Le marronnier : l’arbre préféré de la presse ?

Il est 20 heures, vous vous installez devant votre télé pour regarder les infos, histoire de voir ce qu’il se passe dans le monde. Parce que bon, s’informer, s’est important après tout. Le générique à la musique stressante prend fin, le journaliste vous salue, avec un ton grave comme s’il allait annoncer la fin du monde. Le suspens, quel titre fait l’actualité aujourd’hui ?

Don Emmert / AFP

« Ce soir, nous parlerons de la neige qui vient perturber la France », « les soldes commencent demain, les grands magasins se préparent ! »

Tiens, ça faisait longtemps… on ne serait pas en hiver, par hasard ?

Et bien si justement. C’est ça, l’hiver… la neige, les soldes, les régimes avant l’été pour vous la péter sur la plage avec un corps de rêve… Ils reviennent tous les ans, ces sujets. Et ils sont partout, presse écrite, télé, radio, web… personne n’y échappe. Surtout pas nous, d’ailleurs.

« Demain c’est le jour de la Saint-Valentin, quelques idées d’achats pour votre partenaire… », « les vacances d’été approchent, c’est le moment pour de nombreuses familles de faire ses bagages »

Dans le jargon de la presse, on appelle ça les marronniers. Des sujets qui reviennent tous les ans à la même époque, le genre de sujet que tout le monde se refile en conférence de rédaction parce que personne n’en veut. Ça fait trois fois qu’on parle de Noël, de la rentrée scolaire et de la fête des mères alors on essaie de passer tout ça au petit nouveau. Parce que trouver un angle original pour ce genre de sujet s’avère encore plus difficile que de faire une dictée de Bernard Pivot sans faute d’orthographe.

Et nous, lecteurs, auditeurs, spectateurs, on nous rabâche les oreilles tous les ans. La neige ? On sait, c’est froid, les transports sont ralentis, les enfants jouent dans le parc car les écoles sont fermées et c’est vraiment énervant parce qu’il faut trouver quelqu’un pour les garder. On sait tout ça. Quand les intempéries deviennent importantes, à ce moment là en parler c’est normal… mais nous répéter tous les ans que la DDE (Direction Départementale de l’Équipement) va mettre du sel sur les routes ou que les aéroports vont fermer… pourquoi ?

« Vieux comme le monde »

On citait tout à l’heure l’exemple des « régimes-à-faire-absolument-avant-l’été-sinon-vous-paraitrez-gros-à-la-plage » sujet dont on nous reparle tous les ans. On peut éventuellement envisager un tel sujet dans la ligne éditoriale d’un magazine féminin, des idées de régimes originaux dans une rubrique « Bien être et beauté », ce n’est pas impensable. Même si ça nourrit les clichés de la presse féminine, je le conçois. On pourrait débattre des heures sur la pression sociétale sur notre apparence physique qui voudrait qu’en été, on soit tous beaux et minces… Vaste sujet, effectivement. Non, ce qui embête le plus c’est de voir ça dans des journaux d’actualités, des quotidiens nationaux qui sont de grandes rédactions d’actualité économico-politico-sociale, parfois culturelle. Mais pas le régime pré-estival, quoi. Ils se permettent de faire tout un dossier de cinq papiers en donnant des conseils santé pour « préserver votre joli épiderme », « manger équilibré et même des conseils pour « passer de bonnes vacances sans prises de tête ». Un petit marronnier à la Voici

Mais pourquoi continue-ton donc à faire des marronniers ? Parce que ça marche, figurez-vous. Dans la Presse Quotidienne Régionale (PQR) par exemple, ça fait partie des articles les plus lus. Comme les faits divers. Parce que même si les médias, surtout papier, sont en pleine révolution devant l’explosion du numérique, il y a des choses qui ne changent pas. Parce que le lectorat aime parfois lire des sujets qui le touche de près et qui ne traitent pas de politique, de guerre, de meurtres ou de catastrophes naturelles. Alors on râle parce qu’on nous parle toujours de la même chose tous les ans, on sature. Mais eut-on vraiment les blâmer ? Pas si sûr…

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