Sur un chemin périlleux…

Peut-être l’avez vous raté puisque qu’il n’est presque plus en salle, je vous parle aujourd’hui du touchant documentaire de Pascal Plisson, « Sur le chemin de l’école ». Quatre enfants, d’horizons différents, de cultures différentes mais avec un but commun : aller à l’école. Le sujet pourrait nous paraître bien peu pertinent et quelque peu soporifique. Cependant, il n’en est rien ! Avec peu de défauts troublants, le film de Pascal Plisson est simplement réalisé, mais très efficace ! Peut-être changera-t-il des vies !

La savane au fin fond du Kenya, les montagnes de l’Atlas marocain, la baie du Bengale en Inde et enfin les plaines de Patagonie argentine. Voilà le tableau, de petits coins de paradis, qui relèvent pourtant d’un difficile quotidien pour nos protagonistes. Ainsi, le film débute au Kenya puis se poursuit au Maroc, en Inde, en Argentine pour ensuite revenir au Kenya, ainsi de suite. Le but étant de nous faire découvrir leur voyage étape par étape. Le concept de Plisson marche ! Le spectateur s’évade donc différemment et peut plus particulièrement apprécier la réalisation, qui ne tombe alors pas dans le catalogue touristique, comme nous aurions pu le craindre.

L’opinion diverge quant au titre de « documentaire » donné pour un tel film. En effet, les histoires sont réelles et ont bien été tournées aux quatre coins du monde. Cependant, les dialogues ôtent presque l’attribut de documentaire que l’on donne au film. Même si le mal-être apparent des « acteurs », qui n’en sont en fait pas, est bien visible, la réalisation conserve son charme justement grâce aux échanges. Certains, il est vrai, auraient pu être supprimés pour davantage alléger le film, mais ce détail est quasiment le seul défaut notable.

Alors, la première étape consiste à nous faire découvrir le milieu de vie de quatre petits perdus dans un monde immense. Prières, repas, coutumes, habitations, relations familiales, le décor est planté, pour imposer la découverte, bien nécessaire, de quelques civilisations aux spectateurs.

Les relations familiales et amicales sont particulièrement importantes. Le film manifeste le fait que dans la difficulté les entraides sont omniprésentes au sein des foyers. Leur force de caractère et leurs sourires sont sûrement les conséquences de cette complicité avec la famille mais aussi avec les amis. Ainsi, chaque génération est prise en compte : nous découvrons les relations familiales ; parents, grands-parents et surtout frères et sœurs. Cette relation fraternelle unique témoigne de la force des sentiments qui se développent à travers le film. Puis, les relations amicales ; un soutien mutuel, avec des amis qui évoluent dans les mêmes conditions. Les relations sont donc loin d’être mises à l’épreuve. Alors, autour des quatre protagonistes, Micaela, Salome, Zineb, Noura, Gabriel et Emmanuel sont le moteur de leur volonté et de leur courage.

Puis, le cadre est somptueux ! La chaleur de la dangereuse savane, l’enclavement des montagnes, la fraîcheur de l’altitude, la baie calme, les herbes hautes des plaines, le soleil levant ; chaque plan silencieux sur ces paysages est une délivrance, un profond bonheur, quelque chose d’unique qui nous fait ressentir la beauté du pays. La nature est alors mise à l’honneur, pour notre plus grand plaisir, tant elle est sublime et se démarque de nos paysages monotones !

Toutefois, le long-métrage a quelque chose de plus profond. La réalisation captive, sensibilise et fait prendre conscience d’un fait grave dans le monde : la dure accessibilité de l’école pour certains jeunes. Ainsi, le spectateur s’attache grandement à cette jeunesse qui, malgré la difficulté de l’apprentissage, redouble d’effort pour parvenir un avenir meilleur et davantage libre. Le réalisateur français délivre un message délicat à la fois aux adultes mais aussi aux enfants qui, par le biais de ce documentaire, aperçoivent la chance inouïe qui leur est procurée. Une vraie leçon de morale !

Un mot sur la musique, bien entendu, qui rythme brillamment le film. Laurent Ferlet n’est autre que le compositeur de cette musique intéressante qui fait progresser le documentaire, tout en maintenant l’émotion. Le chant est également présent ; un chant d’enfants, magiquement interprété, qui fait frissonner à outrance.

Les acteurs ne nous sont pas familiers ; un changement plaisant. Nous ne les connaissons que sous les noms de Jackson, Zahira, Samuel, Carlos et savons simplement qu’ils font preuve d’un extrême courage pour parcourir deux, trois ou quatre heures de chemin semé d’embûches, chaque matin pour rejoindre leur école. Mais si seulement il n’y avait que cela ! Courageux ? Surtout pour d’autres raisons, oubliant la distance, certes subjuguante. Qui iraient traverser la savane, ou pousser le fauteuil roulant de son frère à travers des contrées inhabitées ? Là est la sensibilité du film, la parfaite osmose entre l’acteur et le spectateur, et même la compassion de ce dernier à l’égard d’actions insurmontables dans notre monde. Les petits ne jouent pas un rôle mais vivent pour nous ouvrir les yeux, ils parlent de façon attachante, et restent souriants malgré les épreuves. Leur vie est un exemple, ce que Plisson a voulu exprimer. Je vous conseille donc de ne plus tarder pour aller voir cette merveille, si ce n’est pas encore fait ! La réalisation n’est pas parfaite, mais mérite le déplacement ! Vous en sortirez grandi et davantage vivant peut-être. En quelques mots : une ôde à la vie !

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