Nuit Fauve au Bataclan

Crédit photo: FauveCorp

Mercredi 05 février, Bataclan à Paris. Bien sûr il y avait du monde, la salle était jolie, les bières pas très bonnes et la setlist imparfaite, mais ça c’est pas très important. La vérité c’est que quand je suis sortie du Bataclan je savais pas comment en parler, je voulais garder ça pour moi, moi et mon émotion subjective étrange et paralysante. Je suis incapable de dire précisément ce qu’était le concert de Fauve avec d’autres mots que « espoir » et « cohésion », et tous ces mots qui ne suffiront jamais à parler comme j’aimerais. Les gens autour de moi si je les avais croisé dans la rue je les aurais détesté, je les aurais regardé et j’aurais fini par me dire « évidemment c’est les gens ça peut pas marcher ». Pourtant je le jure c’est ce que Fauve a réussi, je sais pas comment c’est ineffable, ça relève du mystère absolu, réunir des gens qui s’aiment pas et en faire quelque chose. Faire en sorte que juste avant de m’endormir, pendant ces quelques secondes de dérapage avant de fermer mes yeux, il y avait quelque chose d’insaisissable, de beau.

C’est convenu c’est évident c’est facile d’être Fauve de parler avec des mots que tout le monde comprend, d’être un petit con de Versailles ou tout ce qui y ressemble et d’avouer qu’on est pas heureux qu’on est perdu que c’est compliqué. Non, c’est pas facile. C’est pas facile de se planter là devant son micro et d’admettre qu’on est pas toujours capable, c’est pas facile d’être avec les autres, c’est pas facile d’exposer tout ça là devant tout le monde en espérant que peut être on est pas seul avec nos neurones en guerre et nos nerfs flippés. Fauve le fait, et ça fonctionne, parce qu’ils sont aussi impressionnés que nous, de ce qu’ils sont en train de faire, de pouvoir nous parler de pas être tout seuls. Alors quand ils nous disent merci après chaque morceau, je reconnais le merci du timide qui a peur à la boulangerie comme en boite, au service administration, en appelant la banque et toutes ces conneries, et je le crois moi leur merci, parce que je le connais bien.

Je suis allée au Bataclan et je me suis faite engueulée par un collectif de mecs normaux limite mal sapés qui ont décidé que tout allait bien se passer. Le phrasé du chanteur c’est une première baffe dans la gueule, un « réveille-toi ou j’appelle le samu » lancé au public, à nous. Et puis viennent les parties chantées, un peu fausses et maladroites, les plus intenses, celles qui décollent comme des plaintes, des suppliques reprises en choeur par le public, à chaque fois, sur 4000 îles, Rub a Dub, Infirmière et toutes les autres. Je sais toujours pas comment l’écrire, je voudrais écrire une vibration mais c’est impossible, je parle de cette fébrilité touchante du « voyou », un truc un peu idiot, quelque chose de très joli que la salle entière a ressentie.

Les accords de guitare sont simples et directs, le chanteur oublie ses mots, bouffe ses mots, le guitariste est en transe, il ferme les yeux, et nous on est là on est ensemble quand pourtant c’est compliqué d’être ensemble. Ce concert c’est des gens pas beaux qui partagent sans s’en rendre compte un truc qu’ils ne comprennent pas, il y a ceux qui sautent partout comme des gamins sans patience et ceux qui ferment les yeux et qui bougent pas, de peur de casser quelque chose et de perdre un morceau de cette intensité extraordinaire, sublime. C’est un concert en forme de grand bordel, parce qu’on avait attendu toute notre vie de comprendre deux trois trucs sur ce qu’il fallait faire alors qu’en fait c’est loin d’être important. Voila à quoi ça sert Fauve, voila à quoi ça sert de reprendre tous ensemble des « haut les coeurs » gueulards en tapant sur le sol d’être des animaux en transe de lever son poing sur Loterie, de s’accorder une larme sur Kané comme un truc simple et salvateur. Le concert s’achève sur Blizzard, le public entier réclame Blizzard, pour qu’on nous offre cette toute petite occasion cette parenthèse foudroyante de crier « va te faire enculer », comme un mantra que répète inlassablement un cœur tout entier, même quand les lumières se sont pourtant rallumées.

Oui évidemment c’est tellement subjectif mais je suis persuadée que c’est ça la musique, c’est tellement difficile de raconter, de dire, on peut pas penser que c’est simple. Alors je ferme mes yeux sur chaque morceau, parce que c’est personnel, parce que c’est difficile. Fauve a ramassé quelques mots qu’on savait plus prononcer, ils nous les ont donné et maintenant on peut dire « pardon excuse moi », on peut dire « j’ai besoin de toi » avec un peu moins de frissons et d’angoisses, je peux appeler la banque parce que ça va aller, on va y arriver.

A Marine.

 

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