Le Majordome : syndrome de la machine à Oscars

Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des États-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme, il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale.
À la maison, sa femme, Gloria, élève leurs deux fils, et la famille jouit d’une existence confortable grâce au poste de Cecil. Pourtant, son engagement suscite des tensions dans son couple : Gloria s’éloigne de lui et les disputes avec l’un de ses fils, particulièrement anticonformiste, sont incessantes.
À travers le regard de Cecil Gaines, le film retrace l’évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l’assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des « Black Panthers », de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l’intérieur, mais aussi en père de famille…

Ce film va gagner des Oscars. Ce n’est pas une prédiction mais une affirmation. Malheureusement, c’est dans le mauvais sens du terme que je l’affirme.

Le Majordome est une machine à Oscars, un film taillé pour plaire aux votants. Inspiré de faits réels, film d’époque, film mêlant l’histoire à l’Histoire, film sur les conflits raciaux et traitant d’une des questions politiques primordiales du XXe siècle… Bref tous les poncifs clichés hollywoodiens passent à la moulinette du film de Lee Daniels.

Cette histoire d’un homme de l’ombre ayant vécu plus de 40 ans d’évènements politiques dans les coulisses de la Maison Blanche avec son point de vue personnel aurait pu être passionnante. « Aurait pu » car les scénaristes à force de vouloir tout raconter de sa vie de famille, de ses déboires avec ses fils, de son métier (avec les anecdotes qui vont avec) et en même temps livrer un cours d’éducation civique sur les droits des noirs se perd dans une soupe fade ou les mélodrames inutiles se mélangent aux moments historiques survolés. Le film jongle sans subtilité entre ses diverses couches et ne semble pas avoir fait le tri de ce qui semblait pertinent de raconter ou pas.

Le film voit tout simplement trop gros, on passe donc d’un président à l’autre, d’une décision politique à l’autre en faisant parfois des bonds de 5 ans voire plus ce qui finit par perdre le spectateur et à donner une impression de résultat bâclé.

De plus le film ne possède aucune mise en scène ! Alors oui, les costumes ou les décors sont très ressemblant aux originaux. Oui on met de la musique d’époque pour situer l’action, on maquille plus ou moins heureusement les acteurs pour les faire ressembler aux originaux mais tout ça pourquoi ?

Lee Daniels n’imprime aucune marque visuelle, il ne fait qu’illustrer son propos. Il filme ses acteurs dans des plans fixes interminables pour bien montrer les beaux décors mais ne donne aucune direction artistique à un film qui en avait pourtant bien besoin vu son sujet en or massif.

C’est plat, c’est académique, ça tente absolument tout pour sur-jouer les fortes scènes à émotion à grands renforts de trémolos dans la voix des acteurs et de violon pour bien nous expliquer que la scène est triste mais ça n’arrive pas à filmer correctement la vie exceptionnelle de cet homme.

En plus d’être classique et très souvent cliché lors des scènes de famille ou des scènes de persécutions raciales, il est complètement démago dans son propos (on passera le final cathartique de réconciliation). Le film donne l’impression que ce majordome a presque influencé la vie de la Maison Blanche et la politique raciale américaine alors qu’il n’était qu’un simple spectateur des évènements. Les évènements sont donnés en dehors de leurs contextes ce qui entraine des simplifications franchement désolante vu la complexité de l’Histoire.

Le film s’attarde aussi énormément (presque un tiers du film) sur le fils aîné du héros, qui va changer de bord politique pour défendre les droits des noirs comme nous changerions de chemise. On croise Martin Luther King, les bus de la liberté, les Black Panthers, Malcolm X, tout y est mélangé et quiconque ne s’intéressant pas à cette partie de l’histoire américaine sera complètement perdu.

D’ailleurs, Lee Daniels donnera toujours l’impression de traité le fils du héros comme le véritable héros de l’histoire, celui qui aura changé la donne alors que le majordome est présenté comme un homme à la limite de la lâcheté. Plutôt curieux vu comment le film est vendu.

