Her : déjà le meilleur film de l’année ?

Quand on va au cinéma, c’est toujours un peu la loterie. Parfois on est agréablement surpris, parfois on se fait piéger par la promo du film, parfois on a exactement ce que l’on attendait… On va voir des bons films, des mauvais films, des bons films qui ne nous touchent pas ou on ressent des plaisirs coupables. Le film Her sorti aujourd’hui en salle fait partie de la catégorie du St Graal, c’est-à-dire de la catégorie « chef d’œuvre »: explication.

SYNOPSIS:   Dans un futur proche, à Los Angeles, Theodore travaille pour un site web comme écrivain public, rédigeant des lettres de toutes sortes — familiales, amoureuses, etc. — pour d’autres. Son épouse Catherine et lui ont rompu depuis plusieurs mois lorsqu’il installe un nouveau système d’exploitation, auquel il donne une voix féminine. Cette dernière, une véritable intelligence artificielle, se choisit le prénom Samantha. Elle et lui tombent amoureux.

Quand un film arrive à vous interroger le lendemain, voire la semaine d’après, de son visionnage, sans que vous n’ayez réussi à mettre tous les mots sur ce que vous aviez ressenti pendant la projection, c’est qu’il est doté d’une richesse exceptionnelle et d’une force rare.

Spike Jonze, réalisateur prodigue (Dans la peau de John Malkovich, Max et les Maximonstres) est probablement l’un des meilleurs clipeur du monde (à son tableau de chasse Daft Punk, Arcade Fire, REM, Weezer, Kanye West, Bjork, les Beastie Boys pour n’en citer que quelques-uns) mais aussi producteur des Jackass signe en effet ici son meilleur film à ce jour mais surtout une romance incroyable et souvent bien plus forte que n’importe quelle romance classique entre deux êtres humains.

Car réussir à filmer pendant 2h un Joaquin Phoenix parler tout seul à son « smartphone » et réussir à rendre crédible et émouvante (mais sans jamais verser dans le ridicule, le voyeurisme ou la moquerie) cette histoire d’amour était une gageure. Mais par miracle, le film arrive à nous faire croire à cette histoire au demeurant improbable et surtout dérangeante dans une société qui devient de plus en plus connectée, où les technologies se rapprochent de plus en plus des capacités de l’être humain.

Ce qui est d’autant plus intelligent, c’est que le film tient un réel propos, à l’égard d’un film de science-fiction, sur notre société. Ce sentiment de solitude de plus en plus exacerbé, cette isolation au sein des grandes villes, les interrogations que suscitent les évolutions technologiques de plus en plus impressionnantes, notamment sur l’intelligence artificielle, tout cela est traité avec justesse et brio sans jamais voler la vedette au concept de base du film: cette histoire d’amour.

En laissant tout cela en second plan, à la liberté de la grille de lecture du spectateur, le film nous interroge mais ne cherche pas à nous convaincre ou à le considérer comme un pensum, choix malin permettant à l’émotion d’être beaucoup plus forte mais aussi de nous inclure dans ce récit.

En effet, tout le monde se reconnaitra dans cette histoire, qu’on ait vécu un premier amour ou le seul et l’unique, qu’on ait vécu une rupture difficile ou que l’on n’ait pas eu cette malchance, le film arrive à atteindre une certaine universalité dans sa manière d’aborder le sujet arrivant à être tour à tour drôle, dramatique, poétique, mélancolique… que peu de films s’étant attaqué à l’Amour aient réussi à atteindre (on pensera ici à Two Lovers ou l’on retrouvait déjà Joaquin Phoenix ou encore Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, excellent ami de Spike Jonze pour les derniers exemples en date).

Il conviendra ici de faire une pause sur l’histoire pour parler des acteurs, car le film était un réel pari pour chacun d’entre eux. Pour Joaquin Phoenix, acteur encore trop méconnu et pourtant le plus talentueux de sa génération, le film était un pari car il tient le film sur ses épaules, la caméra le suivant pendant les 2h que dure le film. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y trouve un de ses meilleurs rôles, chose incroyablement difficile tant ses personnages dans les films de James Gray ou Paul Thomas Anderson étaient déjà inoubliables.

Il arrive à composer un Theodore étonnamment féminin, délicat et sensible d’une justesse impressionnante dont on comprend, à chaque étape du film, le parcours qu’il a vécu mais aussi le voyage émotionnel qu’il traverse en tombant amoureux de son OS.

Ce dernier ou plutôt, cette dernière, est interprétée par un des choix les plus surprenants que j’ai jamais vu pour un rôle, puisqu’il s’agit de la pulpeuse Scarlett Johansson, une actrice considéré comme la plus sexy de ces 10 dernières années. Pourquoi surprenant ? Car on ne la voit jamais et qu’elle compose un personnage qui n’a pas de corps, qui n’est jamais visible et qu’elle doit uniquement joué avec sa voix. Après ce film, les détracteurs de l’actrice ne pourront pas lui sortir l’argument du physique pour savoir comment elle déniche ses rôles, puisqu’il s’agit ici de son meilleur rôle à ce jour ! L’actrice arrive à rendre vivante cette entité technologique, à lui insuffler émotion et personnalité et n’ayons pas peur des mots, une âme à cette version très évolué de Siri.

L’alchimie entre les deux acteurs, que l’on n’aurait jamais cru voir ensemble dans un long métrage fait ici mouche alors que faire croire à ce couple, ces moments de passions et de déboires n’était pas chose aisée quand il n’y a qu’un seul acteur face à la caméra.

C’est là que réside tout le génie du script (gagnant de l’Oscar du meilleur scénario original) et de la réalisation du film, arrivé de manière faussement simple à rendre tout ceci crédible, réussir à être optimiste et idéaliste sans être cliché, dégoulinant ou mielleux.

Cela passe par des grands acteurs (on fera aussi mention des personnages secondaires joués par Amy Adams, Chris Pratt, Olivia Wilde et Rooney Mara, tous excellents), par une histoire dont j’ai fait exprès de ne rien révéler pour ne rien gâcher de l’expérience mais dont je vous garantis qu’elle est brillante mais aussi par de la réalisation.

Le film est aussi somptueux car Jonze a fait des choix de mise en scène permettant de créer un univers futuriste mais extrêmement proche du nôtre et une ambiance que l’on pourrait rapprocher des films de Sofia Coppola, baignant dans une mélancolie colorée qui vient s’appuyer sur une photographie naturaliste à tomber par terre.

En choisissant de tourner en décor réel, avec le minima d’effet spéciaux mais avec une réelle direction artistique (remplie de trouvailles géniales que cela soit dans les costumes ou les lieux créés), Jonze remplit son cadre de détails plus ou moins visibles, arrivant à la fois à créer un univers visuel poétique et cohérent mais aussi une ambiance intemporelle et crédible, renforçant l’expérience du spectateur.

Avec un talent indéniable pour réussir à faire exister « une voix » sans corps dans son film (cauchemar de mise en scène), il a en plus la bonne idée de faire exister Samantha, le personnage de Johansson sur les émotions qui traverse le visage de Theodore, arrivant à nous faire croire qu’elle est bel et bien présente dans la pièce.

Ajouter enfin une BO composée par Arcade Fire et Owen Pallett qui vient sublimer chaque scène où elle fait son intrusion et une chanson de Karen O qui vous donnera envie de pleurer toutes les larmes de votre corps quand vous sortirez de la salle et vous obtenez pas moins que le meilleur film de 2014 (pour le moment).

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