L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Spivet : une nouvelle prouesse pour Jean-Pierre Jeunet

T.S Spivet est un petit garçon bien particulier : alors que son frère jumeau s’amuse à colorier des personnages sur une feuille de papier, lui préfère calculer les proportions des membres de ceux-ci, leur rapprochement physique et la fréquence potentielle de leur regard. Ce jeune garçon d’apparence banal et qui rêve d’être inventeur cache d’immenses talents. Mais également de grands secrets, surtout depuis la mort de Layton, son fameux frère jumeau, après un accident. Le jeune garçon, déjà mal dans sa peau, se sent abandonné par sa famille qui ne le comprend pas. Entre son père cow-boy dans l’âme, sa mère plus passionnée par les insectes que par les démonstrations affectives et une sœur un poil superficielle, T.S ne trouve pas sa place. Il décide de partir seul pour Washington, où il doit recevoir un prix pour une de ses inventions qui pourrait révolutionner la technologie. Commence alors un voyage initiatique haut en couleur…

TS Spivet

On connaît Jean-Pierre Jeunet pour Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et son univers parisien fantasque et ses répliques devenues cultes. On l’apprécie pour son amour du détail, avec ses scénarios compliqués mais accessibles, ses répliques poétiques, ses décors rétro et colorés. Avec l’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Spivet (ou T.S Pivet pour les intimes), on a le bonheur de retrouver ce réalisateur de talent au sommet de son art. On change ici de décors: on quitte la capitale française pour un ranch perdu au fin fond des Etats-Unis, dans l’Etat du Montana. Comme à son habitude, le réalisateur et scénariste nous offre des personnages plus loufoques les uns que les autres. Tous semblent venir d’un autre monde, ils sont isolés du reste de la civilisation, comme s’ils étaient restés dans le passé où le sud des USA est encore peuplé de cow-boys. T.S, lui, est en décalage avec cet univers. Passionné de technologie et d’inventions, il rêve d’avenir, voit plus loin, plus grand. Coincé entre ses ambitions et sa famille aux allures vintages et atypiques, le jeune garçon ne trouve pas sa place. Tout au long du film, il est impossible de ne pas s’attacher à ce jeune garçon, le petit génie, ainsi on l’observera d’un œil attendrissant fabriquer sa machine à rotation perpétuelle. Durant son road-trip dans tout le pays, T.S se découvre, découvre le monde coloré et parfois cruel et sort de sa bulle familiale pour mieux s’affirmer. On observe avec émerveillement chaque personnage s’éveiller ou se réveiller grâce à la véritable épopée du jeune inventeur.

En plus de cette histoire touchante, Jean-Pierre Jeunet a su mettre toutes les chances de son côté pour réaliser son histoire fabuleuse. Il a su s’entourer des meilleurs, avec notamment Helena Boham Carter, méconnaissable dans le rôle du Dr Clair, mère de T.S tendre, maternelle et tout de même un peu décalée. Sa performance ressemble à son rôle dans Charlie et la Chocolaterie, tout en y apportant une pointe d’humour et d’extravagance qui caractérise l’actrice. Judy Davis nous offre aussi un jeu excellent dans son incarnation de la « méchante » de l’histoire, avec des répliques délicieusement acerbes et provocatrices qui donnent du rythme à l’histoire. Enfin, le gros point fort de ce film réside surtout dans son aspect visuel. L’usage de la 3D est parfaitement maîtrisé et ajoute un vrai plus au film qui est déjà esthétiquement très beau. En incluant des dessins, des plans rapprochés, des encadrés, des « collages numériques », le film en devient presque interactif et capte le spectateur pour ne plus jamais le lâcher. Cette prouesse graphique est encore plus valorisée par un script toujours bien écrit et harmonieux, et une bande-son qui colle parfaitement à l’atmosphère générale.

L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S Spivet est donc un véritable coup de cœur et à ne manquer sous aucun prétexte.

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