Dernière critique sur le scénario et non des moindres, l’histoire est comme l’indique l’affiche inspirée de fait réels mais il est impossible de savoir à quel point le film romance l’histoire d’Eugene Allen, le véritable majordome. Cette rencontre fictive à la fin du film avec Barack Obama (en hors champ) est représentatif des problèmes du film: elle est lourde, maladroite et laisse perplexe quant au message que veut faire passer film.

Néanmoins, si l’histoire est mal traitée en plus d’être filmé sans aucune originalité, le casting est à sauver du naufrage.

Forrest Whitaker est impérial et magnifique, je pense pouvoir me mouiller en affirmant qu’il aura un 2ème Oscars les doigts dans le nez. Oprah Winfrey prouve après La Couleur Pourpre (hautement plus intéressant et émouvant sur le même sujet) qu’en plus d’être la papesse des médias elle est une excellente actrice (ça sent les nominations au moins), tout comme Lenny Kravitz qui est définitivement multitâche ! Pour les seconds rôles, on retiendra surtout Robin Williams dans le rôle d’Einsenhower, Jane Fonda troublante en Nancy Reagan, John Cusack hilarant en Richard Nixon (malgré le terrible maquillage), Alan Rickman toujours excellent en Reagan, Cuba Gooding Jr, Terrence Howard…

On regrettera juste le choix de James Marden, excellent acteur au demeurant, pour interpréter John Kennedy, pas crédible une seule seconde lui donnant plus des airs de minet que de président.

Pour conclure, Le Majordome fait partie de ces films dont on pouvait attendre beaucoup mais qui n’apporte presque rien car mis entre les mains de personnes n’ayant pas suffisamment de talent pour leur insuffler le souffle cinématographique conséquent. Un immense gâchis qu’on aurait rêvé de voir dans les mains d’un autre metteur en scène autrement plus talentueux que Lee Daniels.

3 réflexions au sujet de « Le Majordome : syndrome de la machine à Oscars »

    1. Même si le film traite du même sujet, j’ai beaucoup plus de doutes pour 12 years a slave. Les Oscars ne récompensent pas les meilleurs films mais ceux dont les studios ont réussi à les promouvoir. C’est une campagne politique, pas une compétition ou les qualités cinématographiques sont reconnus comme le festival de Cannes. Hors Le majordome est politiquement plus correct que 12 years a slave, l’histoire du premier est beaucoup plus connu aux USA que l’histoire du second. Et surtout, Le Majordome a derrière lui les frères Weinstein qui sont les meilleurs promoteurs pour les Oscars tandis que le film de McQueen est produit par des petites sociétés de production et distribué par Fox Searchlight, société produisant en grande partie le cinéma « indie US ». Et les Oscars ont historiquement toujours récompensé les films des gros studios. Mais j’espère de tout coeur que n’importe quel autre film gagnera, car c’est pas difficile de faire mieux.

    2. Les Oscars ne jugent pas la qualité cinématographique d’une oeuvre pour remettre des récompenses. C’est une campagne politique qui permet au studio de briller, par conséquent, la compétition est rude et surtout extrêmement injuste. Ici, le Majordome sera accompagné par les frères Weinstein, grands promoteurs à Oscars qui ont réussi à faire partir des films de très loin pour les emmener aux sommets (cf The Artist) tandis que 12 years a slave est produit par Fox Searchlight, société phare du « film indie US ». Historiquement, les Oscars ont toujours récompensés des films sortant des gros studios plutôt que du cinéma indépendant. Ajouter à cela que Le Majordome a l’air beaucoup plus politiquement correct, et que son histoire est beaucoup plus connu outre-Atlantique que celle de Solomon Northup et tous les ingrédients penchent en la faveur du Majordome. Après je souhaite de tous cœur que n’importe quel autre film gagne tellement ce film est mauvais.

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