Viva Pâtàmâch, la propagande mâchée

Et si les chewing-gums pouvaient résoudre le problème de la famine sur notre petite planète bleue ? C’est à cette question assez étrange que la bande dessinée Viva Pâtàmâch! tente de répondre. Le scénariste Jean-Louis Capron et le coloriste et dessinateur Patrice Killofer nous immergent dans une ville que l’on pourrait qualifier d’extraordinaire.

201310-patamach_cRoseville n’est pas l’acteur principal, mais plutôt les figures roses qui animent les rues, colorent les murs, nourrissent les habitants mais gare aux caries. On fait des bulles mais il arrive de voir des enfants jouer à la corde à sauter avec la pâte-à-mâcher et des hommes en boire dans un bar. Tout est là pour glorifier la couleur de Jésus (oui, c’est en effet le cas) mais ici elle représente Rosemou, cet homme que l’on voit sur toutes les affiches avec son sourire large et dont le nom se tait sur chaque bouche. On le découvre en chair et en os après avoir fait la rencontre avec la famille du jeune Roger.  C’est la parade, Rosemou fait ce discours qui frise la paranoïa et provoque des sourires sournois. Il voit des prêcheurs, sollicite la prudence de ses concitoyens car l’invention de sa pâte-à-mâcher ouvre les portes d’une nouvelle ère. Vient la diffusion d’un film, Zanzan, plus fort que la jungle.

Ce court métrage animé par un Tarzan aux cheveux blonds révèle l’étendu du pouvoir de ce grand visionnaire qui domine ce monde tout rose nommé Rosemou. Le cinéma a un arrière-gout  de propagande. Le spectateur est diverti, ne se pose aucune question – mission réussie – tandis qu’à ce même chapitre une ombre plane. Un homme vêtu de noir, aux lunettes teintées tente de forcer une porte. Que veut-il ? Troubler cette utopie ?

Ce n’est qu’à travers la vie du jeune Roger que l’on découvre les terribles secrets de la pâte à mâcher que tous mastiquent en profusion. Il ne montre aucune animosité envers Rosemou, s’offusque quand sa mère médit ce visionnaire, il arrivera même pour certains d’être arrêtés car la liberté d’expression a ses limites. Le culte de la personnalité est vraisemblablement en marche. Roger ne s’en soucie guère. Son désir de résoudre le problème des saveurs combinées l’enferme dans sa bulle (si je peux me permettre le jeux de mot). Il y réussira, prendra sa place près du grand Rosemou. Mais par un soir, une intrusion va mener le doute dans son esprit. Sa vie va vite être bousculée.

patamach02Il est inévitable de penser aux différentes dictatures qui ont marqué le XXème siècle. Le culte de la personnalité de Rosemou est similaire à celles entreprises par Hitler ou Staline. Les différentes affiches comme « Il est beau, il est gentil, mais est-il patriote ? » nous rappellent la période avec un État Français gouverné par Pétain qui tendait à dénoncer les résistants et à haïr les juifs (similaire aux hygiénistes qui sont méprisés pour pointer du doigt le danger de la pâte à mâcher pour l’hygiène buccale). Viva Pâtàmâch! est baigné dans de multiples références historiques, voire littéraires. La Ferme des animaux de George Orwell en est le parfait exemple. La figure de Rosemou est semblable à un cochon, cet animal qui est Napoléon dans l’œuvre du britannique (notons que son œuvre est une satire de la dictature de Staline). On peut se rappeler l’épisode biblique de Moïse qui, après la découverte de ses origines, revient libérer le peuple juif, comme Roger qui après sa mésaventure et la découverte des secrets de Rosemou va chercher à révéler les dangers de la pâte à mâcher. Ces dangers sont plus terribles que les caries ou une hygiène buccale désastreuse. Certains ont perdu leurs dents, leur peau est infestée de tâches roses. Derrière ces méfaits peut-être trouverons-nous, en parallèle, une critique de notre propre mode de consommation, de l’agriculture intensive infesté de pesticides? L’idée n’est pas à omettre.

Viva Pâtàmâch! est une belle bulle rose agrémentée d’un humour caustique et délirant. Qui n’aurait pas envie de mâcher ce drôle de chewing-gum capable de former des visages ou des cœurs pour sa bien-aimée ? Plonger dans cette bande dessinée vous procura un réel plaisir gustatif et visuel. Le rose lui va si bien.

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