Jil Is Lucky : « Ce dernier album est plus personnel »

Trois ans après son premier album The Wanderer qui a bouleversé l’industrie du disque, Jil Bensénior, alias l’auteur-compositeur et interprète de Jil is Lucky revient cette année avec un nouvel album remplit de riches expériences. Un opus surprenant car plus électro et pop avec la présence de synthés où la folk est plus effacée (mais pas supprimée) par rapport au premier opus, plus intime et personnel sur le plan de l’écriture des chansons, plus mûrit et mature à la fois.

A l’occasion de sa sortie récente en février, je vous propose de faire la connaissance avec sa musique qui charmera vos oreilles averties. Entretien téléphonique avec le phénomène de la folk française, auteur de l’album In The Tiger’s Bed.

Jil is lucky, in the tiger's bed

Qui aurait su un jour que Jil Bensénior accompagné de son frère dans les tournées de bars, guitare à la main, deviendrait l’auteur accompli qu’il est au sein de Jil is Lucky ? A peine adolescent, Jil écume compositions sur compositions, il est même sculpteur-peintre et artiste à part entière mais c’est en 2009 lorsque Kenzo réutilise son titre « The Wanderer » pour l’associer à une publicité que l’artiste sort de l’ombre pour être exposé sous le feu des projecteurs (plus de 2 000 000 de vues !). « Ce sont eux qui m’ont contacté, ils m’ont dit qu’ils avaient kiffé la chanson et ça s’est fait ». Pourtant quand on lui parle de cette publicité qui a donné un bon coup d’accélérateur à sa carrière, il ne souhaite pas que ce soit ce coté médiatique et commercial que l’on retienne de lui. « On fait encore la différence entre la musique indé, la Star Ac’ et toutes ces merdes » déclarait Jil pour chartsinfrance.net. Jil is Lucky s’incarne en effet dans le genre de l’indie, une façon de rester libre et indépendant, maître de ses créations et inspirations musicales. Si le commerce qu’est devenu le monde de la musique le révolte, c’est sans doute parce que les gens essaient d’assimiler sans cesse de la musique de télé-crochet à de la musique libre, celle qu’il créé de ses propres mains.

Entre la parution du premier album The Wanderer en 2009 et celle du deuxième en février 2013, il y a eu pas moins de deux ans de tournée ! Il a fallu un peu moins d’un an pour produire ce bijou qu’est le nouvel album. Les musiciens du groupe se sont dirigés vers les studios d’enregistrement « le temps d’écrire l’album, l’enregistrer, l’arranger« , quelque temps après, l’opus sortait dans les bacs. En trois ans, Jil confirme que c’eut été « des années bien remplies ».

Le groupe s’est constitué en voyageant. « Mon frère joue dedans, le guitariste est de Berlin, le violoncelliste de Prague », la preuve que la musique de Jil is Lucky influence et arrive à conquérir les pays européens et pas seulement. L’Orient aussi. L’Inde reste un pays cher à l’auteur du nouvel album. Explications.

« Tout le monde apporte sa touche dans l’album, il y a un arrangement commun, moi j’écris les chansons et on les arrange tous ensemble »

Dans le lit du tigre, c’est la traduction française du titre de l’opus. La pochette de l’album, c’est Pierre Thyss qui l’a réalisée. Porteuse d’un design hautement coloré, la pochette a su charmer et fait allusion au titre en l’illustrant avec la tête de Jil dans la gueule du tigre. « J’apprécie énormément le travail de ce jeune artiste, qui a un travail visiblement inspiré par l’art urbain » me disait Jil.

Mais ce qui peut se révéler être le titre de l’album et même le design de la pochette est en réalité une véritable anecdote de parcours. En effet, le nom de l’opus a été inspiré par une balade en plein milieu du parc naturel de Bandipur en Inde. Dans un milieu de végétation dense, il s’est retrouvé nez à nez avec un tigre. Cet évènement l’a marqué et l’a influencé au point d’en faire une chanson qui ne figure pas dans l’album (Kill Juicys, anagramme de Jil is Lucky – In The Tiger’s Bed).

