Le Vent se Lève : un ultime voyage avec Hayao Miyazaki

Le Vent Se Lève raconte la véritable histoire de Jiro Horikoshi, le créateur de l’avion zéro, soit la machine utilisée par les japonais lors de l’attaque de Pearl Harbor durant la seconde guerre mondiale. On observe le jeune ingénieur rêveur et naïf dans un Japon dévasté par les catastrophes naturelles et la crise économique. Epris d’innovation, le jeune héros va s’affirmer aux côtés de la belle Nahoko, une jeune fille qu’il avait aidé durant sa jeunesse et dont il est toujours follement amoureux. Mais autant dans son travail qu’en amour, Jiro comprendra vite que rien n’est simple….

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Devant ce synopsis aux couleurs sombres, nous pourrions nous attendre à un film controversé, valorisant le créateur d’une machine de guerre. Mais ce serait mal connaître Hayao Miyazaki. Pour son ultime long-métrage d’animation, le grand réalisateur nous offre une œuvre historique, dure, mais pourtant d’une poésie et d’une beauté immense et surtout bouleversante. Pacifique jusqu’au bout, il fait de Jiro un doux inventeur qui ne rêve que d’avion et de beauté technique. La guerre, les conflits et l’argent ne l’intéressent pas. Lui, ce qu’il veut, c’est voir ses créations voler, et il y met autant d’âme que n’importe quel artiste.

Mais au delà du portrait de ce héros, se cache surtout le portrait terrifiant et réaliste du Japon de l’époque, pauvre, en retard au niveau technologique et en proie à un séisme dévastateur. Cette scène est d’ailleurs l’une des plus spectaculaire du film. Miyazaki a su y ajouter une dose dramatique grâce à un jeu inédit avec les sons : chaque bruitage du séisme de Tokyo est fait avec la voix et la bouche. Comme si la Terre grondait, littéralement. Miyazaki est réputé pour son engagement écologique, et cette touche est une piqûre de rappel pour ses plus grands fans. Sans oublier sa collaboration avec Joe Hisaichi, son fidèle compositeur, qui nous offre une BO aussi magnifique qu’émouvante. Encore une fois, les passionnés ne seront pas dépaysés.

Pourtant, ce film est différent des autres. Notamment grâce (ou à cause, au choix) de ses personnages. Jiro est le personnage principal le plus réaliste et humain de tous les Miyazaki confondus. Réaliste, car imparfait. C’est un homme plutôt sérieux, renfermé, ambitieux et parfois égoïste. Il place sa passion avant tout le reste. Malgré ses bons sentiments et sa gentillesse, il ne saura jamais se séparer de son rêve, pour lequel il est capable de tout sacrifier, même le bonheur de ses semblables. Nahoko est aussi singulière, puisqu’elle est bien plus discrète que tous les autres personnages féminins chez Miyazaki. Le réalisateur est pourtant connu pour ses personnages féminins très affirmés, souvent très valorisés, car courageux et héroïques. Mais ici, Nahoko est surtout la béquille de Jiro, sans elle il ne serait rien, mais elle n’existerait pas non plus sans lui. Seule la petite sœur de Jiro semble correspondre aux habitudes du réalisateur, avec son fort caractère et ses répliques comiques (les plus attentifs remarqueront d’ailleurs sa ressemblance avec Ponyo, autre héroïne de Miyazaki). Enfin, même si c’est un thème souvent abordé par le réalisateur (notamment dans le trop peu connu Porco Rosso), les avions ont le rôle principal dans ce film. Ils sont partout : au travail de Jiro, dans ses rêves, dans les airs, sur terre, sur mer. Ils explosent, ils parcourent les nuages. Ils sont fait de bois ou de métal. Sachez-le : Le Vent se Lève est bien plus technique, car historique. Mais ne vous laissez-surtout pas décourager par la présence importante de ces engins : sous le coup de crayon de Miyazaki, ils deviennent éblouissants.

Ce dernier film du grand maître de l’animation est donc plus sombre, mais reste d’une grande beauté, avec des personnages complexes mais toujours attachants.

L’ingénieur Caproni, le héros de Jiro, déclare dans le film « une vie de création ne dure que dix ans ». Et, après plus de 10 ans de travail acharné, Hayao Miyazaki nous a offert ici un magnifique dernier vol.  Une page se tourne donc dans le monde de l’animation. Mais comme le répètent si bien les personnages du film comme un éternel refrain : « Le Vent se lève ! Il faut tenter de vivre ».

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