Quai d’Orsay, le film français qu’on n’attendait plus

Quai d’Orsay est le dernier film de Bertrand Tavernier, adapté de la bande dessinée éponyme de Christophe Blain et Abel Lanzac parodiant plus ou moins la préparation du fameux discours de Dominique de Villepin (alors ministre des affaires étrangères) du 14 février 2003 devant le conseil de sécurité des Nations Unies en opposition à la guerre en Irak.

Synopsis:

Alexandre Taillard de Worms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares… Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates.

Ce film est une petite bombe dans le cinéma français qui fait plaisir à voir, car des comédies drôles et intelligentes ou des adaptations de BD réussies, on n’en n’a pas tous les jours en France.

Bertrand Tavernier est un grand réalisateur français mais qui ne s’était jamais approché du genre de la comédie. Grand bien lui a pris de tomber amoureux de cette BD hilarante et extrêmement bien documentée, puisque sous le pseudonyme de l’auteur Abel Lanzac se cache l’ancien diplomate Antonin Baudry qui fût conseiller de Dominique de Villepin à l’époque où il était ministre au fameux quai d’Orsay.

Le film est réussi car les dialogues ont été écris par une personne qui les a entendu pendant des années mais aussi car l’auteur (qui co-scénarise le film avec Tavernier) est doté d’un humour à la fois féroce et absurde. On n’est jamais très loin  des comédies politiques anglo-saxonne (je pense à In The Loop notamment), il y a ce qu’il faut d’intelligence, d’impertinence, de débilité mais aussi de sérieux pour que les dialogues soient savoureux et nous arrachent des rires quasiment à chaque réplique.

Mais des bons dialogues impliquent des bons personnages, ce qui est le cas ici. Thierry Lhermitte retrouve sa superbe d’antan en ministre des affaires étrangères se rêvant poète, citant Héraclite ou Hergé pour sauver la France des crises mondiales, il est juste brillant. Il arrive à la fois à faire passer toute l’intelligence, l’énergie mais aussi la folie d’un personnage bigger than life, qui change d’avis toutes les 30 secondes, doit composer avec 5 crises internationales en même temps mais capable de piquer des crises de 2h sur ses stabilos. Je peux me tromper mais ça sent la nomination aux Césars tellement son interprétation en roue libre est jubilatoire et réussie.

Pour faire face, le jeune mais néanmoins talentueux Raphaël Personnaz (révélation de l’année avec 4 films au compteur en 2013), porte très bien l’histoire. Son personnage, brillant mais un peu paumé au milieu de cette machinerie étouffante qu’est le quai d’Orsay permet parfaitement aux spectateurs de comprendre les rouages de cette administration complètement délirante et pourtant si nécessaire à la France.

La galerie de personnages secondaires vient parfaitement compléter ce casting décidément de charme avec un Niels Arestrup hilarant dans un personnage de mentor complètement déconnecté et à mille lieues de ses rôles habituels, Thierry Frémont toujours aussi bon, une Julie Gayet  aussi sexy que perfide ou encore la pétillante Anaïs Demoustier dans le rôle de la copine et opposante politique.

A tout cela vient s’ajouter la mise en scène de Tavernier, très inspiré par le côté cartoon (ce n’est pas une adaptation de BD pour rien) et improbable de cette administration haute en couleur. Le travail sonore et le montage joue beaucoup dans la réussite du film, se permettant plusieurs running gag dans la pure tradition du comique absurde anglais (on est vraiment pas loin des Monty Python par moment). La photographie assez chaude montre bien le décorum immense des bureaux (souvent filmé dans les lieux réels, que cela soit au ministère ou à l’ONU).

Tavernier par sa réalisation arrive très bien à retranscrire le sentiment de perdition du héros devant le gigantisme de l’institution mais aussi de toutes ses arcanes, plus ou moins secrètes et nous livre un film qui sonne vrai malgré son côté comique et absurde.

En bref, Quai d’Orsay est une réussite totale et l’un des meilleurs films français de l’année. Pour peu que vous vous intéressiez un temps soit peut à l’actualité ou à la politique, ou que vous soyez client de comédie autres que les simples parodies débiles ou les confrontations nord/sud et bourgeoisie/banlieue (non je ne vise personne), courez voir Quai d’Orsay qui prouve qu’un vrai cinéaste et un bon scénario 100% français, ça peut donner d’aussi bonnes comédies que de l’autre côté de la Manche ou de l’Atlantique.

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