranche nettement avec le reste. Ce n’est en soi pas désagréable à l’oreille, mais l’attrait reste malheureusement limité. La chanson qui se démarque plus particulièrement par son lyrisme et son piano envoûtant c’est O qui évoque les anciennes balades du groupe. Peu d’artifices sont nécessaires pour cette mélodie délicate portée par la voix émouvante de Chris Martin. Les notes de piano nous plongent dans un voyage où la sincérité émotionnelle profonde prime sur la forme.

On ressent dans cette composition une note d’espoir qui vient illuminer cet album sombre, le voyage intérieur de Ghost Stories au milieu des doutes et des pensées négatives se terminant par une lumière significative d’une sortie de l’eau. Si nous devions ne retenir qu’une seule track de l’album ce serait celle-ci sans hésitation.

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Track list:

‘Always In My Head’
‘Magic’
‘Ink’
‘True Love’
‘Midnight’
‘Another’s Arms’
‘Oceans’
‘A Sky Full Of Stars’
‘O’

Article écrit à quatre mains par Lily et Clémentine

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