Si cette mésaventure se révèle impressionnante, parce que qui s’est déjà retrouvé nez à nez face à un tigre sauvage sans en être secoué ? Elle est également source de rappel d’un épisode au cours de sa vie, épisode d’angoisse. Cette aventure lui a ainsi insufflé des souvenirs sombres, plus personnels, d’expérience, des moments où le doute surgit et où il faut pouvoir y faire face tout en gardant la tête haute. C’est donc lors de la réalisation de cet album qu’il s’enferme, afin de mettre plus de sa personne dans ce nouvel opus. « Par rapport au premier album c’est plus du story-telling, c’est un album qui relate plus mes états d’âme » se confie t-il. Si sa chanson « Pills », pour ne citer qu’elle, reflète une atmosphère plus sombre, elle semble cependant livrer plus l’artiste sur une partie de son histoire. Cet album est travaillé d’arrache-pied, avec des métaphores présentes sur certains titres, « Chai Tea » par exemple, avec une écriture plus touchante et légère. Cependant, si la pochette d’album illustre de manière évidente les démons de Jil lors de sa période d’angoisse, les musiques sont avec étonnement, sombres mais sûrement pas déprimantes bien au contraire. C’est un contraste assez symbolique et intéressant à l’écoute de cet opus que je vous conseille avec ferveur.

Comment se prépare t-il à la création ? « Pour me préparer à l’écriture d’un titre, c’est de l’ordre de l’influence, je me balade dans la rue et des idées d’écriture peuvent me venir, ce qui m’entoure m’influence directement. »

Ce nouvel album contient diverses inspirations, ce qui lui donne son style particulier. Parce que les membres du groupe viennent des quatre coins du monde, chacun a l’occasion d’apporter « sa patte » au projet. L’Inde reste aussi une source d’influence, c’est un pays qui affectionne particulièrement l’auteur et surtout très accueillant quand le groupe est de passage en concert ou en tournée.

Au cours de l’interview quand j’ai dit à Jil que certains associaient sa musique avec MGMT voire M83 il a paru surpris. Personnellement j’y voyais plus du Phoenix, mais l’auteur et interprète est dubitatif. « Je n’ai pas d’influence musicale directe, c’est un album que j’ai voulu créer sans pour autant vouloir ressembler aux autres, à ce qui existe déjà » déclare t-il. « Par rapport au premier album qui était très 70’s, là on a cherché à avoir quelque chose de nouveau, des sonorités pop, avec des touches et textures un peu r’n’b ». Pas d’auteurs de références donc pour l’album ? « J’ai pas d’influence ni de nom spécifique en tête pour décrire cet album. »

« Je ne veux pas m’inscrire dans tel ou tel mouvement, je fais quelque chose de libre, ce n’est ni de la folk, et encore moins de la french touch« 

« Dans ce nouvel album, le titre d’ouverture « Insomnia » me représente le mieux » parce qu’il réunit « les thèmes de la nuit qui sont très présents tout au long de l’album et au niveau de l’écriture pop, c’est vraiment représentatif de ma manière de me poser. »

Son meilleur souvenir de tournée ? « Notre dernier concert à New Delhi, [l’Inde] un pays que j’adore ! »

Conclusion: Si vous n’avez jamais entendu parler de Jil is Lucky, c’est l’occasion ou jamais de faire connaissance avec un artiste libre dans ses créations, dans une musique assez poussée et recherchée et légère à la fois. Et j’aime le redire, l’écoute de bonne musique ne tue pas, alors n’hésitez pas à vous procurer ce nouvel album !

JIL sera en concert le 12 juillet aux Francofolies ! Tarif ici.

Merci encore à Jil de m’avoir donné de son temps pour réaliser l’interview.

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