Dallas Buyers Club : osez vivre !

Avec ces mois d’hiver fastueux au niveau cinématographique, il m’était impensable de rater le nouveau film de Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y, Café de Flore), déjà couronné de nombreux prix: Dallas Buyers Club. Un peu passé inaperçu au milieu des traditionnels blockbusters et des films à grosse promo, ce film vaut largement le détour.

En réalité, je l’attendais depuis novembre dernier (date de sa sortie aux Etats-Unis), et je me suis littéralement jetée dessus lors de son arrivée dans nos salles françaises. Dallas Buyers Club, ce n’est pas franchement un film à gros budget (les acteurs ont dû y mettre de leur poche pour boucler le projet): il fait partie de la jolie famille des films indépendants. Un mot qui fait peur – on s’attend toujours à voir une succession de scènes en noir et blanc, au ralenti, sur une musique de violon, portée par quatre répliques absurdes pendant 2h45 – mais qui annonce ici une merveilleuse pépite.

Mais reprenons du début: Dallas Buyers Club, c’est l’histoire vraie de Ron Woodroof, un cowboy texan passionné par le rodéo, la drogue et les filles, homophobe jusqu’au bout des ongles – mais quand même un peu sensible – qui va être diagnostiqué séropositif au VIH – et non, ceci n’est pas un pléonasme, mais je vous éviterai le cours d’immunologie que vous pourriez trouver barbant – et à qui les médecins donnent 30 jours à vivre. Joyeux comme sujet ! me direz-vous, las de ces films glauques sur la maladie et la mort. Eh bien détrompez-vous, jeunes désabusés ! Car Dallas Buyers Club, c’est avant tout une histoire de courage, de combat pour la survie bref, une histoire héroïque. Quand Philadelphia parle du SIDA sous un angle dramatique, Dallas Buyers Club mise sur des valeurs positives, sur le pari de vivre et sur l’espoir. En effet, Woodroof va se lancer dans le trafic de certains médicaments, interdits dans les Etats-Unis sclérosés des années 1980, et créer un club – le Dallas Buyers Club, donc – qui, moyennant abonnement, pourvoit aux malades les soins nécessaires. Aidé dans cette entreprise par un transsexuel toxicomane – la flamboyante Rayon – il va se lancer à corps perdu dans ce combat pour l’accès aux soins. De la sensibilité, du courage, de l’entraide, de l’amitié, de la vie – point de choses trop négatives ici, somme toute. Le réalisateur québécois Jean-Marc Vallée offre, avec ce film, de l’émotion à l’état pur, des héros à vif, qui font le choix de s’en sortir alors que toute la société les a condamnés. C’est véritablement un film magnifique, qui exhale un souffle positif et qui redonne – un peu – foi en l’espèce humaine. Il mérite bien ses six nominations aux Oscars !

Rayon (Jared Leto) et Ron Woodroof (Matthew McConaughey)

En plus de cette histoire prenante, ce serait une faute impardonnable que de ne pas parler des performances exceptionnelles délivrées par ses acteurs: Matthew McConaughey (Ron Woodroof), Jared Leto (Rayon) et Jennifer Garner (Dr Eve Saks). Notons d’abord que pour les besoins du film, Matthew McConaughey a perdu 20 kg pour n’en peser plus que 60, et Jared Leto a fait de même (en trois semaines seulement !) pour n’en peser plus qu’une cinquantaine – d’où ses jambes magnifiques qui feront pâlir de jalousie pas mal de filles. McConaughey est saisissant dans son rôle et embrasse à la perfection la psychologie du personnage – mais aussi son physique, et son accent texan à couper au couteau. Il a d’ailleurs reçu le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique, et il est en lice pour les oscars. De son côté, Jared Leto (qu’on n’avait pas vu sur les écrans depuis 2009 avec le magnifique – que dis-je ! l’extraordinaire – Mr. Nobody) est absolument bouleversant en transsexuel sarcastique et pétri de bonté, n’entrant jamais dans la caricature mais restant toujours dans la justesse et la sensibilité. Après son Golden Globe de meilleur acteur dans un second rôle, il semble bien parti lui aussi pour les Oscars (et comme il le mériterait !). Enfin, Jennifer Garner est parfaite dans son rôle de médecin qui croit de tout son cœur en Woodroof mais qui est dans l’impossibilité de l’aider – par des moyens légaux en tout cas.

Ce film est donc une merveilleuse gemme, un concentré d’émotion, une très belle œuvre portée par des acteurs lumineux bref, on le quitte avec une furieuse envie de vivre ! Et comme le chantent Marc Bolan et T-Rex dans la jolie bande-originale : Strange, strange, life is strange

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