Elysium à la sauce science-fiction américaine

Elysium n’est que le 2ème long métrage du surdoué réalisateur sud-africain/canadien Neil Blomkamp, fortement attendu au tournant par tous les fans de SF, puisque le 1er film du réalisateur: District 9 (sorti en 2009) avait fait l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma.

Avec un budget de 35 millions de dollars, le jeune prodige sorti de nulle part, parrainé par le nouveau pape d’Hollywood Peter Jackson, nous sortait un blockbuster intelligent, véritable satire sociale de l’apartheid ayant ravagé son pays d’origine. Avec peu de moyens mais beaucoup d’intelligence et d’audace, le réalisateur avait livré un film coup de poing, sans concession aux diktats des studios hollywoodiens, osant livrer un film violent, sombre, subtil. Avec une mise en scène relevant du found footage (fausse images de reportage ou de film perdu) complètement novatrice pour un film du genre et parfaitement adapté à l’histoire, le film avait détonné et rapporté pas moins de 200 millions de dollars.

Toujours privé de l’adaptation du célèbre jeu vidéo Halo, qu’il devait réaliser à la base, pour cause de problème avec le studio du jeu, Blomkamp a donc mis 4 ans à revenir avec un autre projet qui lui tenait à cœur: Elysium.

Synopsis:

En 2154, il existe deux catégories de personnes : ceux très riches, qui vivent sur la parfaite station spatiale crée par les hommes appelée Elysium, et les autres, ceux qui vivent sur la Terre devenue surpeuplée et ruinée. La population de la Terre tente désespérément d’échapper aux crimes et à la pauvreté qui ne cessent de ne propager. Max, un homme ordinaire pour qui rejoindre Elysium est plus que vital, est la seule personne ayant une chance de rétablir l’égalité entre ces deux mondes. Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, il hésite à prendre part à cette mission des plus dangereuses –  s’élever contre la Secrétaire Delacourt et ses forces armées – mais s’il réussit, il pourra sauver non seulement sa vie mais aussi celle de millions de personnes sur Terre.

Elysium est dans la continuité directe de District 9, Blomkamp continue de faire de la SF intelligente, s’attaquant après l’Apartheid aux problèmes des disparités de richesses des pays Nord/Sud et de l’émigration tout en nous proposant un spectacle visuel grandiose bourré d’action.

Mais si le résultat est plus que satisfaisant et extrêmement divertissant à regarder, il reste une petite déception par rapport à District 9.

Pour les bons points, il faut noter l’incroyable direction artistique du film. Il est d’une richesse visuel assez impressionnante, Blomkamp arrive encore une fois à inventer un monde futuriste cohérent et réaliste, pas si éloigné du notre à vrai dire. La station spatiale Elysium est juste magnifique, que cela soit ses extérieurs avec ses villas de milliardaires ou dans les entrailles avec un côté très Alien (cité en référence par Blomkamp lui-même).

Les véhicules volants, les armes, les robots policiers, les favelas de Los Angeles, absolument tout est détaillé et extrêmement travaillé, on a honnêtement du mal à voir les effets spéciaux tellement les images apparaissent réelles par moment.

Autre élément positif, le casting est génial malgré de nombreux rôles à contre-emploi. Si Matt Damon n’a plus rien à prouver dans le rôle du héros aux gros muscles, il assure parfaitement le boulot, donnant de la profondeur à un personnage pourtant classique (le héros malgré lui) tout en restant crédible. Diego Luna excellent acteur abonné aux seconds rôles fait aussi le job dans le rôle de l’ami de Max tout comme William Fichtner toujours abonné aux rôles de pourritures finies.

La demoiselle en détresse du film est campée par Alice Braga que je découvrais pour la 1ère fois sur grand écran et qui se trouve être une actrice très talentueuse en plus d’être charmante.

Mais là où le casting devient vraiment intéressant, c’est à propos des bad guys, pourtant proposé à des acteurs ayant l’image de « gentil ».

Car Jodie Foster qui se fait beaucoup trop rare au cinéma ses derniers temps n’est pas vraiment une abonnée des rôles de méchants. Et pourtant elle fait des merveilles dans ce rôle ministre de l’intérieur « va-t’en guerre » complètement folle, sadique et obsédée par le pouvoir. Elle s’en donne à cœur joie, en profite pour parler français et ça fait plaisir de la voir dans un rôle à la fois surprenant mais qui lui va très bien.

Mais la véritable surprise du film reste quand même le rôle de Sharlto Copley, découvert dans District 9 ou il interprétait un héros chétif, peu attachant voir limite agaçant. Ici, l’acteur sud-africain complètement sous exploité par Hollywood joue un assassin, véritable montagne de muscle complètement ravagé et psychotique, expert du meurtre sadique, du viol et de la torture. L’acteur est méconnaissable, limite bouffonesque dans son interprétation qui n’en n’est que plus glaçante.

On notera aussi une réalisation soignée et une BO accompagnant très bien les différentes scènes d’action.

Je reste aussi impressionné par la vision qu’offre son auteur de proposer un blockbuster (budget de plus de 100 millions de dollars), par conséquent un film devant avant tout rapporter de l’argent au studio et être le plus possible « grand public », extrêmement violent (le film est déconseillé aux plus jeunes) et politique.

Car ici, on est à 10000 lieues d’un Transformers, le réalisateur nous offre via cette histoire un portrait du monde actuel assez pertinent (notamment de la situation entre le Mexique et les Etats Unis).

Là où le bât blesse, c’est que le film propose un scénario extrêmement classique en comparaison de District 9. De nombreuses situations sont déjà revues tous comme les personnages qui sont parfois cliché ou unidimensionnel, les thèmes abordés sont moins subtils (les riches en haut et les pauvres en bas), le film est rempli d’incohérence quant à la psychologie des personnages et Blomkamp sacrifie parfois l’histoire au profit des scènes d’action (qui sont dantesques). C’est un peu dommage quand on connait le talent du bonhomme.

Le second problème est que Blomkamp réalise Elysium de la même manière que son précédent film alors que l’histoire est complètement différente. Dans District 9, la shaky cam (caméra à l’épaule qui donne un effet de reportage) ou l’usage des caméras de surveillance étaient justifié scénaristiquement par le fait qu’il s’agissait d’image d’archive, dressant le portrait d’un accident historique. Le film était intégralement un faux reportage, ce qui expliquait cette mise en scène si particulière.

Hors Elysium qui est une histoire de pure fiction et qui ne veut pas se faire passer pour une histoire réelle est exactement filmé de la même manière. Si cela donne un aspect réaliste par moment ou nerveux dans les scènes de course poursuite, le sentiment de redite vient un peu plomber les qualités du film.

Elysium confirme que Neil Blomkamp est un réalisateur/scénariste à suivre de très près et prouve qu’en donnant des moyens à des réalisateurs ambitieux, il est possible de faire à la fois un spectacle impressionnant et intelligent. Néanmoins, en comparaison de son premier film, on regrettera le classicisme de l’histoire et le sentiment que ce film n’apporte pas plus mais se contente souvent de reproduire ce qui marchait déjà. La machine Blomkamp montre elle déjà ses limites ? Affaire à suivre !

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